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Auteur Sujet: Les ficelles du Roman Noir  (Lu 578 fois)

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Capitaine Renard

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Les ficelles du Roman Noir
« le: 25 Novembre 2015 à 02:07:14 »

Les ficelles du Roman Noir



Né dans les Années 20 aux Etats-Unis, le Roman Noir (proche du polar) est un témoignage du fait social de son époque (mafia) qui prend appui sur les nouvelles techniques d'investigation, désabusé et réaliste, posé sous forme d'énigme policière.

Il ne prend son essor qu'à partir de la fin de la seconde guerre mondiale, profitant du rayonnement de la culture Américaine à travers l'Europe.

Même si sa forme a beaucoup varié, ce qui fait du Roman Noir une catégorie spécifique, c'est la structure de son histoire.

Quelles en sont les ficelles ?


Tout d'abord le Roman Noir est vécu à travers le héros enquêteur. La quête est bien sûr celle de la vérité. Le héros est un héros moderne. Contrairement au héros classique des cadres épiques (trop parfait), il possède de nombreux défauts mineurs qui le rendent plus humain, plus proche du lecteur. Il possède malgré tout une vertu qui lui permet (mais pas toujours …) de triompher des ombres qui veulent l'empêcher d'accéder à la vérité. Cette obscurité permanente du Roman Noir ce retrouve dans son style narratif très proche du point de vue de l'enquêteur. On évolue dans un théâtre d'ombres et de faux semblants. La réalité peut à tout moment, à partir d'un indice ou d'un témoignage basculer dans le drame.

Les antagonistes vont intervenir au fur et à mesure de l'enquête pour occulter ou pour révéler une part de la vérité. L'appartenance sociale d'un personnage est une donnée importante dans ce style de roman. Les motivations sont cachées et le mensonge omniprésent. C'est grâce aux preuves que les liens entre les différents personnages vont se révéler. Une fois encore, bien que les motivations soient souvent dominées par des émotions négatives, on reste ancré dans le réel et l'explicable.

La romance est très typée. On ouvre le registre du passionnel très présent dans ce courant littéraire. La femme est une femme fatale, beauté désirée et inaccessible, aimée malgré elle, dans l'impossibilité d'accomplir son désir. Ce qui deviendra un modèle de référence féminin moderne. L'alternative est la « Vamp' ». Plus tardive, la vamp n'hésite pas à utiliser ses charmes érotiques pour parvenir à ses fins (le marketing y est sans doute pour quelque chose). Symbole de l'égoïsme en puissance, elle représente à elle toute seule cette tendance humaine universelle qu'est la ruse, hélas, ou tant mieux pour le roman, au service du mal.



Le thème central du Roman Noir qui se respecte est le fait divers. Le déroulement de l'aventure prend place dans un contexte social moderne. N'importe qui pourrait être concerné par ce qui est décrit. Encore une raison de rentrer dans le bain.
Au-delà du fait divers, somme toute banal, prend place le témoignage d'une réalité sociale, souvent méconnue du grand public. Le Roman Noir est donc avant tout une critique de la société.
La limite entre Roman et réalité s'estompe. L'enquêteur sait. Nous savons avec lui.

L'action vient renforcer l'aspect dramatique. L'enquêteur en voit des vertes et des pas mûres. Au moment où il va enfin découvrir la vérité ou même lorsqu'il vient de la découvrir, voilà la mort qui rôde sous les traits du méchant de service qui le surprend et veut l'emporter. Ce procédé est un classique qui vient renforcer encore et toujours la matérialité. Les lois physique sont respectées. On ne rêve pas.

Le mystère se dévoile peu à peu. Un scénario hypothétique prend forme, souvent remis en question. C'est à travers les indices et les preuves qu'une réalité criminelle émerge puis se dessine de mieux en mieux. Ce processus dit « en pelures d'oignon » joue avec l'impatience du lecteur. Etape par étape des certitudes sont acquises. Reste à comprendre comment elles s'articulent entre elles. Le lecteur est au côté de l'enquêteur pour rassembler le puzzle et pour lever le voile de mystère.

L'horreur est également au rendez-vous. Pas une horreur baveuse de science fiction ni une horreur comique de film d'épouvante, non. Une horreur réaliste. Jusqu'où l'humain est-il capable d'aller ?
Une horreur qui frise avec la folie. Une horreur qui rime avec bas-fond, grand banditisme et traffic d'influence. Une horreur banale, celle du cadavre de la victime. Une horreur diffuse de non-dits et d'expressions masquées cachant l'hostilité inhérente à l'événement.

Comment une histoire si proche de la réalité ne finit-elle pas par ennuyer le lecteur ?
Grâce au crecendo !
Le crescendo est une surenchère. D'un fait banal on passe à une réalité plus complexe qui implique l'enquêteur à s'investir toujours de plus en plus au risque de sa vie, de celles de ses proches ou de sa santé mentale. Et du même coup qui demande au lecteur de parier à nouveau sur l'espoir d'une bonne histoire. Le quotidien cache des enjeux. Les enjeux du pouvoir. Des forces se tenant jusque là dans les coulisses, guettant dans l'ombre, rentrent dans la danse. Des témoins clés disparaissent. Des fausses pistes sont éludées. L'argent, la drogue et les armes circulent. Des trahisons viennent entraver l'enquête. Mais on avance peu à peu jusqu'au …

Coup de théâtre !
Le coup de théâtre, également utilisé dans les autres styles littéraires, se déroule en trois temps comme un gag. Tout d'abord une situation donnée dans un cadre précis. Puis le déroulement de l'histoire dans le sens prévu par la situation. Finalement l'inverse de ce qui était prévu advient de façon abrupte !
La belle trahit son amoureux ! L'enquêteur travaille pour un baron du crime ! C'est la victime, encore vivante qui a tout manigancé !
Attention cependant à ne pas tomber dans le rocambolesque. Le lecteur de Roman Noir n'adhère pas à la clownerie. Le meilleur coup de théâtre est celui qu'on aurait pu deviner et que pourtant l'on na pas vu !

Enfin, le fil conducteur du Roman Noir, le suspens. Le suspens est créé à partir d'une menace non identifiée. Le facteur d'angoisse est inhibé par l'artifice du roman. Cette menace diffuse, présente mais pas reconnue place l'enquêteur dans son statut véritable de héros. Le courage seul lui permet d'avancer. Comme un requin le suspens rôde, véloce, dangereux, inattendu et réel mais toujours perdu de vue.

La tendance du marché ayant favorisé les effets spéciaux, au cinéma du moins, le Roman Noir est en perte de vitesse. Il y a fort à parier cependant que lassé de cette tendance burlesque le style réaliste et le regard critique sur la société moderne reviennent un jour ou l'autre sur le devant de la scène.

Vous serez prévenu.

« Modifié: 26 Novembre 2015 à 00:53:57 par Capitaine Renard »
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