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Auteur Sujet: Cosmos de Michel Onfray  (Lu 152 fois)

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Reykjavik

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Cosmos de Michel Onfray
« le: 19 Mars 2017 à 16:21:53 »

Je ne l'ai pas vu avec le moteur de recherche donc...j'y vais.
J'ai commencé à lire Onfray avec sa critique de Freud (excellente. Il faut dire que, pour moi, Freud est un manipulateur mal dans sa peau. Puis j'ai vu qu' Onfray connaissait son Epicure sur le bout des doigts, Epicure ainsi que Lucrèce, bien sûr, et son fabuleux " De rerum natura " (de mon temps, on disait De natura rerum en classe de latin mais bon). Me voilà donc partie à l'attaque de Cosmos, il a six ou huit mois de cela. Livre intense, ô combien, érudit ô combien et nourri (ô...), d'une sincérité et d'une honnêteté à toute épreuve comme toujours chez Onfray. A lire, en ce qui me concerne, avec crayon et dictionnaire à proximité.
La pensée d'Onfray est aussi énergique que la danse des atomes. Dans Cosmos, il célèbre la vie et la nature (ni bonne ni dure, telle qu'elle est dans l'âpre combat de la vie), son père et le vin (premières pages magnifiques), fustige cet " usage métaphorique de la physique qui permet aux chrétiens d'inventer ce ciel rempli de fictions qui conditionnent une vie de renonciation au monde " (p.378) alors que " les matérialistes recourent à la physique pour construire une relation apaisée au monde. Le cosmos épicurien de Lucrèce garantit la sagesse, la paix, l'harmonie, l'ataraxie, la sérénité, la quiétude. Le ciel matérialiste est plein d'occasions de réconciliation avec le cosmos, avec soi, avec les autres, avec les autres et l'univers ". Pas mal...
La lecture de ce livre m'a laissée sur le flanc car, l'ayant lu avec toute l'attention qu'il mérite, il demande beaucoup au lecteur, qu'il laisse dépouillé de ses chers arrières mondes (je parle pour moi mais comment faire autrement. Je m'autorise un stock d'arrières mondes plutôt raisonnable mais là, même ce ' petit peu ' a été balayé.) Depuis, j'ai un peu rétabli l'équilibre - bon, le mien - mais cela m'a pris du temps. C'est un peu comme si un ami décidait de meubler votre maison en design pur et dur alors que vous, vous vous accrochez comme une bête à votre affreuse commode Henri II que vous avez toujours vue là. Un peu caricatural mais pas tant que ça. C'est pour cela que je lirai toujours Onfray, malgré mes baisses de régime : d'abord, parce qu'il vous permet de remettre de la cohérence (ah, ses tableaux hédonistes/idéalistes dans ses 7 volumes de sa contre-philosophie !) dans ce que vous pensez savoir et qu'il vous laisse tout le champ nécessaire pour ne pas être d'accord et, surtout, comprendre pourquoi vous ne l'êtes pas. Pour moi, cela n'a pas de prix. L'oiseau est souvent d'une exigence folle, qui vous fait poser le livre de temps en temps, histoire de reprendre votre souffle. Mais vous le reprenez bien vite car il y a ces merveilles d'humanité et d'intelligence : " Ce qu'enseigne le cosmos est un ordre du ciel qui est aussi un ordre existentiel. Il faut vouloir ce qui nous veut, - (c'est pas beau, ça ?) - là est la seule liberté que nous puissions construire. Être libre, c'est obéir à la nécessité qui nous enseigne la roue de l'éternel retour des choses." (Ah oui, au passage, lire Onfray si vous avez décidé une fois pour toutes de découvrir que, non, Frederick Nietzsche n'est pas un abominable nazi (affolant saccage de son oeuvre par sa nazie de soeur) mais un philosophe lumineux :
" Aller par-delà " moi-même " et " toi-même ",éprouver d'une manière cosmique ".
(-Nietzsche, fragments posthumes -).


Un désaccord total (le mien : ouf, arriver à rester critique...), tout de même, quand il décide que " Naître, vivre, se reproduire, mourir après avoir nourri ce cycle éternel : combien y échappent (lui !) en n'ayant pas souscrit au tropisme reproducteur, montrant ainsi qu'ils possèdent un peu plus le monde que la plupart qui sont plus grandement possédés par lui." (p. 172). (A noter : il met 'se reproduire' en italiques, aaah, se reproduire, beurk, beurk.)
= Mais quelle chance que vos parents aient " nourri le cycle éternel de la reproduction " car vous ne seriez pas là, cher Michel, à nous éblouir, courant le vaste monde de la matière avec vos bottes de sept lieux ! Et que dire de ma propre expérience quand je vois la qualité des êtres qui viennent à ma suite....enfin bref.
Mais je suis ravie que vous n'ayez pas cédé au tropisme de la reproduction : car où trouveriez-vous le temps de transmettre à votre marmaille toutes vos merveilles ? Et nous alors, nous ferions quoi sans vos livres, hein !?

Grand grand livre, donc, qui me donne envie de le relire immédiatement tandis que j'écris ces lignes. Et de reprendre mon Montaigne, un bon verre de vin à la main, le vin, cette " forme liquide du temps ". (C'est à vous, ceci, bien sûr !).
Un prix, bof, pour un livre qui n'a pas de prix. Bon.
« Modifié: 20 Mars 2017 à 09:45:36 par Reykjavik »
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