Soyez créatifs ! => Poèmes/Textes des auditeurs => Discussion démarrée par: katchina le 31 décembre 2007 à 00:54:27

Titre: Les poèmes de nos poètes préférés
Posté par: katchina le 31 décembre 2007 à 00:54:27
Pour les pioupioux sous-vitaminés :[/b]

Le colibri

Le vert colibri, le roi des collines,
Voyant la rosée et le soleil clair
Luire dans son nid tissé d'herbes fines,
Comme un frais rayon s'échappe dans l'air.

Il se hâte et vole aux sources voisines
Où les bambous font le bruit de la mer,
Où l'açoka rouge, aux odeurs divines,
S'ouvre et porte au coeur un humide éclair.

Vers la fleur dorée il descend, se pose,
Et boit tant d'amour dans la coupe rose,
Qu'il meurt, ne sachant s'il l'a pu tarir.

Sur ta lèvre pure, ô ma bien-aimée,
Telle aussi mon âme eût voulu mourir
Du premier baiser qui l'a parfumée !


Leconte de Lisle – Poèmes Barbares

Titre: Poème de HASSEN HEERAH
Posté par: Andreas le 06 janvier 2009 à 00:00:01
Poème de HASSEN HEERAH

Ma maison est une tente de secousses,
Déchue sur le sable des larmes
Goûtant un soleil nu
Face à un vent cruel

Mon lit est une couche d'épines
Etiré sur l'inconnu,
Amorti par les explosions des balles
Et troublé par la marche des serpents

Ma nourriture est un repas de patience
Souillé par le sang des martyrs
Cuisiné avec le sel des larmes
Et servi avec des cauchemars

Mon matin est un cri,
Porté par les ailes du vent
Apaisé par les amis fidèles
Suffoquant sous les pistolets ennemis

Ma nuit est un sanglot,
Noyé sous un océan de regrets
Regagnant la surface grâce aux vagues de l'espoir
Attisé par le four de la révolte

J'ai vu le cadavre de mon père en lambeaux
J'ai vu ma mère sous les blindés
J'ai vu mon frère la tête explosée
J'ai vu la poitrine de ma soeur ouverte et déchirée

Le faible est arrivé
Le puissant l'a aidé
Les bombes ont éclatées,
Ma terre a disparu
Ma maison vandalisée
Ma tasse vidée
Ma famille expulsée

Ma Leila ou es-tu ?
Repose-tu sous un tank rôtie comme un agneau ?

Ou est tu mon Khaled, le vert de mon regard ?
Envolé dans une étape du voyage
Pour venir à moi
Que je puisse tenir ta main
et fermer mes yeux en paix

Ou es-tu mon Yahya ?
Au milieu des tyrans ?
Luttant dans les bras de la tristesse
Faissant tes adieux à ton cher père ?

Ou etes-vous mes enfants ?
Oui, ou etes-vous ?

-------------------------------
"Vie et mort en quatres rimes"
Poésie israélienne contemporaine 

http://www.akadem.org/sommaire/themes/liturgie/6/11/module_4363.php

Titre: Les poèmes de nos poètes préférés
Posté par: Marseille13012 le 23 mars 2009 à 13:50:10
edit katchina : avant fusion ce post avait pour titre "Poésies mystiques"

Au-delà des mots,
au-delà des sens
est le Silence.
Vient un Moment
où La contemplation n'est plus que Silence.
Silence que la Grâce dépose dans l'âme
en l'inondant de la Présence;
L'âme ne peut plus qu'écouter ce Silence.
Silence de la Plénitude de l'instant présent.
Dans le Silence d'un coeur léger,
Dieu souffle :
                         " Je t'attendais ! "
                                         
    Frère Jean,   Le jardin de la foi
 
___________________________________________________________________

La vie, quelle image en donner ?

Celle du reflet de la lune
Dans la goutte de rosée
Suspendue au bec
De l'oiseau aquatique.


Extrait du Sanshô Dôei de Maître Dogen, fondateur du zen soto.

Sanshô Dôei signifie "Chants de la voie du Pin parasol" (japonais)

___________________________________________________________________

Emerveillé,
Tu découvres pas à pas
La solitude aérée,
Le monde de l'absence;
Ce vide lumineux qui se prélasse,
Elégamment incrusté
Entre les choses.

Anonyme ?

___________________________________________________________________

Il est des jours
où les distances sont vaines;
tant est réelle
la Présence de Toi.

Jacques SALOME

___________________________________________________________________

La Nature est un temple où de vivants piliers
Laissent parfois sortir de confuses paroles;
L'homme y passe à travers des forêts de symboles
Qui l'observent avec des regards familiers.

Comme de longs échos qui de loin se confondent
Dans une ténébreuse et profonde unité,
Vaste comme la nuit et comme la clarté,
Les parfums, les couleurs et les sons se répondent.

Il est des parfums frais comme des chairs d'enfants,
Doux comme les hautbois, verts comme les prairies,
Et d'autres, corrompus, riches et triomphants,

Ayant l'expansion des choses infinies,
Comme l'ambre, le musc, le benjoin et l'encens,
Qui chantent les transports de l'esprit et des sens.

Charles Baudelaire, Correspondances
 :)
Titre: Les poèmes de nos poètes préférés
Posté par: là et demain le 20 janvier 2010 à 14:26:52
Soir d'été

Une tendre langueur s'étire dans l'espace ;
Sens-tu monter vers toi l'odeur de l'herbe lasse ?
Le vent mouillé du soir attriste le jardin ;
L'eau frissonne et s'écaille aux vagues du bassin
Et les choses ont l'air d'être toutes peureuses ;
Une étrange saveur vient des tiges juteuses.
Ta main retient la mienne, et pourtant tu sens bien
Que le mal de mon rêve et la douceur du tien
Nous ont fait brusquement étrangers l'un à l'autre ;
Quel coeur inconscient et faible que le nôtre,
Les feuilles qui jouaient dans les arbres ont froid
Vois-les se replier et trembler, l'ombre croît,
Ces fleurs ont un parfum aigu comme une lame...
Le douloureux passé se lève dans mon âme,
Et des fantômes chers marchent autour de toi.
L'hiver était meilleur, il me semble ; pourquoi
Faut-il que le printemps incessamment renaisse ?
Comme elle sera simple et brève, la jeunesse !...
Tout l'amour que l'on veut ne tient pas dans les mains ;
Il en reste toujours aux closes du chemin.
Viens, rentrons dans le calme obscur des chambres douces ;
Tu vois comme l'été durement nous repousse ;
Là-bas nous trouverons un peu de paix tous deux.
- Mais l'odeur de l'été reste dans tes cheveux
Et la langueur du jour en mon âme persiste :
Où pourrions-nous aller pour nous sentir moins tristes ?...

- Anna de Noailles -
Titre: Re : Poésie de jeunesse
Posté par: Aloysius le 20 janvier 2010 à 14:36:05

oh non!

J'ai cru qu'il était de toi et le trouvait magnifique...

...mais je ne pense pas que ce soit le but du fil des "créations"!

Très beau poème quand même! ;)
Titre: Re : Poésie de jeunesse
Posté par: là et demain le 20 janvier 2010 à 14:42:44
Oups..!
C'est vrai, je l'ai oublié.
Bon, je vais essayer d'en faire une moi-même.
Titre: Re : Les poèmes de nos poètes préférés
Posté par: là et demain le 20 janvier 2010 à 15:04:32
Merci Katchina !! :)

Le pays

Ma France, quand on a nourri son cœur latin
Du lait de votre Gaule,
Quand on a pris sa vie en vous, comme le thym,
La fougère et le saule,

Quand on a bien aimé vos forêts et vos eaux,
L'odeur de vos feuillages,
La couleur de vos jours, le chant de vos oiseaux,
Dès l'aube de son âge,

Quand amoureux du goût de vos bonnes saisons
Chaudes comme la laine,
On a fixé son âme et bâti sa maison
Au bord de votre Seine,

Quand on n'a jamais vu se lever le soleil
Ni la lune renaître
Ailleurs que sur vos champs, que sur vos blés vermeils,
Vos chênes et vos hêtres,

Quand jaloux de goûter le vin de vos pressoirs ;
Vos fruits et vos châtaignes,
On a bien médité dans la paix de vos soirs
Les livres de Montaigne,

Quand pendant vos étés luisants, où les lézards
Sont verts comme des fèves,
On a senti fleurir les chansons de Ronsard
Au jardin de son rêve,

Quand on a respiré les automnes sereins
Où coulent vos résines,
Quand on a senti vivre et pleurer dans son sein
Le coeur de Jean Racine,

Quand votre nom, miroir de toute vérité,
Émeut comme un visage,
Alors on a conclu avec votre beauté
Un si fort mariage

Que l'on ne sait plus bien, quand l'azur de votre œil
Sur le monde flamboie,
Si c'est dans sa tendresse ou bien dans son orgueil
Qu'on a le plus de joie...

- Anna de Noailles - (encore !)
Titre: Re : Les poèmes de nos poètes préférés
Posté par: là et demain le 20 janvier 2010 à 15:11:43
Si mon marin vous le chassez,
Au cimetière vous me mettrez,
Rose blanche, rose blanche et rose rouge.

Ma tombe, elle est comme un jardin,
Comme un jardin, rouge et blanche,
Le dimanche vous irez, rose blanche,
Vous irez vous promener,
Rose blanche et blanc muguet,

Tante Yvonne à la Toussaint
Une couronne en fer peint
Elle apporte de son jardin
En fer peint avec des perles de satin,
Rose blanche et blanc muguet.

Si Dieu veut me ressusciter
Au Paradis je monterai, rose blanche,
Avec un nimbe doré,
Rose blanche et blanc muguet.

Si mon marin revenait,
Rose rouge et rose blanche,
Sur ma tombe il vient auprès,
Rose blanche et blanc muguet.

Souviens-toi de notre enfance, rose blanche,
Quand nous jouions sur le quai,
Rose blanche et blanc muguet.

- Max Jacob -
http://fr.wikipedia.org/wiki/Max_Jacob (http://fr.wikipedia.org/wiki/Max_Jacob)
Titre: Re : Les poèmes de nos poètes préférés
Posté par: là et demain le 20 janvier 2010 à 15:19:09
Vois, cette branche est rude, elle est noire, et la nue
Verse la pluie à flots sur son écorce nue ;
Mais attends que l'hiver s'en aille, et tu vas voir
Une feuille percer ces noeuds si durs pour elle,
Et tu demanderas comment un bourgeon frêle
Peut, si tendre et si vert, jaillir de ce bois noir.

Demande alors pourquoi, ma jeune bien-aimée,
Quand sur mon âme, hélas ! endurcie et fermée,
Ton souffle passe, après tant de maux expiés,
Pourquoi remonte et court ma sève évanouie,
Pourquoi mon âme en fleur et tout épanouie
Jette soudain des vers que j'effeuille à tes pieds !

C'est que tout a sa loi, le monde et la fortune ;
C'est qu'une claire nuit succède aux nuits sans lune ;
C'est que tout ici-bas a ses reflux constants ;
C'est qu'il faut l'arbre au vent et la feuille au zéphire ;
C'est qu'après le malheur m'est venu ton sourire ;
C'est que c'était l'hiver et que c'est le printemps !

- Victor Hugo -
Titre: Re : Les poèmes de nos poètes préférés
Posté par: là et demain le 20 janvier 2010 à 15:22:32
Denise, ton mari, notre vieux pédagogue,
Se promène ; il s'en va troubler la fraîche églogue
Du bel adolescent Avril dans la forêt ;
Tout tremble et tout devient pédant, dès qu'il paraît :
L'âne bougonne un thème au boeuf son camarade ;
Le vent fait sa tartine, et l'arbre sa tirade,
L'églantier verdissant, doux garçon qui grandit,
Déclame le récit de Théramène, et dit :
Son front large est armé de cornes menaçantes.

Denise, cependant tu rêves et tu chantes,
A l'âge où l'innocence ouvre sa vague fleur,
Et, d'un oeil ignorant, sans joie et sans douleur,
Sans crainte et sans désir, tu vois, à l'heure où rentre
L'étudiant en classe et le docteur dans l'antre,
Venir à toi, montant ensemble l'escalier,
L'ennui, maître d'école, et l'amour, écolier.

- Victor Hugo -
Titre: Re : Les poèmes de nos poètes préférés
Posté par: là et demain le 20 janvier 2010 à 15:26:42
Effet de nuit

La nuit. La pluie. Un ciel blafard que déchiquette
De flèches et de tours à jour la silhouette
D'une ville gothique éteinte au lointain gris.
La plaine. Un gibet plein de pendus rabougris
Secoués par le bec avide des corneilles
Et dansant dans l'air noir des gigues nonpareilles,
Tandis que leurs pieds sont la pâture des loups.
Quelques buissons d'épine épars, et quelques houx
Dressant l'horreur de leur feuillage à droite, à gauche,
Sur le fuligineux fouillis d'un fond d'ébauche.
Et puis, autour de trois livides prisonniers
Qui vont pieds nus, un gros de hauts pertuisaniers
En marche, et leurs fers droits, comme des fers de herse,
Luisent à contresens des lances de l'averse.

- Paul Verlaine -
Titre: Re : Les poèmes de nos poètes préférés
Posté par: là et demain le 20 janvier 2010 à 15:32:23
Hora prima

J'ai salué le jour dès avant mon réveil ;
Il colorait déjà ma pesante paupière,
Et je dormais encor, mais sa rougeur première
A visité mon âme à travers le sommeil.

Pendant que je gisais immobile, pareil
Aux morts sereins sculptés sur les tombeaux de pierre,
Sous mon front se levaient des pensers de lumière,
Et, sans ouvrir les yeux, j'étais plein de soleil.

Le frais et pur salut des oiseaux à l'aurore,
Confusément perçu, rendait mon coeur sonore,
Et j'étais embaumé d'invisibles lilas.

Hors du néant, mais loin des secousses du monde,
Un moment j'ai connu cette douceur profonde
De vivre sans dormir tout en ne veillant pas.

- Sully Prudhomme -
Titre: Re : Les poèmes de nos poètes préférés
Posté par: Mille-feuilles le 20 janvier 2010 à 15:39:41
Ma Bohème (Fantaisie):

Je m'en allais, les poings dans mes poches crevées.
Mon paletot aussi devenait idéal.
J'allais sous le ciel, Muse, et j'étais ton féal :
Oh ! là là, que d'amours splendides j'ai rêvées !

Mon unique culotte avait un large trou.
Petit-Poucet rêveur, j'égrenais dans ma course
Des rimes. Mon auberge était à la Grande-Ourse.
Mes étoiles au ciel avaient un doux frou-frou.

Et je les écoutais, assis au bord des routes,
Ces bons soirs de septembre où je sentais des gouttes
De rosée à mon front, comme un vin de vigueur ;

Où, rimant au milieu des ombres fantastiques,
Comme des lyres, je tirais les élastiques
De mes souliers blessés, un pied contre mon coeur !

 A. Rimbaud
Titre: Re : Les poèmes de nos poètes préférés
Posté par: là et demain le 20 janvier 2010 à 15:44:07
Ne me quitte pas
Il faut oublier
Tout peut s'oublier
Qui s'enfuit déjà
Oublier le temps
Des malentendus
Et le temps perdu
A savoir comment
Oublier ces heures
Qui tuaient parfois
A coups de pourquoi
Le cœur du bonheur
Ne me quitte pas
Ne me quitte pas
Ne me quitte pas
Ne me quitte pas
Moi je t'offrirai
Des perles de pluie
Venues de pays
Où il ne pleut pas
Je creuserai la terre
Jusqu'après ma mort
Pour couvrir ton corps
D'or et de lumière
Je ferai un domaine
Où l'amour sera roi
Où l'amour sera loi
Où tu seras reine
Ne me quitte pas
Ne me quitte pas
Ne me quitte pas
Ne me quitte pas
Ne me quitte pas
Je t'inventerai
Des mots insensés
Que tu comprendras
Je te parlerai
De ces amants là
Qui ont vu deux fois
Leurs cœurs s'embraser
Je te raconterai
L'histoire de ce roi
Mort de n'avoir pas
Pu te rencontrer
Ne me quitte pas
Ne me quitte pas
Ne me quitte pas
Ne me quitte pas
On a vu souvent
Rejaillir le feu
D'un ancien volcan
Qu'on croyait trop vieux
Il est paraît-il
Des terres brûlées
Donnant plus de blé
Qu'un meilleur avril
Et quand vient le soir
Pour qu'un ciel flamboie
Le rouge et le noir
Ne s'épousent-ils pas ?
Ne me quitte pas
Ne me quitte pas
Ne me quitte pas
Ne me quitte pas
Ne me quitte pas
Je ne vais plus pleurer
Je ne vais plus parler
Je me cacherai là
A te regarder
Danser et sourire
Et à t'écouter
Chanter et puis rire
Laisse-moi devenir
L'ombre de ton ombre
L'ombre de ta main
L'ombre de ton chien
Ne me quitte pas
Ne me quitte pas
Ne me quitte pas
Ne me quitte pas

- Jacques Brel -

Après ça, on a plus qu'à se faire tout petit.
Titre: Re : Les poèmes de nos poètes préférés
Posté par: Aloysius le 20 janvier 2010 à 17:36:38
Voilà, c'est réparé, vous pouvez déposer ici les poèmes de vos poètes préférés.
Je ferais un petit découpage à l'occasion pour regrouper ceux qui se sont égarés dans cet espace.

Ce message d'auto-détruira le moment venu.


Ah c'est sympa Katchi de nous permettre ça!

...mais le fil va être tellement plein bientôt qu'il va falloir ouvrir un autre espace!  ;)


 
                              Voyelles
 
 
A noir, E blanc, I rouge, U vert, O bleu : voyelles,
Je dirai quelque jour vos naissances latentes :
A, noir corset velu des mouches éclatantes
Qui bombinent autour des puanteurs cruelles,

Golfes d'ombre ; E, candeurs des vapeurs et des tentes,
Lances des glaciers fiers, rois blancs, frissons d'ombelles ;
I, pourpres, sang craché, rire des lèvres belles
Dans la colère ou les ivresses pénitentes ;

U, cycles, vibrements divins des mers virides,
Paix des pâtis semés d'animaux, paix des rides
Que l'alchimie imprime aux grands fronts studieux ;

O, suprême Clairon plein des strideurs étranges,
Silences traversés des Mondes et des Anges ;
- O l'Oméga, rayon violet de Ses Yeux !

 
 
 
Arthur RIMBAUD (1854-1891)     
Titre: Re : Les poèmes de nos poètes préférés
Posté par: chou-rave le 20 janvier 2010 à 18:35:17
je suis tombé sur Voyelles au bac francais, il y a plusieurs annees de cela. A l'epoque c'etait plutot Rambo que je regardais a la télé...

Enfin je l'avais choisi parmi d'autres poetes tout aussi.. maudits.

j'avais eu 10/20 parce que l'examinateur ne voulait pas finir la journee avec une note au dessous de la moyenne.

Heureusement que Pablo n'est pas encore dans le Lagarde et Michard, j'aurai risqué le 4
Titre: Re : Les poèmes de nos poètes préférés
Posté par: Aloysius le 20 janvier 2010 à 22:13:57
et avec du recul, Voyelles, c'est magnifique !

 :)


Voici un poème anglais également superbe
(pour ceux qui ne comprennent pas! ...la fluidité des mots suffit!)


   
                  Ode to the West Wind
   
                                    I


O WILD West Wind, thou breath of Autumn's being   
  Thou from whose unseen presence the leaves dead   
Are driven like ghosts from an enchanter fleeing,   
 
  Yellow, and black, and pale, and hectic red,   
Pestilence-stricken multitudes! O thou           
  Who chariotest to their dark wintry bed   
 
The wingèd seeds, where they lie cold and low,   
  Each like a corpse within its grave, until   
Thine azure sister of the Spring shall blow   
 
  Her clarion o'er the dreaming earth, and fill   
(Driving sweet buds like flocks to feed in air)   
  With living hues and odours plain and hill;   
 
Wild Spirit, which art moving everywhere;   
Destroyer and preserver; hear, O hear!

 
       Percy Bysshe SHELLEY. 1792–1822
Titre: Re : Re : Les poèmes de nos poètes préférés
Posté par: katchina le 20 janvier 2010 à 22:31:43
...mais le fil va être tellement plein bientôt qu'il va falloir ouvrir un autre espace!  ;)

Ce fil va demander un minimum de discipline :

- Vos poèmes préférés (pas tous ceux que vous connaissez)
- Et aussi lire les contributions des copains pour éviter les doublons.

 :)
Titre: Re : Les poèmes de nos poètes préférés
Posté par: katchina le 20 janvier 2010 à 23:54:25
PRIERE POUR ALLER AU PARADIS AVEC LES ANES

Lorsqu'il faudra aller vers vous, ô mon Dieu, faites
que ce soit par un jour où la campagne en fête
poudroiera. Je désire, ainsi que je fis ici-bas,
choisir un chemin pour aller, comme il me plaira,
au Paradis, où sont en plein jour les étoiles.
Je prendrai mon bâton et sur la grande route
j'irai, et je dirai aux ânes, mes amis :
Je suis Francis Jammes et je vais au Paradis,
car il n'y a pas d'enfer au pays du Bon Dieu.
Je leur dirai : " Venez, doux amis du ciel bleu,
pauvres bêtes chéries qui, d'un brusque mouvement d'oreille,
chassez les mouches plates, les coups et les abeilles."
Que je Vous apparaisse au milieu de ces bêtes
que j'aime tant parce qu'elles baissent la tête
doucement, et s'arrêtent en joignant leurs petits pieds
d'une façon bien douce et qui vous fait pitié.
J'arriverai suivi de leurs milliers d'oreilles,
suivi de ceux qui portent au flanc des corbeilles,
de ceux traînant des voitures de saltimbanques
ou des voitures de plumeaux et de fer-blanc,
de ceux qui ont au dos des bidons bossués,
des ânesses pleines comme des outres, aux pas cassés,
de ceux à qui l'on met de petits pantalons
à cause des plaies bleues et suintantes que font
les mouches entêtées qui s'y groupent en ronds.
Mon Dieu, faites qu'avec ces ânes je Vous vienne.
Faites que, dans la paix, des anges nous conduisent
vers des ruisseaux touffus où tremblent des cerises
lisses comme la chair qui rit des jeunes filles,
et faites que, penché dans ce séjour des âmes,
sur vos divines eaux, je sois pareil aux ânes
qui mireront leur humble et douce pauvreté
à la limpidité de l'amour éternel.

Francis Jammes

Titre: Re : Les poèmes de nos poètes préférés
Posté par: Aloysius le 21 janvier 2010 à 14:13:02
Merci pour  m'avoir fait découvrir ce magnifique poême! :)


en voici un que j'adore (destiné à personne) de NERVAL

Pensée de Byron


Par mon amour et ma constance,
J’avais cru fléchir ta rigueur,
Et le souffle de l’espérance
Avait pénétré dans mon cœur ;
Mais le temps, qu’en vain je prolonge,
M’a découvert la vérité,
L’espérance a fui comme un songe...
Et mon amour seul m’est resté !

Il est resté comme un abîme
Entre ma vie et le bonheur,
Comme un mal dont je suis victime,
Comme un poids jeté sur mon cœur !
Dans le chagrin qui me dévore,
Je vois mes beaux jours s’envoler...
Si mon œil étincelle encore,
C’est qu’une larme en va couler !


Titre: Re : Les poèmes de nos poètes préférés
Posté par: Aloysius le 22 janvier 2010 à 00:23:05
A ma femme aimée,
 
 
 
                             Paris at Night



Trois allumettes, une à une allumées dans la nuit
La première pour voir ton visage tout entier
La seconde pour voir tes yeux
La dernière pour voir ta bouche
et l'obscurité toute entière pour me rappeler tout cela
en te serrant dans mes bras.


                                             Jacques Prévert
Titre: Re : Les poèmes de nos poètes préférés
Posté par: Aloysius le 22 janvier 2010 à 14:05:26
                                                    Ondine



    "Ecoute ! - Ecoute ! - C'est moi, c'est Ondine qui frôle de ces gouttes d'eau les losanges sonores de ta fenêtre illuminée par les mornes rayons de la lune ; et voici, en robe de moire, la dame châtelaine qui contemple à son balcon la belle nuit étoilée et le beau lac endormi.

    "Chaque flot est un ondin qui nage dans le courant, chaque courant est un sentier qui serpente vers mon palais, et mon palais est bâti fluide, au fond du lac, dans le triangle du feu, de la terre et de l'air.

    "Ecoute ! - Ecoute ! - Mon père bat l'eau coassante d'une branche d'aulne verte, et mes soeurs caressent de leurs bras d'écume les fraîches îles d'herbes, de nénuphars et de glaïeuls, ou se moquent du saule caduc et barbu qui pêche à la ligne !"

    Sa chanson murmurée, elle me supplia de recevoir son anneau à mon doigt pour être l'époux d'une Ondine, et de visiter avec elle son palais pour être le roi des lacs.

    Et comme je lui répondais que j'aimais une mortelle, boudeuse et dépitée, elle pleura quelques larmes, poussa un éclat de rire, et s'évanouit en giboulées qui ruisselèrent blanches le long de mes vitraux bleus.

                                                 Aloysius BERTRAND (1807-1841)
Titre: Re : Les poèmes de nos poètes préférés
Posté par: Aloysius le 23 janvier 2010 à 07:26:01
Extraits de...       
 
 
               L'Homme et la Mer

 
 
   
 Homme libre, toujours tu chériras la mer! 
 La mer est ton miroir; tu contemples ton âme 
 Dans le déroulement infini de sa lame, 
 Et ton esprit n'est pas un gouffre moins amer. 
   
 Tu te plais à plonger au sein de ton image; 
 Tu l'embrasses des yeux et des bras, et ton coeur 
 Se distrait quelquefois de sa propre rumeur 
 Au bruit de cette plainte indomptable et sauvage.
 ......
                                                   





                                        Charles Baudelaire
Titre: Re : Les poèmes de nos poètes préférés
Posté par: Mille-feuilles le 23 janvier 2010 à 10:14:16
      LE PIPE-LINE DE BASSORAH:

Ceux qui sont morts pour rien ne reviendront jamais dans cet empire

Là-haut d'autres drapeaux, le sable chaud ne change pas

Les mains des soldats morts forent les puits de l'or liquide

Leur sang coule dans le pipe-line de Bassorah !

Dans les forges des Enfers les guerriers tués attisent les flammes

Le bois, I'ébène, l'or de Colomb, la Standard Oil

Et Troie Hector Priam sont de la même chaîne

Pour conquérir nous lèverons toujours de bonnes troupes,de bons soldats

Pour conquérir nous aurons toujours les chants exaltants des poètes

-Les sociétés par actions, ça ne les intéresse pas-

Des capitaines, des généraux et des trompettes

Et la mort dans le pipe-line de Bassorah !

Roulez tambours, autos roulez, qu'on exécute

Les traîtres, les héros, les agents secrets et les meneurs

Où le Christ a passé une huile lourde affleure

Ces temps sont loin, voici le fuel des profondeurs

Nous vous annonçons des dividendes fantastiques

Le Saint Suaire de l'Argent, l'âge du Veau d'or et du Veau gras

Pour quelques-uns le monde, la vie des autres dans nos barriques

Et la mort dans le pipe-line de Bassorah !


Pierre SEGHERS 1947
Titre: Re : Les poèmes de nos poètes préférés
Posté par: là et demain le 23 janvier 2010 à 10:39:41
Étonnant ! 1947... déjà, à l'époque...
Titre: Re : Les poèmes de nos poètes préférés
Posté par: chou-rave le 24 janvier 2010 à 21:29:51
"Que tes paupieres sont douces
lorsqu'elles sont caressées par le vent,

houuuuuuuuuuuuuuuuuuuu..........

si j'étais un renard,
je les embrasserais

avant que ton regard ne se lève


Sésame, "embrase moi""


mes doigts, Janvier 2010 (j les ai lavées avant)
Titre: Re : Les poèmes de nos poètes préférés
Posté par: katchina le 24 janvier 2010 à 22:10:34
Es tu certain d'avoir posté au bon endroit ?

l'auteur du poème ?  :P
Titre: Re : Les poèmes de nos poètes préférés
Posté par: chou-rave le 25 janvier 2010 à 09:55:17
je me trompe rarement d'endroit, même pour les femmes

Quand a savoir s'il y a un bon endroit pour tout, je ne suis pas sur que le mental soit bien place pour le dire.

Titre: Re : Les poèmes de nos poètes préférés
Posté par: Aloysius le 25 janvier 2010 à 10:47:16
Tu veux dire par là que c'est quelqu'un que tu connais qui a (qui t'a) écrit ce poême, et que ce poête anonyme fait partie de tes poètes préférés!

...et bien,

 tu as bien raison chou-rave!

...merci pour cette nouvelle ouverture pour ce fil,

 maintenant je vais aussi y mettre les lignes de vous que j'ai lues et que je trouve magnifiques....(sans mettre le nom)

 ;)
Titre: Re : Les poèmes de nos poètes préférés
Posté par: katchina le 25 janvier 2010 à 11:43:39
J'ai compris ! chou ? ton poète préfèré, c'est toi !  ;)

Aloysius, crois-tu qu'il soit nécessaire de tomber dans le piège  en détournant un fil pour faire des doublons d'intervention. :D

Titre: Re : Les poèmes de nos poètes préférés
Posté par: Aloysius le 25 janvier 2010 à 12:03:55
A moins que ça ne soit ça?

tu crois?

non!

rassure nous Chou!

Et bé comme tu veux Katchi! Dis moi :)

c'est vrai que ça pourrait gonfler l'ego de certains, il vaut mieux éviter!

J' y mettrais donc seulement mes poemes préféres d'auteurs anonymes inconnus que je connais (et qui ne sont pas moi évidemment!)
Titre: Re : Les poèmes de nos poètes préférés
Posté par: chou-rave le 25 janvier 2010 à 12:59:56
ce n'est pas moi qui décide ce que je dois taper, ce sont mes doigts.

Jeu pianote

Je n ai pas de poète préfèré, d'ailleurs je ne suis pas spécialiste de poésie.

Je ne suis pas poétologue.

Seulement je ne vois pas de frontière entre la poésie et la non poésie.
Entre un poete et quelqu'un qui ne l'est pas.

Meme quand Katchina est agacee, selon un certain point de vue ca peut etre poetique.

Et puis il n'est pas de meilleur poète que nous meme, parce les "autres" demeureront toujours des concepts, qu'on le veuille ou non.

et que la poesie, si elle doit exister quelque part, sera toujours en notre sein, que les "grands hommes" n'ont de grand que le nom, que nous sommes tous egaux devant les seins et les autres qu'il n'y a pas de meilleur, et que nul ne peut etre comparé.


Mais le "je", en tant que convention, continue, alors "je" m'efface de ce topic pour laisser place au rangement.
Titre: Re : Les poèmes de nos poètes préférés
Posté par: katchina le 25 janvier 2010 à 13:06:57
Oui chou, tu as sans doute raison dans l'absolu, mais pour que ce forum ressemble à quelque chose il faut se cantonner à une certaine dualité.  ;)

Titre: Re : Les poèmes de nos poètes préférés
Posté par: Aloysius le 27 janvier 2010 à 08:39:21


 

                        El Desdichado



Je suis le Ténébreux, - le Veuf, - l'Inconsolé,
Le Prince d'Aquitaine à la Tour abolie :
Ma seule Etoile est morte, - et mon luth constellé
Porte le Soleil noir de la Mélancolie.


Dans la nuit du Tombeau, Toi qui m'as consolé,
Rends-moi le Pausilippe et la mer d'Italie,
La fleur qui plaisait tant à mon coeur désolé,
Et la treille où le Pampre à la Rose s'allie.


Suis-je Amour ou Phébus ?... Lusignan ou Biron ?
Mon front est rouge encor du baiser de la Reine ;
J'ai rêvé dans la Grotte où nage la sirène...


Et j'ai deux fois vainqueur traversé l'Achéron :
Modulant tour à tour sur la lyre d'Orphée
Les soupirs de la Sainte et les cris de la Fée.


                                   Gérard de Nerval
                                     (1808-1855)
 
Titre: Re : Les poèmes de nos poètes préférés
Posté par: Al198 le 27 janvier 2010 à 16:24:08
Correspondances

La nature est un temple où de vivants piliers
Laissent parfois sortir de confuses paroles;
L'homme y passe à travers des forêts de symboles
Qui l'observent avec des regards familiers.

Comme de longs échos qui de loin se confondent
Dans une ténébreuse et profonde unité,
Vaste comme la nuit et comme la clarté,
Les parfums, les couleurs et les sons se répondent.

Il est des parfums frais comme des chairs d'enfants,
Doux comme les hautbois, verts comme les prairies,
- Et d'autres, corrompus, riches et triomphants,

Ayant l'expansion des choses infinies,
Comme l'ambre, le musc, le benjoin et l'encens,
Qui chantent les transports de l'esprit et des sens.

Charles Baudelaire
Titre: Re : Les poèmes de nos poètes préférés
Posté par: Ysis le 31 janvier 2010 à 15:56:48
                                                       JOUR GRIS
 
 
   J'appartiens à un pays que j'ai quitté. Tu ne peux empêcher qu'à cette heure s'y épanouisse au soleil toute une chevelure embaumée de forêts. Rien ne peut empêcher qu'à cette heure l'herbe profonde y noie le pied des arbres, d'un vert délicieux et apaisant dont mon âme a soif... Viens, toi qui l'ignores, viens que je te dise tout bas : le parfum des bois de mon pays égale la fraise et la rose ! Tu jurerais, quand les taillis de ronces y sont en fleurs qu'un fruit mûrit on ne sait où - là-bas, ici, tout près - un fruit insaisissable qu'on aspire en ouvrant les narines. Tu jurerais, quand l'automne pénètre et meurtrit les feuillages tombés, qu'une pomme trop mûre vient de choir, et tu la cherches et tu la flaires, ici, là-bas, tout près... Et si tu passais, en juin, entre les prairies fauchées, à l'heure où la lune ruisselle sur les meules rondes qui sont les dunes de mon pays, tu sentirais, à leur parfum, s'ouvrir ton coeur. Tu fermerais les yeux, avec cette fierté grave dont tu voiles ta volupté, et tu laisserais tomber ta tête, avec un muet soupir... Et si tu arrivais, un jour d'été, dans mon pays, au fond d'un jardin que je connais, un jardin noir de verdure et sans fleurs, si tu regardais bleuir, au lointain, une montagne ronde où les cailloux, les papillons et les chardons se teignent du même azur mauve et poussiéreux, tu m'oublierais, et tu t'assoirais là, pour n'en plus bouger jusqu'au terme de ta vie.
 
                                                                                 COLETTE
Titre: Re : Les poèmes de nos poètes préférés
Posté par: Mille-feuilles le 01 février 2010 à 11:05:52
La Libération finale

ALORS QUE NOUS SEJOURNONS sur Terre aujourd’hui,
Les forces du mal nous obligent à prendre parti,
Car pour tester nos âmes elles sont un outil,
Et dussions-nous faillir, sur nous elles auront leur emprise.

C’est pourquoi ce message il nous faut bien l’entendre,
Car le mal aujourd’hui est relâché dans toute sa puissance,
Et toutes les âmes qui semèrent le mal dans le passé,
Vont sentir en elles les ténèbres monter.

Ces forces séductrices de l’ombre en dedans,
Cherchent à plier notre esprit et nous mener à des errements,
Et au beau milieu de transgressions si malavisées,
Nous pouvons tomber bien bas alors que tous nous entendent crier.

Tandis que notre péché cherche à s’affranchir des vies passées,
Si nous savons saisir la lumière, notre perception peut s’illuminer.
Mais dussions nous réagir à cette montée des ténèbres,
Alors certainement le mal célèbrera encore un nouveau succès.

Faisons donc bien attention et soyons sans cesse vigilants,
Car le temps est désormais venu où nous pourrions finir en cendres,
Tout comme le charbon dans le feu est brûlé,
Car toutes nos dettes doivent être payées avant de nous retirer.

Ainsi, frères et sœurs, l’heure est venue de la récolte,
De jour et même de nuit jusqu’à l’aurore,
Car des puissances mauvaises et forces d’en bas
En hâte se précipitent, semant embûches sur leur passage.

Cette glaciale obscurité si éloignée de la Lumière,
Est extirpée de la Terre et cherche à attiser les querelles.
Tout ce qui est vengeance, ruse, haine, ayant maintenant libre voie,
Cherchera forcément à séduire tous ceux qui ne peuvent pas voir.

Tandis que les effets du mal de plus en plus de nous s’approchent,
Pour les affronter sans peur la juste compréhension nous servira de réconfort,
Car nous ne faisons que récolter ce que nous avons semé,
Calmement acceptons donc notre charge pour ne pas en rajouter.

Il faut maintenant que nos réactions négatives cessent,
Car autrement nous risquons de prolonger notre peine.
Si nous ne pouvons embrasser le karma comme à nous il se présente,
A nouveau nous nous égarerons et connaîtrons la souffrance.

Dussions nous cependant voir l’opportunité aujourd’hui offerte,
Nous pouvons alors saisir l’occasion et tenir le chagrin en échec.
Si nous plions notre volonté pour faire ce qui est juste,
La gloire qui est en attente restera à porté de vue.

Notre Dieu bienveillant du haut des cieux infinis,
Nous dit : « Maintenant est l’heure d’agir ou de mourir.
Oui, les âmes vivent éternellement, cela vous ne l’ignorez pas,
Mais ceux qui faillissent maintenant, choisissent un long retard ici-bas. »

« Ô chers et tendres enfants de Mon passé,
Ne voulez-vous pas voir la lumière et faire enfin Ma Volonté ?
Ou allez-vous sans fin errer dans la zone crépusculaire, 
De long en large, dans les confins du plan terrestre?

Ô quels enfants stupides vous fûtes,
Vivant pour vous-mêmes et pensant ne pas être vus,
Mais maintenant, mes chers, on connaîtra la vérité,
Alors tous préparez-vous à ce que votre passé vous soit montré.

Soyez de tout cœur résolus et intrépides dans la foi,
Malgré les erreurs commises, vous n’avez pas perdu le combat,
Car Ma grande compassion de très haut a décidé
De purifier toutes les âmes qui maintenant choisissent d’AIMER. »

Ainsi est venu le « temps des épreuves » dont il fut parlé autrefois,
Le temps de faire le bien ou d’être laissé pour compte dans le froid,
Notre esprit en cette saison aura besoin de rester,
En parfait contrôle de toute négativité.

Et quand nos sombres sentiments remonteront en surface,
En transperçant nos oreilles et en voilant notre regard,
Nous devrons rester bien calmes, avec nos mains sur les côtés,
Car ce n’est qu’ainsi que la tempête pourra être surmontée.

Soyons donc retenus tout au long de notre chemin,
Ne faisant aucun mal pour ne pas connaître plus de chagrin,
Gardons la bride serrée sur notre bouche et nos pensées,
Et soyez bons envers autrui, en vivant dans la vérité.

Mais si nous ne renonçons pas à penser égoïstement,
En enfreignant ainsi la Loi, nous payerons une lourde amende.
Donnons donc ce que nous avons, tout ce que nous possédons,
Car si nous ne le pouvons, beaucoup de souffrance nous connaîtrons.

Avec un sou de trop dans la poche, jamais nous ne pourrons nous en aller ;
Par le trou d’une aiguille un chameau ne pourra jamais passer.
Nous pourrions nous battre pour garder ce qui nous est devenu cher,
Et ce à quoi nous sommes attachés peut vite devenir notre perte.

Donnons donc et servons autant que nous le pouvons,
Cherchant à atteindre tous ceux qui vers nous viendront.
La compassion et le pardon doit être ce qui nous importe,
Dans nos rapports avec tous ceux qui viennent frapper à notre porte.

Ainsi pour nous aujourd’hui est venu le temps
d’aider les pauvres comme ce fut le cas avant,
de prendre soin des nécessiteux, de nourrir les affamés,
de leur trouver une couche confortable et un oreiller.

Des vêtements aussi et des médicaments,
Tout cela aidera à adoucir leurs tourments.
Des refuges et des havres doivent être préparés ;
Les maisons familiales ; tout doit être partagé.

Mais tous les serviteurs et les aides secourables,
Doivent être prévenus d’avance de l’arrivée de pillards ;
Sans foi ni loi en hordes ils vont surgir,
Remplis de folie et voulant tout saisir.

Ces gens pleins de haine et de vengeance qui souffrent,
sont ceux qui auront le plus besoin de nous,
Car lorsque leur obscurité intérieure se dégagera pour se dissiper,
Eux aussi en sortiront tels des anges bien-aimés.

Nous devons donc aller vers eux et faire ce qui est adéquat,
Pour aider tous ces malheureux qui seront dans une mauvaise passe ;
Faire que tous les nécessiteux puissent être nourris, habillés, logés,
Et ainsi par notre charité nous serons libérés.

Il est crucial que nous comprenions tous enfin,
Que le destin de notre âme est entre nos propres mains ;
Si nous ne pouvons maîtriser les sentiments qui surgissent en nous,
Nous tomberons encore plus bas, entraînant nos proches avec nous.

Tout ce que nous avons causé sur la Grande Route de la Vie,
Quelle que soit la charge ou la honte, à la surface va surgir ;
Nous devons tous accepter ce qui nous arrive avec calme,
Par cette compréhension nous éviterons bien des déboires.

Car ce à quoi nous faisons face est un gigantesque défi,
Et pourtant c’est notre chance d’abandonner cette course égoïste,
Pour des pâturages plus verts et une joie à tout jamais,
Alors que des anges nous guident vers la porte qui conduit au Ciel.

Cependant les ténèbres par le doute tenteront de nous affaiblir,
Elles ne nous laisseront pas tranquilles, car le malheur aime la compagnie;
Depuis des siècles elles œuvrent sur Terre dans la clandestinité,
Avec comme arme la ruse, elles sont donc bien expérimentées.

En effet dans les ténèbres nos âmes peuvent apprendre,
Et pourtant ère après ère nous devrons savoir attendre,
Car nous devons traverser des épreuves pour connaître la réussite,
Avant de pouvoir nous élever jusqu’au portail de la Patrie.

La vie va devenir de plus en plus difficile maintenant,
Alors que de plus en plus d’âmes connaissent de nouveaux tourments,
Que de plus en plus nos nerfs sont durement éprouvés,
Les cœurs testés et les émotions trempées.

Nous ne devons pas faiblir mais regarder vers l’avant,
Bien que beaucoup vont souffrir et mourir probablement,
Car chaque âme doit faire son propre voyage,
Et chacun d’entre nous doit faire son choix.

Or, la plupart ne croient que ce qu’on leur enseigne,
Ignorant tous les dangers qu’une foi aveugle entraîne,
Car religion et Vérité sont bien éloignées l’une de l’autre,
Ainsi un nouveau départ est offert à tous par l’ère du Verseau.

Une nouvelle présentation pour tous ceux qui sur Terre cheminent,
Cherche à faire sortir l’âme de sa réserve pour qu’enfin elle réagisse,
Ainsi que chaque vrai cœur sous le soleil,
Peu importe ce qui dans le passé il avait pu faire.

Et ainsi en cette « fin des temps » prophétisée,
Nous est offerte une dernière chance de nous racheter ;
Une grande opportunité de quitter le froid pour chez soi enfin revenir,
La Libération finale qui nous fut jadis promise.

Mais à beaucoup on a enseigné que « Jésus nous sauvera »,
Pourtant ces paroles ne reflètent pas la vérité et sont nées d’une canaille,
Jésus n’est venu que pour nous montrer la voie,
Maintenant c’est notre tour d’agir comme il le fit lui-même en ce temps-là.

Il est clair pour certains que ces paroles ne sont pas nouvelles,
Pourtant celui qui peut voir sait qu’elles sont vraies,
Car chacun se sauve lui-même, de cela soyons certains,
Et ceci ne peut se faire qu’en AIMANT, ni plus ni moins.

Faisons maintenant l’effort d’être justes et vrais,
Car le Nouveau qui nous attend sur notre route est très près.
La Libération est pour chacun absolument certaine,
S’il agit comme un conduit pour le Soleil spirituel.

Hâtons-nous donc de voir cette vérité,
Et, au service de tous, que personne ne se tienne caché.
C’est nous qui choisissons où vont nos pas,
Faisons donc connaître notre force d’amour et de joie.

Ouvrons nos cœurs comme jamais auparavant,
Et libérons notre karma passé en étant encore plus aimants,
Car ce n’est que vraiment rachetés et lavés de tout
Que nous serons prêts à nous envoler vers la Patrie à la vue de tous.

Aujourd’hui les poubelles des récoltes sont pleines à craquer,
Du mal semé depuis des milliers d’années ;
D’actes accomplis dans le passé par des hommes résolus,
Qui jouèrent avec le feu mais ne s’en souviennent plus.

Alors que nous contemplons l’accomplissement de la Loi,
Tous nous nous souviendrons de ce que nous fîmes autrefois ;
Quand de vieux souvenirs ressusciteront pour que nous puissions les voir,
Nous comprendrons alors qu’il faut bien que justice se fasse.

Et pourtant notre tâche n’est pas de chercher vengeance,
Car l’univers apporte l’équilibre tout naturellement,
Ainsi nous pèlerins aguerris du passé,
Devons faire de notre mieux pour répandre rapidement cette vérité.

La Vérité et la connaissance anticipée de ce qui sera à l’avenir,
Porte en elle le pouvoir de rendre chacun libre,
Car nous avons avec nous pour guide la vraie compréhension,
qui dirige chaque jour nos pensées et nos actions.

Puissions-nous donc voir grâce à l’aide bienfaisante de la Vérité,
Puissions-nous chaque journée jouir d’une nouvelle clarté,
Ainsi nous pourrons trouver la sortie du labyrinthe de la vie,
Nos pensées complètement purifiées et tout le mal banni.

Devenus maintenant plus sereins et certainement plus sages,
Nous percevons enfin la gloire de ce très lointain rivage ;
Notre conscience blanchie et toutes les ténèbres évanouies,
Enfin ! Enfin ! nous nous rapprochons de la Patrie.


http://thenewcall.org/fr/nouvel_appel.htm (http://thenewcall.org/fr/nouvel_appel.htm)
Titre: Re : Les poèmes de nos poètes préférés
Posté par: là et demain le 01 février 2010 à 11:38:05
Beau texte, dont le caractère poétique n'est toutefois pas très affirmé.
Plein de vérités en tous cas, même si je ne peux, ni veux adhérer aux "vies passées".
Je n'en ai qu'une, celle-ci, et je la pense éternelle.
Titre: Re : Les poèmes de nos poètes préférés
Posté par: Mille-feuilles le 04 février 2010 à 21:28:51
   L'alchimiste :

Rien encore ! - Et vainement ai-je feuilleté pendant
trois jours et trois nuits, aux blafardes lueurs
de la lampe, les livres hermétiques de Raymond-Lulle !

Non rien, si ce n'est avec le sifflement de la cornue
étincelante, les rires moqueurs d'un salamandre qui se
fait un jeu de troubler mes méditations.

Tantôt il attache un pétard à un poil de ma barbe,
tantôt il me décoche de son arbalète un trait de feu
dans mon manteau.

Ou bien fourbit-il son armure, c'est alors la cendre
du fourneau qu'il soude sur les pages de mon formulaire
et sur l'encre de mon écritoire.

Et la cornue, toujours plus étincelante, siffle le
même air que le diable, quand Saint Eloy lui tenailla
le nez dans sa forge.

Mais rien encore ! - Et pendant trois autres jours et
trois autres nuits, je feuilletterai, aux blafardes
lueurs de la lampe, les livres hermétiques de
Raymond-Lulle ! 

 Aloysius Bertrand
Titre: Re : Les poèmes de nos poètes préférés
Posté par: Mille-feuilles le 05 février 2010 à 16:23:16
Être ange
C'est étrange
Dit l'ange
Être âne
C'est étrâne
Dit l'âne
Cela ne veut rien dire
Dit l'ange en haussant les ailes
Pourtant
Si étrange veut dire quelque chose
Étrâne est plus étrange qu'étrange
Dit l'âne
Étrange est
Dit l'ange en tapant des pieds
Étranger vous-même
Dit l'âne
Et il s'envole.

Jacques Prévert - Fatras (1966)
Titre: Re : Les poèmes de nos poètes préférés
Posté par: Ysis le 07 février 2010 à 12:18:25
FLEUR DU DESERT
 
La petite fille que nous avions remarquée se tenait assise contre un mur éboulé d’argile crue, quelques cubes moulés à la main, à demi effrités et fondus, ce qui demeure d’un logis indigène après une courte pluie et une longue sécheresse. Elle pouvait compter cinq ans d’âge, et resplendissait de coquetterie mélancolique. Ses chevilles de biche, croisées, jouaient dans des khalkhals d’argent grossier; à ses bras tintaient des fils ton de métal, et nous touchâmes, avec une curiosité de barbares, ses petits pieds encroûtés de la vase du ruisseau, ses mains précieuses jamais lavées, brunies de henné. Elle avait de grands sourcils démesurés, peints en noir vif sur son front, un bouche fière aux commissures charnues, bien endentée, et des yeux sans âge, langoureux entre les cils épaissis de fard. Une étoile bleue marquait chaque ronde pommette, une flèche bleue divisait le menton. Des signes bleus, groupés, prolongement entre les yeux la ligne des sourcils. Un haillon rougeâtre, tordu sur les cheveux, laissait voir deux minuscules tresses poussiéreuses, arrondies sur l’oreille en cornes de bélier; d’autres lambeaux de cotonnade livraient aux regards ici un genou délié, là un flanc creux de petit lévrier. Le talus éboulé imitait exactement le ton de sa peau, un jaune clair mystérieusement mêlé de rose, et la petite fille immobile semblait née l’instant d’avant, fraîchement pétrie d’argile blonde, modelée d’une poignée de désert.
 
COLETTE
Titre: Re : Les poèmes de nos poètes préférés
Posté par: Mille-feuilles le 08 février 2010 à 11:17:00
" Mais ce sont les enfants de demain qui sont appelés par la vie ; ils la suivent de pied ferme et la tête haute. Ils sont l’aurore des frontières nouvelles. Aucune fumée ne voilera leurs yeux et aucun tintement de chaînes ne couvrira le son de leurs voix. Ils ne sont pas nombreux, mais la différence est celle qui existe entre un grain de blé et une meule de foin. Personne ne les connaît, mais ils se connaissent. Ils sont comme les sommets qui peuvent se voir et s’entendre, à l’inverse des cavernes qui ne peuvent ni entendre ni voir. Ils sont la graine que la main de Dieu a fait tomber dans le champ, cette graine qui percera sa cosse et ondulera ses feuilles naissantes au soleil. Elle croîtra en un arbre puissant avec des racines plongeant dans le cœur de la Terre et des branches qui s’élèveront dans le ciel. "

Kahlil Gibran
Titre: Re : Les poèmes de nos poètes préférés
Posté par: Mille-feuilles le 08 février 2010 à 22:30:09
  Le Batelier de Dieu :

 

Je veux faire passer mon bateau, de nombreuses fois,

Par-dessus l’abysse après la mort,

Et quitter mon foyer céleste

Pour revenir sur les rivages de la Terre.

 

Je veux charger mon bateau,

Avec ceux qui attendent,

Les assoiffés restés en arrière,

Et les porter près du bassin opale

Rempli de joie aux reflets irisés,

Où mon Père répand

Son élixir de paix qui apaise tout désir.

 

Oui, je reviendrai encore et encore !

Enjambant un million de rochers de souffrance,

Les pieds ensanglantés je reviendrai,

Si besoin est, un trillion de fois,

Aussi longtemps que je sais,

Qu’un frère égaré est resté en arrière.

 

Je Te veux, oh Seigneur,

Afin que je puisse Te donner à tous.

Libère-moi donc, oh Dieu,

De l’esclavage du corps,

Afin que je puisse montrer aux autres

Comment ils peuvent se libérer eux-mêmes.

 

Je veux Ta béatitude éternelle,

Afin uniquement de la partager avec les autres,

Afin que je puisse montrer à tous mes frères,

La voie du bonheur,

Pour toujours et à jamais, en Toi.  


 Parahamsa Yogananda
Titre: Re : Les poèmes de nos poètes préférés
Posté par: Karmayata le 15 février 2010 à 15:21:09
.oO(peut-être pas mon "poème" ou "poète" préféré, mais ces paroles de chanson me font vibrer. Keny Arkana parle avec ses tripes)Oo.

Keny Arkana - Cinquième Soleil (Enfants du Quinto Sol)

Cinquième Soleil (Enfants du Quinto Sol) - Keny Ar...Try our new player (http://www.dailymotion.com/video/xc4xnw)

Mon espèce s'égare, l'esprit qui surchauffe
Les gens se détestent, la guerre des égos
21ème siècle, cynisme et mépris
Non respect de la Terre, folie plein les tripes

Frontières, barricades, émeutes et matraques
Cris et bains de sang, bombes qui éclatent
Politiques de la peur, science immorale
Insurrection d'un peuple, marché des armes

Nouvel Ordre Mondial, fusion de terreur
L'homme l'animal le plus prédateur
Le système pue la mort, assassin de la vie
A tué la mémoire pour mieux tuer l'avenir

Des disquettes plein la tête, les sens nous trompent
Le 3ème oeil ouvert car le cerveau nous ment
L'être humain s'est perdu, a oublié sa Force
A oublié la Lune, le Soleil et l'atome

Inversion des pôles, vers la haine se dirige
A perdu la raison pour une excuse qui divise
L'égoïsme en devise, époque misérable
Haine collective contre rage viscérale

Une lueur dans le coeur, une larme dans l'oeil
Une prière dans la tête, une vieille douleur
Une vive rancoeur, là où meurt le pardon
Où même la foi prend peur, allez viens nous partons

Des lois faites pour le peuple et les rois tyrannisent
Confrérie et bizness en haut de la pyramide
Ca sponsorise le sang, entre chars et uzis
Innocent, dans un ciel aux couleurs des usines

Un silence de deuil, une balle perdue
Toute une famille en pleurs, un enfant abattu
Des milices de l'état, des paramilitaires
Des folies cérébrales, des peuples entiers à terre

Bidonvilles de misère à l'entrée des palaces
Liberté volée, synonyme de paperasse
Humanité troquée contre une vie illusoire
Entre stress du matin et angoisses du soir

Des névroses plein la tête, les nerfs rompus
Caractérisent l'homme moderne bien souvent corrompu
Et quand la ville s'endort, arrive tant de fois
Une mort silencieuse, un SDF dans le froid

Prison de ciment, derrière les oeillères
Le combat est si long pour un peu de Lumière
Les familles se déchirent et les pères se font rares
Les enfants ne rient plus, se bâtissent des remparts

Les mères prennent sur elles, un jeune sur trois en taule
Toute cette merde est réelle donc on se battra encore
C'est la malatripa qui nous bouffe les tripes
Une bouteille de vodka, quelques grammes de weed

Certains ne reviennent pas, le sevrage est violent
Subutex injecté dans une flaque de sang
Des enfants qui se battent, un coup de couteau en trop
Ce n'est plus à la baraque que les mômes rentrent tôt

Ils apprennent la ruse dans un verre de colère
Formatage de la rue, formatage scolaire
C'est chacun sa disquette, quand les mondes se rencontrent
C'est le choc des cultures, voire la haine de la honte

Les barrières sont là, dans nos têtes, bien au chaud
Les plus durs craquent vite, c'est la loi du roseau
Non rien n'est rose ici, la grisaille demeure
Dans les coeurs meurtris qui à petit feu meurent

Ne pleure pas ma soeur, car tu portes le Monde
Noble est ton coeur, crois en toi et remonte
N'écoute pas les bâtards qui voudraient te voir triste
Même Terre Mère est malade, mais Terre Mère résiste

L'Homme s'est construit son monde, apprenti créateur
Qui a tout déréglé, sanguinaire, prédateur
Babylone est bien grande mais n'est rien dans le fond
Qu'une vulgaire mascarade au parfum d'illusion

Maîtresse de nos esprits crédules et naïfs
Conditionnement en massif, là où les nerfs sont à vif
Dans la marge c'est la rage, bastion des galériens
Ensemble nous sommes le Monde et le système n'est rien

Prends conscience mon frère, reste près de ton coeur
Méfie-toi du système assassin et menteur
Eloigne-toi de la haine qui nous saute tous au bras
Humanité Humaine, seul l'Amour nous sauvera

Ecoute le silence quand ton âme est en paix
La Lumière s'y trouve, la Lumière est rentrée
Vérité en nous-mêmes, Fruit de la Création
N'oublie pas ton Histoire, n'oublie pas ta Mission

Dernière génération à pouvoir tout changer
La Vie est avec nous, n'aie pas peur du danger
Alors levons nos voix pour ne plus oublier
Bout de poussières d'étoile, qu'attends tu pour briller

Tous frères et soeurs, reformons la chaîne
Car nous ne sommes qu'un divisé dans la chair
Retrouvons la joie, l'entraide, qu'on s'élève
Une lueur suffit à faire fondre les ténèbres

S'essoufle ce temps, une odeur de souffre
La fin se ressent, la Bête envoûte la foule
Les symboles s'inversent, se confondent les obsèques
L'Etoile qui fait tourner la roue se rapproche de notre ciel

Terre à l'agonie, mal-être à l'honneur
Folie, calomnie, peu de coeur à la bonne heure
Ignorance du bonheur et de la magie de la vie
Choqué par l'horreur, formé à la survie

L'époque, le pire, une part des conséquences
Le bien, le mal, aujourd'hui choisis ton camp
L'être humain s'est perdu, trop centré sur l'avoir
Les étoiles se concertent pour nous ramener sur la voie

Quadrillage ficelé mais passe la Lumière
Aie confiance en la vie, en la force de tes rêves
Tous un Ange à l'épaule, présent si tu le cherches
Quand le coeur ne fait qu'un avec l'esprit et le geste

Le Grand Jour se prépare, ne vois-tu pas les signes
La mort n'existe pas, c'est juste la fin des cycles
Cette fin se dessine, l'humain se décime
Espoir indigo, les Pléïades nous désignent

Lève ta tête et comprends, ressens la Force en ton être
Dépasse Babylone, élucide le mystère
Rien ne se tire au sort, que le Ciel te bénisse
Enfant du Quinto Sol, comprends entre les lignes...
Titre: Re : Les poèmes de nos poètes préférés
Posté par: Al198 le 15 février 2010 à 15:32:12
Wow...!! Effectivement ça envoie dur, très beau texte et c'est ce qu'il faut pour faire bouger les conscience espèrons qu'un max de gens l'entendent !
Titre: Re : Les poèmes de nos poètes préférés
Posté par: katchina le 15 février 2010 à 17:19:55
Pour Al198 - ici aussi  ;)
http://icietmaintenant.fr/SMF/index.php/topic,2831.0.html (http://icietmaintenant.fr/SMF/index.php/topic,2831.0.html)
Titre: Re : Les poèmes de nos poètes préférés
Posté par: Al198 le 15 février 2010 à 17:35:30
Merci pour le lien :), je m'en vais de ce pas écouter!
Titre: Re : Les poèmes de nos poètes préférés
Posté par: Mille-feuilles le 28 février 2010 à 13:17:17
 " Ma propriété n’a pas de murs. C’est l’espace et tout ce qui s’y passe. En posant mes jalons d’astre en astre, chaque soir j’arpente l’univers  "

Eugène Potier

http://rockastres.org/spip.php?rubrique49 (http://rockastres.org/spip.php?rubrique49)
Titre: Re : Les poèmes de nos poètes préférés
Posté par: là et demain le 15 avril 2010 à 17:28:56
Murs, ville,
Et port,
Asile
De mort,
Mer grise
Où brise
La brise,
Tout dort.

Dans la plaine
Naît un bruit.
C'est l'haleine
De la nuit.
Elle brame
Comme une âme
Qu'une flamme
Toujours suit !

La voix plus haute
Semble un grelot.
D'un nain qui saute
C'est le galop.
Il fuit, s'élance,
Puis en cadence
Sur un pied danse
Au bout d'un flot.

La rumeur approche
L'écho la redit.
C'est comme la cloche
D'un couvent maudit ;
Comme un bruit de foule,
Qui tonne et qui roule,
Et tantôt s'écroule,
Et tantôt grandit.

Dieu ! La voix sépulcrale
Des Djinns !... Quel bruit ils font !
Fuyons sous la spirale
De l'escalier profond.
Déjà s'éteint ma lampe,
Et l'ombre de la rampe,
Qui le long du mur rampe,
Monte jusqu'au plafond.

C'est l'essaim des Djinns qui passe,
Et tourbillonne en sifflant !
Les ifs, que leur vol fracasse,
Craquent comme un pin brûlant.
Leur troupeau, lourd et rapide,
Volant dans l'espace vide,
Semble un nuage livide
Qui porte un éclair au flanc.

Ils sont tout près ! - Tenons fermée
Cette salle, où nous les narguons
Quel bruit dehors ! Hideuse armée
De vampires et de dragons !
La poutre du toit descellée
Ploie ainsi qu'une herbe mouillée
Et la vieille porte rouillée
Tremble, à déraciner ses gonds !

Cris de l'enfer ! voix qui hurle et qui pleure
L'horrible essaim, poussé par l'aquilon
Sans doute, ô ciel ! s'abat sur ma demeure.
Le mur fléchit sous le noir bataillon.
La maison crie et chancelle penchée,
Et l'on dirait que, du sol arrachée,
Ainsi qu'il chasse une feuille séchée,
Le vent la roule avec leur tourbillon !

Prophète ! si ta main me sauve
De ces impurs démons des soirs,
J'irai prosterner mon front chauve
Devant tes sacrés encensoirs !
Fais que sur ces portes fidèles
Meure leur souffle d'étincelles,
Et qu'en vain l'ongle de leurs ailes
Grince et crie à ces vitraux noirs !

Ils sont passés ! - Leur cohorte
S'envole et fuit, et leurs pieds
Cessent de battre ma porte
De leurs coups multipliés.
L'air est plein d'un bruit de chaînes,
Et dans les forêts prochaines
Frissonnent tous les grands chênes,
Sous leur vol de feu pliés !

De leurs ailes lointaines
Le battement décroît,
Si confus dans les plaines,
Si faible, que l'on croît
Ouïr la sauterelle
Crier d'une voix grêle,
Ou pétiller la grêle
Sur le plomb d'un vieux toit.

D'étranges syllabes
Nous viennent encor ;
Ainsi, des Arabes
Quand sonne le cor,
Un chant sur la grève
Par instants s'élève,
Et l'enfant qui rêve
Fait des rêves d'or.

Les Djinns funèbres,
Fils du trépas,
Dans les ténèbres
Pressent leur pas ;
Leur essaim gronde.
Ainsi, profonde,
Murmure une onde
Qu'on ne voit pas.

Ce bruit vague
Qui s'endort,
C'est la vague
Sur le bord ;
C'est la plainte,
Presque éteinte,
D'une sainte
Pour un mort.

On doute
La nuit ...
J'écoute : -
Tout fuit,
Tout passe ;
L'espace
Efface
Le bruit.


Les Djinns (1829) de Victor Hugo, tiré du recueil "Les Orientales"
Titre: Re : Les poèmes de nos poètes préférés
Posté par: Diouf le 15 avril 2010 à 18:10:37
(http://i39.tinypic.com/am5aom.jpg)
Titre: Re : Les poèmes de nos poètes préférés
Posté par: là et demain le 16 avril 2010 à 13:08:11
Histoire naturelle

Tous les poissons sont ovipares
Tous les éléphants ont un père
Les fleurs et les arbres respirent
La peau des hommes a des pores
Et l'eau des glaciers est pure.

Jean Nohain
Titre: Re : Les poèmes de nos poètes préférés
Posté par: Mille-feuilles le 16 avril 2010 à 13:33:00
C'est pas mon poéte préfèré, mais c'est mon poéme préfèré de lui (ces derniers jours ...)

 La nuit (E. Dubois):
 
  http://www.agoravox.tv/culture-loisirs/culture/article/la-nuit-25972 (http://www.agoravox.tv/culture-loisirs/culture/article/la-nuit-25972)
Titre: Re : Les poèmes de nos poètes préférés
Posté par: là et demain le 19 avril 2010 à 10:24:02
Dans ces bois automnaux, graves et romantiques,
Danse et bois aux tonneaux, graves et rhum antique.
Net et vibrant, le chant d'une bergeronnette
Naît et vibre en le champ d'une bergère honnête.
Hérédia lisant Verlaine - Ah joli don !!
Erre et dit à Lise en vert lainage : " Oh! lis donc. "
Saoul, l'heureux gars Raimu descend, pas sans dangers,
Sous le regard ému des cent passants d'Angers.

Prévert
Titre: Re : Les poèmes de nos poètes préférés
Posté par: là et demain le 20 avril 2010 à 12:56:12
Voici venir les temps où vibrant sur sa tige
Chaque fleur s'évapore ainsi qu'un encensoir ;
Les sons et les parfums tournent dans l'air du soir ;
Valse mélancolique et langoureux vertige !

Chaque fleur s'évapore ainsi qu'un encensoir ;
Le violon frémit comme un cœur qu'on afflige ;
Valse mélancolique et langoureux vertige !
Le ciel est triste et beau comme un grand reposoir.

Le violon frémit comme un cœur qu'on afflige,
Un cœur tendre, qui hait le néant vaste et noir !
Le ciel est triste et beau comme un grand reposoir ;
Le soleil s'est noyé dans son sang qui se fige.

Un cœur tendre, qui hait le néant vaste et noir,
Du passé lumineux recueille tout vestige !
Le soleil s'est noyé dans son sang qui se fige ...
Ton souvenir en moi luit comme un ostensoir !

Harmonie du soir, de Baudelaire, tiré des "Fleurs du Mal"
Titre: Re : Les poèmes de nos poètes préférés
Posté par: là et demain le 21 avril 2010 à 11:40:00
Au bal costumé des enfants facétieux gambadaient, hilares, infatigables.
Joyaux kaléidoscopiques, lampions multicolores, nous offraient partout quelque resplendissant spectacle.
 Titubant, un vénérable wagonnier xanthoderme y zigzaguait.
Yogis xénophiles, wattmen vaniteux, unis temporairement, sirotaient, rêveurs.
Quand, promeneurs obscurs, nous musardions, la kermesse joyeuse immortalisait héros grecs, farfadets et danseurs chinois bizarrement accoutrés.

Jacques Pépin
Titre: Re : Les poèmes de nos poètes préférés
Posté par: là et demain le 22 avril 2010 à 14:31:10
Quand je mets à vos pieds un éternel hommage,
Voulez-vous qu'un instant je change de visage ?
Vous avez capturé les sentiments d'un cœur
Que pour vous adorer forma le créateur.
Je vous chéris, amour, et ma plume en délire
Couche sur le papier ce que je n'ose dire.
Avec soin de mes vers lisez les premiers mots :
Vous saurez quel remède apporter à mes maux.

- Alfred de Musset à Georges Sand -


Cette insigne faveur que votre cœur réclame
Nuit à ma renommée et répugne à mon âme.

- George Sand, en réponse à Musset -
Titre: Re : Les poèmes de nos poètes préférés
Posté par: là et demain le 22 avril 2010 à 15:17:42
Quand je mets à vos pieds un éternel hommage,
Voulez-vous qu'un instant je change de visage ?
Vous avez capturé les sentiments d'un cœur
Que pour vous adorer forma le créateur.
Je vous chéris, amour, et ma plume en délire
Couche sur le papier ce que je n'ose dire.
Avec soin de mes vers lisez les premiers mots :
Vous saurez quel remède apporter à mes maux.

- Alfred de Musset à Georges Sand -


Cette insigne faveur que votre cœur réclame
Nuit à ma renommée et répugne à mon âme.

- George Sand, en réponse à Musset -
Titre: Re : Les poèmes de nos poètes préférés
Posté par: Karmayata le 22 avril 2010 à 18:58:17
Pour faire suite à ton message là et demain...

A Chopin,

Je suis heureuse de vous dire que j'ai
bien compris l'autre jour que vous aviez
toujours une envie folle de me faire
danser. Je conserve le souvenir de votre
baiser, et j'aimerais beaucoup que ce soit
une preuve que je suis aimée et désirée
par vous. Je suis prête à vous montrer mon
affection toute désintéressée et sans cal-
cul, et si vous voulez vraiment me voir
vous dévoiler sans aucun artifice, mon âme
toute nue, daignez au moins venir chez moi,
nous bavarderons franchement entre amis.
Je vous prouverai que je suis la femme
capable de vous témoigner l'affection
la plus étroite et aussi la plus profonde
l'épouse la plus fidèle et la plus sûre
que vous puissiez imaginer. Oh comme votre
amour sera doux; la solitude qui m'ha-
bite est longue, dure, et sûrement bien
affable, et mon âme en est fortement é-
branlée! Venez bien vite, vous pourrez me la
faire oublier. Et à vous, je veux me sou-
mettre entièrement.

Celle qui vous aime,
George Sand


Maintenant lisez une ligne sur deux... Sacrée George... :P
Titre: Re : Les poèmes de nos poètes préférés
Posté par: Ysis le 22 avril 2010 à 22:29:56


L’union libre



Ma femme à la chevelure de feu de bois
Aux pensées d'éclairs de chaleur
À la taille de sablier
Ma femme à la taille de loutre entre les dents du tigre
Ma femme à la bouche de cocarde et de bouquet d'étoiles
de dernière grandeur
Aux dents d'empreintes de souris blanche sui- la terre blanche
À la langue d'ambre et de verre frottés
Ma femme à la langue d'hostie poignardée
À la langue de poupée qui ouvre et ferme les yeux
A la langue de pierre incroyable
Ma femme aux cils de bâtons d'écriture d’enfant
Aux sourcils de bord de nid d'hirondelle
Ma femme aux tempes d'ardoise de toit de serre
Et de buée aux vitres
Ma femme aux épaules de champagne
Et de fontaine à têtes de dauphins sous la glace
Ma femme aux poignets d'allumettes
Ma femme aux doigts de hasard et d'as de cœur
Aux doigts de foin coupé
Ma femme aux aisselles de martre et de fênes
De nuit de la Saint-,Jean
De troène et de nid de scalares
Aux bras d'écume de mer et d'écluse
Et de mélange du blé et du moulin
Ma femme aux jambes de fusée
Aux mouvements d'horlogerie et de désespoir
Ma femme aux mollets de moelle de sureau
Ma femme aux pieds d’initiales
Aux pieds de trousseaux de clés aux pieds de calfats qui boivent
Ma femme au cou d'orge imperlé
Ma femme à la gorge de Val d'or
De rendez-vous dans le lit même du torrent
Aux seins de nuit
Ma femme aux seins de taupinière marine
Ma femme aux seins de creuset du rubis
Aux seins de spectre de la rose sous la rosée
Ma Femme au ventre de dépliement d'éventail des jours
Au ventre de griffe géante
Ma femme au dos d'oiseau qui fuit vertical
Au dos de vif-argent
Au dos de lumière
À la nuque de pierre roulée et de craie mouillée
Et de chute d'un verre dans lequel on vient de boire
Ma femme aux hanches de nacelle
Aux hanches de lustre et de pennes de flèche
Et de tiges de plumes de paon blanc
De balance insensible
Ma femme aux fesses de grès et d'amiante
Ma femme aux fesses de dos de cygne
Ma femme aux fesses de printemps
Au sexe de glaïeul
Ma femme au sexe de placer et d'ornithorynque
Ma femme au sexe d'algue et de bonbons anciens
Ma femme au sexe de miroir
Ma femme aux yeux pleins de larmes
Aux yeux de panoplie violette et d'aiguille aimantée
Ma femme aux yeux de savane
Ma femme aux yeux d'eau pour boire en prison
Ma femme aux yeux de bois toujours sous la hache
Aux yeux de niveau d'eau de niveau d'air de terre et de f'eu

André Breton
Titre: Re : Les poèmes de nos poètes préférés
Posté par: Aloysius le 22 avril 2010 à 22:37:46
COMME LA PRINCESSE ANACTORIA EST BELLE CE SOIR

...elle resplendit
comme, une fois le soleil couché,
 la lune aux doigts de rose

éclipsant tous les astres. Sa lumière se verse
sur la mer salée,
sur les prés aussi aux maintes fleurs.

La rosée alors en gouttes de beauté est éparse,
s'épanouissent alors les roses et le délicat cerfeuil
et le mélilot parfumé.

...

Sapphô de Mytilène. Odes
Titre: Re : Les poèmes de nos poètes préférés
Posté par: Aloysius le 30 avril 2010 à 21:56:42
Déjeuner du matin

   
Il a mis le café
Dans la tasse
Il a mis le lait
Dans la tasse de café
Il a mis le sucre
Dans le café au lait
Avec la petite cuiller
Il a tourné
Il a bu le café au lait
Et il a reposé la tasse
Sans me parler
Il a allumé
Une cigarette
Il a fait des ronds
Avec la fumée
Il a mis les cendres 
Dans le cendrier
Sans me parler
Sans me regarder
Il s'est levé
Il a mis
Son chapeau sur sa tête
Il a mis son manteau de pluie
Parce qu'il pleuvait
Et il est parti
Sous la pluie
Sans une parole
Sans me regarder
Et moi j'ai pris
Ma tête dans ma main
Et j'ai pleuré.
   
Jacques PREVERT
Titre: Khalil Gibran sur l'Amour (Le Prophète)
Posté par: Aloysius le 01 mai 2010 à 23:12:42
Khalil Gibran sur l'Amour (Le Prophète) (http://www.youtube.com/watch?v=RLWrkw2SQ6w#)
Titre: Re : Les poèmes de nos poètes préférés
Posté par: lilou le 01 mai 2010 à 23:25:23


 Rainer Maria RILKE   (1875-1926)


Paume

Paume, doux lit froissé
où des étoiles dormantes
avaient laissé des plis
en se levant vers le ciel.

Est-ce que ce lit était tel
qu'elles se trouvent reposées,
claires et incandescentes,
parmi les astres amis
en leur élan éternel ?

Ô les deux lits de mes mains,
abandonnés et froids,
légers d'un absent poids
de ces astres d'airain.
Titre: Re : Les poèmes de nos poètes préférés
Posté par: là et demain le 03 mai 2010 à 22:37:02
Les cieux proclament la gloire de Dieu, le firmament raconte l'ouvrage de ses mains.
Le jour au jour en livre le récit et la nuit à la nuit en donne connaissance.
Pas de paroles dans ce récit, pas de voix qui s'entende;
Mais sur toute la terre en paraît le message et la nouvelle, aux limites du monde.
Là, se trouve la demeure du soleil.
   
         
   
   
   
Titre: Re : Les poèmes de nos poètes préférés
Posté par: Aloysius le 07 mai 2010 à 21:55:12
                                        La Chambre gothique

                                                                 Nox et solitudo plenae sunt diabolo.
                                                                         Les Pères de l'Église.


La nuit, ma chambre est pleine de
diables.
« Oh! la terre, - murmurai-je à la nuit, est un calice embaumé dont le pistil et les étamines sont la lune et les étoiles! »


Et, les yeux lourds de sommeil, je fermai la fenêtre qu'incrusta la croix du calvaire, noire dans la jaune auréole des vitraux.

Encore, - si ce n'était à minuit, - l'heure blasonnée de dragons et de diables! - que le gnome qui se soûle de l'huile de ma lampe!

Si ce n'était que la nourrice qui berce avec un chant monotone, dans la cuirasse de mon père, un petit enfant mort-né!

Si ce n'était que le squelette du lansquenet emprisonné dans la boiserie, et heurtant du front, du coude et du genou!

Si ce n'était que mon aïeul qui descend en pied de son cadre vermoulu, et trempe son gantelet dans l'eau bénite du bénitier!

Mais c'est Scarbo qui me mord au cou, et qui, pour cautériser ma blessure sanglante, y plonge son doigt de fer rougi à la fournaise!

               
 
 
                                            Aloysius BERTRAND 1807-1841
                                                       (Gaspard de la Nuit)
Titre: Re : Les poèmes de nos poètes préférés
Posté par: Aloysius le 11 mai 2010 à 08:47:26
Comme on voit sur la branche tout en haut rougir la pomme douce, tout en haut sur la plus haute branche,- les cueilleurs de pommes l'ont oubliée: non, ils ne l'ont pas oubliée, mais plutôt, ils n'ont pas pu l'atteindre.

Sapphô de Mytilène. Odes
Titre: Re : Les poèmes de nos poètes préférés
Posté par: Aloysius le 18 mai 2010 à 14:23:06

                                                 Aube

 

J'ai embrassé l'aube d'été.

Rien ne bougeait encore au front des palais. L'eau était morte. Les camps d'ombres ne quittaient pas la route du bois. J'ai marché, réveillant les haleines vives et tièdes, et les pierreries regardèrent, et les ailes se levèrent sans bruit.

La première entreprise fut, dans le sentier déjà empli de frais et blêmes éclats, une fleur qui me dit son nom.

Je ris au wasserfall blond qui s'échevela à travers les sapins : à la cime argentée je reconnus la déesse.

Alors, je levai un à un les voiles. Dans l'allée, en agitant les bras. Par la plaine, où je l'ai dénoncée au coq. A la grand'ville elle fuyait parmi les clochers et les dômes, et courant comme un mendiant sur les quais de marbre, je la chassais.

En haut de la route, près d'un bois de lauriers, je l'ai entourée avec ses voiles amassés, et j'ai senti un peu son immense corps. L'aube et l'enfant tombèrent au bas du bois.

Au réveil il était midi.

                                                                          Arthur RIMBAUD

Titre: Re : Les poèmes de nos poètes préférés
Posté par: Aloysius le 20 juin 2010 à 12:56:39
Le monde physique est encore là. C’est le parapet du moi qui regarde, sur lequel un poisson d’ocre rouge est resté, un poisson fait d’air sec, d’une coagulation d’eau retirée.
Mais quelque chose s’est produit tout à coup.
Il est né une arborescence brisante, avec des reflets de fronts, élimés, et quelque chose comme un nombril parfait, mais vague, et qui avait la couleur d’un sang trempé d’eau, et au-devant était une grenade qui épandait aussi un sang mêlé d’eau, qui épandait un sang dont les lignes pendaient ; et dans ces lignes, des cercles de seins tracés dans le sang du cerveau.
Mais l’air était comme un vide aspirant dans lequel ce buste de femme venait
dans le tremblement général, dans le secouement de ce monde vitré, qui virait
en éclat de fronts, et secouait sa végétation de colonnes, ses nichées d’œufs,
ses nœuds en spires, ses montagnes mentales, ses frontons étonnés.
Et dans les frontons des colonnes des soleils par hasard s’étaient pris,
des soleils dressés sur des jets d’air comme des œufs, et mon front écartait
ces colonnes, et l’air floconneux, et les miroirs de soleils, et les spires naissantes,
vers la ligne précieuse des seins, et le creux du nombril, et le ventre qui n’était pas.
Mais toutes les colonnes perdent leurs œufs, et en rupture de la ligne des colonnes il naît des œufs en ovaires, des œufs en sexes retournés.
La montagne est morte, l’air est éternellement mort. Dans cette rupture décisive d’un monde, tous les bruits sont pris dans la glace, le mouvement est pris dans la glace ; et l’effort de mon front s’est gelé.
Mais sous la glace un bruit effrayant traversé de cocons de feu entoure le silence
du ventre nu et privé de glace, et il monte des soleils retournés et qui se regardent, des lunes noires, des feux terrestres, des trombes de lait.
La froide agitation des colonnes partage en deux mon esprit, et je touche mon sexe à moi, le sexe du bas de mon âme, qui monte en triangle enflammé

 
 
Antonin ARTAUD
 
Extraits de l'Ombilic des Limbes
Titre: Re : Les poèmes de nos poètes préférés
Posté par: Aloysius le 23 juin 2010 à 12:30:10

....un signe en vérité...intensément....c'est Hermès qui est entré.

Je lui ai parlé:

 "Non, Seigneur, par la déesse bienheureuse, il n'est pas de douceur pour moi en ma vie sur la Terre.

Je ne sais quel désir me tient de mourir et de voir sous les lotus humides de rosée les falaises qui bordent l'Archéron."
 
 
Sapphô, prêtresse d'Aphrodite.
Titre: Re : Les poèmes de nos poètes préférés
Posté par: Aloysius le 25 juin 2010 à 13:19:42
Stéphane MALLARME   (1842-1898)


Brise marine
La chair est triste, hélas ! et j'ai lu tous les livres.
Fuir ! là-bas fuir! Je sens que des oiseaux sont ivres
D'être parmi l'écume inconnue et les cieux !
Rien, ni les vieux jardins reflétés par les yeux
Ne retiendra ce coeur qui dans la mer se trempe
Ô nuits ! ni la clarté déserte de ma lampe
Sur le vide papier que la blancheur défend
Et ni la jeune femme allaitant son enfant.
Je partirai ! Steamer balançant ta mâture,
Lève l'ancre pour une exotique nature !

Un Ennui, désolé par les cruels espoirs,
Croit encore à l'adieu suprême des mouchoirs !
Et, peut-être, les mâts, invitant les orages,
Sont-ils de ceux qu'un vent penche sur les naufrages
Perdus, sans mâts, sans mâts, ni fertiles îlots ...
Mais, ô mon coeur, entends le chant des matelots !
Titre: Re : Du Sahara aux Cévennes
Posté par: boulgakov le 27 juin 2010 à 01:43:36
Un poeme a lire, tout affaires cessantes, c'est une question d'hygiene mentale et contrairement a ce que certains pourraient penser , ca n'est pas vulgaire :
http://www.audiocite.net/livres-audio-gratuits-charme/paul-verlaine-meme-quand-tu-ne-bandes-pas.html (http://www.audiocite.net/livres-audio-gratuits-charme/paul-verlaine-meme-quand-tu-ne-bandes-pas.html)

Même quand tu ne bandes pas,
Ta queue encor fait mes délices
Qui pend, blanc d'or entre tes cuisses,
Sur tes roustons, sombres appas.

— Couilles de mon amant, soeurs fières
À la riche peau de chagrin
D'un brun et d'un rose et purpurin
Couilles farceuses et guerrières,

Et dont la gauche balle un peu,
Tout petit peu plus que l'autre
D'un air roublard et bon apôtre
À quelles donc fins, nom de Dieu ?

Elle est dodue, ta quéquette
Et veloutée, du pubis
Au prépuce fermant le pis,
Aux trois quarts d'une rose crête.

Elle se renfle un brin au bout
Et dessine sous la peau douce
Le gland gros comme un demi-pouce
Montrant ses lèvres jusqu'au bout.

Après que je l'aurai baisée
En tout amour reconnaissant,
Laisse ma main la caressant,
La saisir d'une prise osée,

Pour soudain la décalotter,
En sorte que, violet tendre,
Le gland joyeux, sans plus attendre,
Splendidement vient éclater ;

Et puis elle, en bonne bougresse
Accélère le mouvement
Et Jean-nu-tête en un moment
De se remettre à la redresse.

Tu bandes ! c'est ce que voulaient
Ma bouche et mon cul ! — con choisis, maître,
Une simple douce, peut-être ?
C'est ce que mes dix doigts voulaient.

Cependant le vit, mon idole,
Tend pour le rite et pour le cul —
Te, à mes mains, ma bouche et mon cul
Sa forme adorable d'idole.


VERLAINE

Je rajoute, meme si je devrais me taire apres Verlaine, que comme disait Desproges, notre probleme c'est que nous bandons mou, voire plus du tout !
Titre: Re : Les poèmes de nos poètes préférés
Posté par: Karmayata le 09 août 2010 à 19:24:39
Je ne m'intéresse pas à la façon dont tu gagnes ta vie.
Je veux savoir à quoi tu aspires,
Et si tu oses rêver de réaliser le désir ardent de ton cœur.

Je ne m'intéresse pas à ton âge.
Je veux savoir, si pour la quête de l'amour et de tes rêves,
Pour l'aventure de te sentir vivre,
Tu prendras le risque d'être considéré comme fou.

Je ne m'intéresse pas aux astres qui croisent ta lune.
Je veux savoir si tu as touché le centre de ta propre souffrance,
Si les trahisons vécues t'ont ouvert,
Ou si tu t'es fané et renfermé par crainte de blessures ultérieures.

Je veux savoir si tu peux vivre avec la douleur, la tienne ou la mienne,
Sans t'agiter pour la cacher, l'amoindrir ou la fixer.

Je veux savoir si tu peux vivre avec la joie, la tienne ou la mienne,
Si tu oses danser, envahi par l'extase jusqu'au bout des doigts et des orteils
Sans être prudent ou réaliste et sans te souvenir des conventions du genre humain.

Je ne m'intéresse pas à la véracité de l'histoire que tu racontes.
Je veux savoir si tu es capable de décevoir quelqu'un pour rester fidèle à toi-même,
Si tu supportes l'accusation d'une trahison, sans pour autant devenir infidèle à ton âme.

Je veux savoir si tu peux faire confiance, et si tu es digne de confiance.
Je veux savoir si tu peux voir la beauté, même lors des jours sombres
Et si tu peux trouver la source de ta vie dans la présence de cette beauté;

Je veux savoir si tu peux vivre après l'échec, le tien ou le mien,
Et malgré cela rester debout au bord du lac
Et crier : " Oui ! " au disque argenté de la lune.

Je ne m'intéresse pas à l'endroit où tu vis ni à la quantité d'argent que tu as.
Je veux savoir si après une nuit de chagrin et de désespoir,
Tu peux te lever et faire ce qui est nécessaire pour les enfants

Je ne m'intéresse pas à ce que tu es, ni comment tu es arrivé ici.
Je veux savoir si tu peux rester au centre du feu avec moi, sans reculer.

Je ne m'intéresse pas à ce que tu as étudié, ni où, ni avec qui.
Je veux savoir ce qui te soutient à l'intérieur, lorsque tout s'écroule.

Je veux savoir si tu peux être seul avec toi-même,
Et si tu aimes véritablement la compagnie de tes moments vides.

Oriah Mountain Dreamer (ancêtre et sage indien)
Titre: Re : Les poèmes de nos poètes préférés
Posté par: Mille-feuilles le 30 août 2010 à 00:08:45
" Jeudi III Office des lectures:

 Dieu, viens à mon aide

Seigneur, à notre secours.

 Gloire au Pére, et au Fils et au St Esprit

Au Dieu qui est, qui était et qui vient

pour les siécles des siécles. Amen. Alleluia

 (Si c'est le premier office du jour: "Seigneur ouvre mes lévres")

L'hymne:

                 En toute vie le silence dit Dieu,

                 Tout ce qui est tressaille d'être à Lui !

                 Soyez la voix du silence en travail,

                 couvez la vie, c'est elle qui loue Dieu !

Pas un seul mot, et pourtant c'est Son nom

Que tout sécréte et presse de chanter;

N'avez-vous pas un monde immense en vous ?

Soyez son cri et vous aurez tout dit.

                     Il suffit d'être et vous vous entendrez

                     Rendre la grâce d'être et de bénir;

                     Vous serez pris dans l'hymne d'Univers,

                     Vous avez tout en vous pour adorer.

Car vous avez l'hiver et le printemps,

Vous êtes l'arbre en sommeil et en fleurs;

Jouez pour Dieu des branches et du vent,

Jouez pour Dieu des racines cachées.

                      Arbres humains,jouez de vos oiseaux,

                      Jouez pour Lui des étoiles du ciel

                      Qui sans paroles expriment la clarté;

                      Jouez aussi des anges qui voient Dieu."
Titre: Re : Les poèmes de nos poètes préférés
Posté par: Musica le 30 août 2010 à 21:54:06
Ma Bohème - Arthur Rimbaud

Je m'en allais, les poings dans mes poches crevées;
Mon paletot soudain devenait idéal;
J'allais sous le ciel, Muse, et j'étais ton féal;
Oh! là là! que d'amours splendides j'ai rêvées!

Mon unique culotte avait un large trou.
Petit-Poucet rêveur, j'égrenais dans ma course
Des rimes. Mon auberge était à la Grande-Ourse.
Mes étoiles au ciel avaient un doux frou-frou

Et je les écoutais, assis au bord des routes,
Ces bons soirs de septembre où je sentais des gouttes
De rosée à mon front, comme un vin de vigueur;

Où, rimant au milieu des ombres fantastiques,
Comme des lyres, je tirais les élastiques
De mes souliers blessés, un pied près de mon coeur!

Titre: Re : Les poèmes de nos poètes préférés
Posté par: Aloysius le 13 septembre 2010 à 18:24:35
Artémis

    La Treizième revient... C’est encor la première ;
Et c’est toujours la seule, — ou c’est le seul moment ;
Car es-tu reine, ô toi ! la première ou dernière ?
Es-tu roi, toi le seul ou le dernier amant ?...
 
Aimez qui vous aima du berceau dans la bière ;
Celle que j’aimai seul m’aime encor tendrement :
C’est la mort — ou la morte... Ô délice ! ô tourment !
La rose qu’elle tient, c’est la Rose trémière.
 
Sainte napolitaine aux mains pleines de feux,
Rose au cœur violet, fleur de sainte Gudule :
As-tu trouvé ta croix dans le désert des cieux ?
 
Roses blanches, tombez ! vous insultez nos dieux,
Tombez, fantômes blancs, de votre ciel qui brûle :
— La sainte de l’abîme est plus sainte à mes yeux !

   
Nerval
Titre: Re : Les poèmes de nos poètes préférés
Posté par: Aloysius le 14 septembre 2010 à 19:00:28
J'ai Rimbaud et notament ce poème et aussi celui du soldat qui dort (je me rappelle jamais le titre)



...ça doit être "le dormeur du Val"...le jeune soldat mort au combat mais il semble qu'il dort...mais il a froid....et ces 2 trous au côté....



              Le Dormeur du val
 


C'est un trou de verdure où chante une rivière
Accrochant follement aux herbes des haillons
D'argent : où le soleil, de la montagne fière,
Luit : c'est un petit val qui mousse de rayons.

Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,
Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,
Dort ; il est étendu dans l'herbe, sous la nue,
Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.

Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme
Sourirait un enfant malade, il fait un somme :
Nature, berce-le chaudement : il a froid.

Les parfums ne font pas frissonner sa narine ;
Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine
Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.

Arthur RIMBAUD, Poésies  (composé en 1870)





 
 
 


 
Titre: Re : Les poèmes de nos poètes préférés
Posté par: katchina le 15 septembre 2010 à 00:08:41
COMMENCEMENTS

Je songe quelquefois à mon commencement :
L'azur venait d'éclore,
Et déjà je vivais, avec un coeur aimant,
Eparse dans l'aurore.

Je suis comme le temps, ma vie est faite avec
La matière du monde ;
Je fus avant l'immense Egypte, avant les Grecs,
Aux premiers jours de l'onde ;

J'ai dû naître sur l'eau, dans un matin puissant,
Sur la luisante écume,
Quand l'univers était un volcan plein d'encens,
Un mol azur qui fume.

Je crois me souvenir de ce matin où vint
Sur mes lèvres mouillées
Se poser à jamais le lyrisme divin
Aux ailes déployées !

Et maintenant je suis le tendre et chaud miroir
De l'époque en allée,
La fraîcheur du matin, la tristesse du soir
Et la nuit étoilée.

Quelquefois je me sens couchée au bord des eaux,
Un dattier noir m'effleure
Tandis que, lents coteaux balancés, des chameaux
Vont vers l'Asie Mineure.

Quelquefois je m'assieds dans l'or d'un sable amer,
A l'abri bleu d'un saule,
Et j'attends que revienne Ulysse jeune et clair,
La rame sur l'épaule.

J'habite tout l'espace et je remonte au temps ;
Je m'en vais, attendrie,
Ecouter les docteurs ondoyants et chantants
Des soirs d'Alexandrie.

Parfois, je suis la chaude Arabe, aux yeux de loup,
Qu'un songe immense creuse ;
J'erre dans les jardins d'un couvent andalou,
Près d'une palme heureuse.

Je ne pourrais jamais exprimer mon désir,
L'ardeur qui me terrasse,
Ni si les monts d'argent me prêtaient leur soupir
Soulevé dans l'espace,

Ni si le lis brûlant me donnait son odeur
Dans l'azur infusée,
Ni si toute la mer se groupait dans mon coeur
Pour jaillir en fusée.

(Les éblouissements)

Anna de Noailles

Titre: Re : Les poèmes de nos poètes préférés
Posté par: Michel-Vallée le 15 septembre 2010 à 00:28:24

Merci à vous pour ces délicieux poèmes.

Je me souviens, mais cela remonte à loin, d'un poème qui m'avait beaucoup touché à l'époque
(j'ai un peu changé depuis... mais finalement, au 'fond', peut-être pas tant que ça.. j'en suis pas sûr à 100%)  mais je ne sais qui en est l'auteur.

Je sais que je l'avais trouvé tellement beau que je l'avais recopié à la main et que j'ai conservé (quelque part...  :-\) ce manuscrit.

Je tenterai de le retrouver.

Il s'intitulait "les personnes sont des cadeaux". 

A bientôt, donc.  :)

Titre: Re : Les poèmes de nos poètes préférés
Posté par: Aloysius le 21 septembre 2010 à 10:19:37
Les personnes sont des cadeaux
Certaines sont magnifiquement enveloppées
elles sont très attrayantes, dès le premier contact.
D'autres sont enveloppées de papier très ordinaire.
D'autres ont été malmenées par la poste.
II arrive parfois qu'il y ait une ” distribution spéciale “,
certaines sont des cadeaux dont l'emballage laisse à désirer,
d'autres dont l'emballage est bien fait.

Mais l'emballage n'est pas le cadeau!
C'est si facile de faire l'erreur…et nous rions
quand les enfants prennent l'un pour l'autre.
Parfois, le cadeau est très facile à ouvrir,
parfois il faut se faire aider.
Peut-être parce que les autres ont peur?
Ils ont peut-être déjà été ouverts et rejetés?

Je suis une personne et donc moi, je suis un cadeau!
Un cadeau pour moi-même, d'abord.
Ai-je regardé à l'intérieur de l'emballage?
Ai-je peur de le faire?
Peut-être n'ai-je jamais accepté le cadeau que je suis…
Pourrait-il se faire qu'il y ait à l'intérieur quelque chose
de différent de ce que j'imagine?
Je n'ai peut-être jamais vu le cadeau merveilleux que je suis. Ma création pourrait-elle être autre chose que magnifique?

J'aime les cadeaux que je reçois de ceux qui m'aiment,
pourquoi pas le cadeau que je suis?

Je suis un cadeau pour les autres,
est-ce que j'accepte d'être donné aux autres?
Les autres doivent-ils se contenter de l'emballage?
Peuvent-ils apprécier tout le cadeau?

Toutes les rencontres sont des échanges de cadeaux
mais un cadeau sans quelqu'un qui le donne n'est pas un cadeau;
c'est une chose privée de liens avec celui qui donne
ou celui qui reçoit.

L'amitié est une relation entre des personnes qui se voient
comme elles sont en réalité…
Ne sommes-nous pas des cadeaux les uns envers les autres et pour les autres?



Source: Georges B. Nintenann…
Titre: Re : Les poèmes de nos poètes préférés
Posté par: Aloysius le 21 septembre 2010 à 10:39:13
Salut Michel,

...de mon côté, c'est celui-ci de Max Ehrmann que je possède manuscrit...

Tu dois le connaitre!
Je l'aime beaucoup.
Il aide.






DESIDERATA

 


Va paisiblement ton chemin à travers le bruit et la hâte,

et souviens toi que le silence est paix.

Autant que faire se peut et sans courber la tête,

 sois ami avec tes semblables.

 

Exprime ta vérité calmement et clairement.

Écoute les autres, même les plus ennuyeux ou les plus ignorants;

eux aussi ont quelque chose à dire.

Fuis l'homme à la voix haute et autoritaire;

il pèche contre l'esprit.

 

Ne te compare pas aux autres par crainte de devenir vain ou amer,

car toujours, tu trouveras meilleur ou pire que toi.

Jouis de tes succès mais aussi de tes plans.

 

Aime ton travail aussi humble soit-il,

car c'est un bien réel dans un monde incertain. 

Sois sage en affaires, car le monde est trompeur.

Mais n'ignore pas non plus que vertu il y a,

que beaucoup d'hommes poursuivent un idéal

et que l'héroïsme n'est pas chose si rare.

 

Sois toi-même et, surtout, ne feins pas l'amitié.
N'aborde pas non plus l'amour avec cynisme, car,

malgré les vicissitudes et les désenchantements,

il est aussi vivace que l'herbe que tu foules.

 

Inclines-toi devant l'inévitable passage des ans,

laissant sans regret la jeunesse et ses plaisirs.

 

Sache que, pour être fort, tu dois te préparer,

mais ne succombe pas aux craintes chimériques

qu'engendrent souvent fatigue et solitude. 

Par-delà une sage discipline, sois bon avec toi-même.

 

Tu est bien fils de l'univers, tout comme les arbres et les étoiles.

Tu y as ta place.

Quoique tu en penses, il est clair que

l'univers continue sa marche comme il se doit.

 

Sois donc en paix avec Dieu, quel qu'il puisse être pour toi.


Et, quelles que soient ta tâche et tes aspirations,

dans le bruit et la confusion de la vie, garde ton âme en paix.

Malgré les vilenies, les labeurs, les rêves déçus,

la vie a encore sa beauté.

 

Sois prudent. Essaie d'être heureux !


Max EHRMANN 1927
...il est aussi connu sous le nom de manuscrit anonyme de Batimore XVI S 

Titre: Re : Les poèmes de nos poètes préférés
Posté par: Aloysius le 27 septembre 2010 à 09:58:15
                             
 
                                               Tu étais mort...



Tu étais mort, mais ton regard a contemplé l’univers de l’âme

Quand tu ressuciteras, tu sauras désormais comment il faut vivre.

Celui qui, comme Enoch, est mort puis est revenu sur terre,

Enseigne dans le royaume céleste et connaît les choses invisibles.

 
 



Viens, dis-moi par quel chemin tu es sorti de ce monde,

Et de l’autre côté aussi, par quelle invisible route tu es revenu ici-bas ?

C’est un chemin sur lequel s’envolent chaque nuit toutes les âmes ;

De ville en ville, toutes les cages se vident d’oiseaux pendant la nuit.
 
 


Quand les pattes de l’oiseau sont liées, il ne s’envole pas au loin,

Il n’arrive pas au ciel, il ne parvient pas à décrire des cercles dans les airs ;

Quand, par la mort, il brise ses attaches et s’envole,

Il découvre la réalité et le secret de toutes choses.
 
 


Garde le silence car le monde du silence est une plénitude ;

Ne bas pas du tambour de la parole ; la parole n’est qu’un tambour vide.
 




                                                                                             Djalâl-al-dîn RUMI
(1207-1273)
Titre: Re : Les poèmes de nos poètes préférés
Posté par: boulgakov le 09 octobre 2010 à 20:25:38
Un américain est accusé d’avoir torturé une tortue
en tant que quadrupède.
(Journaux)

.
.
La tortue est-elle un poisson ?
Est-elle un quadrupède ?
Qu’en pensent Monsieur de Buffon,
Monsieur de Lacepède

Je ne le sais ni ne le sus.
Je ne saurais vous dire
Ce qu’ils ont écrit là-dessus.
On ne peut pas tout lire.

En attendant de le savoir,
Pour ma part, il me semble
Qu’elle pourrait se prévaloir
D’être les deux ensemble.

Mais la question n’est pas là,
Mon brave capitaine,
Ta tortue est donc , devant la
Justice américaine,

L’un ou l’autre. Il lui faut choisir ;
Si c’est un quadrupède
On ne peut lui nuire à loisir.
C’est une chose laide

Que d’avoir fait souffrir ainsi
Une pauvre tortue,
Les juges seront sans merci,
La cause est entendue.
.


Mais il en va d’autre façon,
Si l’on la considère
Comme étant un simple poisson,
Non comme un dromadaire…

Elle n’est plus un animal,
Dans ce cas, - on veut croire -
Alors tu peux la mettre à mal,
Lui percer les… nageoires ;

Et même - il est des précédents -
Devant qu’elle trépasse,
Tu peux la faire bouillir dans
Sa propre carapace !

Car, il est bien entendu que
Dès sorti de son gouffre,
Un poisson ne souffre que peu,
En admettant qu’il souffre.

Faut-il que l’on nous sorte encor
Cette vieille rengaine !
Je la croyais aux vieux décors,
Et rouillé en sa gaine.

C’est bientôt dit, ça. Qu’en sais-tu ?
Je crois qu’en ce bas monde,
Tout ce qui vit - homme têtu -,
Sur la terre ou dans l’onde,


Peut souffrir de ta cruauté.
Il n’est de bestiole
Qui n’ait sa sensibilité.
As-tu ce monopole ?

Te crois-tu l’unique animal
De souffrance sur terre,
Le reste étant rebelle au mal ?
Mais le moindre éphémère

Relativement souffre autant
Qui vit une journée,
Puisque aussi bien un seul instant
Lui tient lieu d’une année.
.
.

RAOUL PONCHON
Le Journal
17 fév. 1913

Titre: Re : Les poèmes de nos poètes préférés
Posté par: Aloysius le 14 octobre 2010 à 18:42:34
Chant 23


Abimé dans le sein de la Divinité,
Dans l'occulte secret de cette Trinité
Où je cherche à tâtons l'unité bienheureuse,
Pensant voir en ce lieu la lumière et le jour
Je vois dans un brouillard une flamme amoureuse
Par les yeux de l'Amour.


Claude HOPIL
Titre: Re : Les poèmes de nos poètes préférés
Posté par: Al198 le 15 octobre 2010 à 00:22:13
Ballade pour un homme libre

Partir pour ne plus voir
Et fondre dans l'oubli,
Les souvenirs d'un soir
Et les rêves d'une nuits.

Savoir qu'un jour, demain
Nous briserons la chaîne,
De l'esclavage humain
Qui aujourd'hui nous mène.

Savoir qu'un peu d'espoir
Servi d'un peu d'amour,
Illuminera le noir
De nos vies sans atours.

Savoir que nos enfants
Et tous les hommes nos frères,
Connaîtront le moment
Où s'achève la misère.

Savoir que toutes les rondes
D'infamies et de vices,
Ne seront plus du monde
Idéal de justice.

Savoir qu'ensemble nos luttes
Ne resteront pas vaines,
Et s'approcher du but
En criant que l'on s'aime.

Savoir qu'un jour bientôt
Si nous voulons y croire,
Viendra le renouveau
Et renaîtra l'espoir.

Savoir enfin amis
Que la chaleur humaine,
Se fait source de vie
Quand l'amour nous mène.

En Sachant que les hommes
Ouverts a la bonté,
Feront a tous la somme
De notre liberté.

Lionel Deschamps
Titre: Re : Les poèmes de nos poètes préférés
Posté par: Aloysius le 15 octobre 2010 à 10:07:37
Merci Al ,c'est très beau et juste!

j'aime particulièrement ces 2 strophes:

...Savoir qu'ensemble nos luttes
Ne resteront pas vaines,
Et s'approcher du but
En criant que l'on s'aime...


...En Sachant que les hommes
Ouverts a la bonté,
Feront a tous la somme
De notre liberté...

Titre: Re : Les poèmes de nos poètes préférés
Posté par: Al198 le 15 octobre 2010 à 13:09:00
oui je les aime aussi ces strophes, j'ai tiré ce poeme d'un recueil de l'auteur que je possede depuis 7-8 ans sans l'avoir lu jusqu'ici, c'est ça que j'aime dans la poésie qui nous interpelle a des moment précis ( personnellement aussi avec Baudelaire je trouve) des texte espoirs comme celui-ci qui ne ferait pas tilt a une autre periode, des textes plus noirs tels certains de Baudelaire qui trouvent écho en nous quand l'état d'esprit s'y prête permettant une réelle catharsis a l'image de la musique que l'on choisi d'écouter: ce n'est jamais par hasard...
Titre: Re : Les poèmes de nos poètes préférés
Posté par: Mille-feuilles le 04 novembre 2010 à 00:22:33
GEORGES BRASSENS (ALPHONSE DE LAMARTINE) PENSÉES DES MORTS:

youtube. - GEORGES BRASSENS (ALPHONSE DE LAMARTINE) PENSÉES DES MORTS + LYRICS
admn : vidéo invalide
Titre: Re : Les poèmes de nos poètes préférés
Posté par: mat le 06 novembre 2010 à 11:49:41
LE CHOIX ?

Les hommes pour apaiser leur faim
N'ont pas assez des fruits que Dieu met sous leur main.

Par un crime envers Dieu dont frémit la nature,
Ils demandent au sang une autre nourriture.
Dans leur cité fangeuse,il coule par ruisseaux,
Les cadavres y sont étalés en monceaux.

Ils trainent par les pieds,des fleurs de la prairie,
L'innocente brebis que leur main a nourrie.
Et sous l oeil de l agneau,l'égorgeant sans remords,
Ils savourent ses chairs et vivent de sa mort.

De cruels aliments incessament repus
toute pitié s'efface en leurs coeurs corrompus.

Et leur oeil qu'au forfait le forfait habitue
Aime le sang qui coule et l'innocent qu'on tue.

Ils aiguisent le fer en flèches,en poignards.
Du métier de tuer,ils ont fait un grand art.
Le meurtre par milliers s'appelle une victoire,
C'est en lettres de sang que l'ont écrit la gloire.

LAMARTINE.
Titre: Re : Les poèmes de nos poètes préférés
Posté par: Mille-feuilles le 01 décembre 2010 à 23:36:22
Apparu m'est apparu !

Actueur-studio

C’est monsieur APPARU, qui a été nommé ministre des gens à la rue. Il va, paraît-il résoudre la crise du logement… Autrement dit, de l’enterrement pour ceux qui sont encore vivants ! Il était temps…puisque plus personne ne veut plus endosser le costume de locataire, à part Fillon… En attendant, le ministre APPARU va sans doute devoir faire le pied de grue pour camoufler le sinistre immobilier. Histoire de se rendre compte des prix hors de prix qui sont pratiqués par des propriétaires qui disposent tous d’un permis de tuer… avec leur double zéro de conduite. Je suis une citoyenne sans démons ni merveilles. Désenchantée et désargentée, parait que c’est pour tout le monde pareil ! Je loue ce petit studio à Argenteuil, 7 mètres carrés pour celui qui à l’œil… sans toilette ni kitchenette… 410 euros par mois, toutes charges comprises. Pour faire mes besoins, je dois me rendre au bistrot d’en face, 1 euro pour chaque passage, toutes décharges comprises ! Qu’est-ce que je peux bien faire dans ce petit mouchoir de poche ? C’est ça la question ? Me coucher… me lever… me recoucher… Parce que je ne sais pas si vous l’avez remarqué, mais y a pas beaucoup d’espace pour avoir d’autres verbes à conjuguer ! Je suis souvent assise. C’est pratique pour la matière grise. Même l’air a du mal à circuler… donc je respire à peine, en retenant mon souffle, comme si j’étais au bord du gouffre ! Je me dis qu’il va falloir un jour ou l’autre, changer mon champ d’action. Et ce ne sont pas les idées noires qui me manquent, mais l’argent : de quoi me payer quelques gouttes de nitroglycérine pour faire sauter tout le bâtiment… Avec moi dedans, soit dit en passant. Désolée, je ne vous ai rien proposé à boire … Mais figurez-vous qu’avec mon R.S.A je n’ai pas de quoi étancher ma soif à moi !
"

http://www.tueursnet.com/index.php (http://www.tueursnet.com/index.php)
Titre: Re : Les poèmes de nos poètes préférés
Posté par: requiemfor-alife le 17 décembre 2010 à 21:10:29
Un des plus beaux poèmes de Rimbaud selon moi.
Voyage onirique d'un bateau qui n'est que la métaphore de l'exploration intérieure.


Le bateau ivre

Comme je descendais des Fleuves impassibles,
Je ne me sentis plus guidé par les haleurs :
Des Peaux-Rouges criards les avaient pris pour cibles,
Les ayant cloués nus aux poteaux de couleurs.

J'étais insoucieux de tous les équipages,
Porteur de blés flamands ou de cotons anglais.
Quand avec mes haleurs ont fini ces tapages,
Les Fleuves m'ont laissé descendre où je voulais.

Dans les clapotements furieux des marées,
Moi, l'autre hiver, plus sourd que les cerveaux d'enfants,
Je courus ! Et les Péninsules démarrées
N'ont pas subi tohu-bohus plus triomphants.

La tempête a béni mes éveils maritimes.
Plus léger qu'un bouchon j'ai dansé sur les flots
Qu'on appelle rouleurs éternels de victimes,
Dix nuits, sans regretter l'oeil niais des falots !

Plus douce qu'aux enfants la chair des pommes sûres,
L'eau verte pénétra ma coque de sapin
Et des taches de vins bleus et des vomissures
Me lava, dispersant gouvernail et grappin.

Et dès lors, je me suis baigné dans le Poème
De la Mer, infusé d'astres, et lactescent,
Dévorant les azurs verts ; où, flottaison blême
Et ravie, un noyé pensif parfois descend ;

Où, teignant tout à coup les bleuités, délires
Et rhythmes lents sous les rutilements du jour,
Plus fortes que l'alcool, plus vastes que nos lyres,
Fermentent les rousseurs amères de l'amour !

Je sais les cieux crevant en éclairs, et les trombes
Et les ressacs et les courants : je sais le soir,
L'Aube exaltée ainsi qu'un peuple de colombes,
Et j'ai vu quelquefois ce que l'homme a cru voir !

J'ai vu le soleil bas, taché d'horreurs mystiques,
Illuminant de longs figements violets,
Pareils à des acteurs de drames très antiques
Les flots roulant au loin leurs frissons de volets !

J'ai rêvé la nuit verte aux neiges éblouies,
Baiser montant aux yeux des mers avec lenteurs,
La circulation des sèves inouïes,
Et l'éveil jaune et bleu des phosphores chanteurs !

J'ai suivi, des mois pleins, pareille aux vacheries
Hystériques, la houle à l'assaut des récifs,
Sans songer que les pieds lumineux des Maries
Pussent forcer le mufle aux Océans poussifs !

J'ai heurté, savez-vous, d'incroyables Florides
Mêlant aux fleurs des yeux de panthères à peaux
D'hommes ! Des arcs-en-ciel tendus comme des brides
Sous l'horizon des mers, à de glauques troupeaux !

J'ai vu fermenter les marais énormes, nasses
Où pourrit dans les joncs tout un Léviathan !
Des écroulements d'eaux au milieu des bonaces,
Et les lointains vers les gouffres cataractant !

Glaciers, soleils d'argent, flots nacreux, cieux de braises !
Échouages hideux au fond des golfes bruns
Où les serpents géants dévorés des punaises
Choient, des arbres tordus, avec de noirs parfums !

J'aurais voulu montrer aux enfants ces dorades
Du flot bleu, ces poissons d'or, ces poissons chantants.
- Des écumes de fleurs ont bercé mes dérades
Et d'ineffables vents m'ont ailé par instants.

Parfois, martyr lassé des pôles et des zones,
La mer dont le sanglot faisait mon roulis doux
Montait vers moi ses fleurs d'ombre aux ventouses jaunes
Et je restais, ainsi qu'une femme à genoux...

Presque île, ballottant sur mes bords les querelles
Et les fientes d'oiseaux clabaudeurs aux yeux blonds.
Et je voguais, lorsqu'à travers mes liens frêles
Des noyés descendaient dormir, à reculons !

Or moi, bateau perdu sous les cheveux des anses,
Jeté par l'ouragan dans l'éther sans oiseau,
Moi dont les Monitors et les voiliers des Hanses
N'auraient pas repêché la carcasse ivre d'eau ;

Libre, fumant, monté de brumes violettes,
Moi qui trouais le ciel rougeoyant comme un mur
Qui porte, confiture exquise aux bons poètes,
Des lichens de soleil et des morves d'azur ;

Qui courais, taché de lunules électriques,
Planche folle, escorté des hippocampes noirs,
Quand les juillets faisaient crouler à coups de triques
Les cieux ultramarins aux ardents entonnoirs ;

Moi qui tremblais, sentant geindre à cinquante lieues
Le rut des Béhémots et les Maelstroms épais,
Fileur éternel des immobilités bleues,
Je regrette l'Europe aux anciens parapets !

J'ai vu des archipels sidéraux ! et des îles
Dont les cieux délirants sont ouverts au vogueur :
- Est-ce en ces nuits sans fonds que tu dors et t'exiles,
Million d'oiseaux d'or, ô future Vigueur ?

Mais, vrai, j'ai trop pleuré ! Les Aubes sont navrantes.
Toute lune est atroce et tout soleil amer :
L'âcre amour m'a gonflé de torpeurs enivrantes.
Ô que ma quille éclate ! Ô que j'aille à la mer !

Si je désire une eau d'Europe, c'est la flache
Noire et froide où vers le crépuscule embaumé
Un enfant accroupi plein de tristesse, lâche
Un bateau frêle comme un papillon de mai.

Je ne puis plus, baigné de vos langueurs, ô lames,
Enlever leur sillage aux porteurs de cotons,
Ni traverser l'orgueil des drapeaux et des flammes,
Ni nager sous les yeux horribles des pontons.
Titre: Re : Les poèmes de nos poètes préférés
Posté par: Aloysius le 07 février 2011 à 15:52:21
C'était son premier grand!

Je préfère un de ses derniers petits , tout dépouillé mais si beau! :)


 

L'Eternité



Elle est retrouvée.
Quoi ? - L'Eternité.
C'est la mer allée
Avec le soleil.

Ame sentinelle,
Murmurons l'aveu
De la nuit si nulle
Et du jour en feu.

Des humains suffrages,
Des communs élans
Là tu te dégages
Et voles selon.

Puisque de vous seules,
Braises de satin,
Le Devoir s'exhale
Sans qu'on dise : enfin.

Là pas d'espérance,
Nul orietur.
Science avec patience,
Le supplice est sûr.

Elle est retrouvée.
Quoi ? - L'Eternité.
C'est la mer allée
Avec le soleil.
Titre: Re : Les poèmes de nos poètes préférés
Posté par: katchina le 22 février 2011 à 01:10:14
Poème cité à l'antenne par Alain Kremsky

Comme un voilier

Je suis debout au bord de la plage.
Un voilier passe dans la brise du matin,
et part vers l'océan.
Il est la beauté, il est la vie.
Je le regarde jusqu'à ce qu'il disparaisse à l'horizon.
Quelqu'un à mon côté dit : « il est parti !»

Parti vers où ?
Parti de mon regard, c'est tout !
Son mât est toujours aussi haut,
sa coque a toujours la force de porter
sa charge humaine.
Sa disparition totale de ma vue est en moi,
pas en lui.

Et juste au moment où quelqu'un prés de moi
dit : «il est parti !»
il en est d'autres qui le voyant poindre à l'horizon
et venir vers eux s'exclament avec joie :
«Le voilà !»

C'est ça la mort !
Il n'y a pas de morts.
Il y a des vivants sur les deux rives.

William Blake
Titre: Re : Les poèmes de nos poètes préférés
Posté par: Aloysius le 09 mars 2011 à 23:08:07
   
Tu ne ressembles à personne depuis que je t'aime.

Laisse-moi t'étendre parmi les guirlandes jaunes.
Qui inscrit ton nom avec des lettres
de fumée parmi les étoiles du Sud ?
Ah laisse-moi me souvenir comment
tu étais alors, quand tu n'existais pas encore. [...]
Maintenant, maintenant aussi, petite,
tu m'apportes du chèvrefeuille,
et jusqu'à tes seins en sont parfumés.
Pendant que le vent triste galope en tuant des papillons
moi je t'aime, et ma joie mord ta bouche de prune.
Ce qu'il t'en aura coûté de t'habituer à moi,
à mon âme esseulée et sauvage, à mon nom que tous chassent.
Tant de fois nous avons vu s'embraser
l'étoile du Berger en nous baisant les yeux
et sur nos têtes se détordre
les crépuscules en éventails tournants.
Mes paroles ont plu sur toi en te caressant.
Depuis longtemps j'ai aimé ton corps
de nacre ensoleillée.
Je te crois même reine de l'univers.
Je t'apporterai des fleurs joyeuses
des montagnes, des copihues,
des noisettes foncées, et des paniers
sylvestres de baisers.
Je veux faire avec toi
ce que le printemps fait avec
les cerisiers.

(extrait, L'AMOUR EN RIME)

Pablo NERUDA
Titre: Re : Les poèmes de nos poètes préférés
Posté par: boulgakov le 13 mars 2011 à 00:19:29
Ce n'est pas un Poeme mais on me le pardonnera. C'est un petit extrait de Melmoth ou l'homme errant de Charles Mathurin


N’avez-vous jamais erré ? N’avez-vous jamais éprouvé de sensation impure ? N’avez-vous jamais, pour un moment, entretenu un désir de haine, de malice ou de vengeance ? N’avez-vous jamais oublié de faire le bien, quand vous l’auriez dû ? N’avez-vous jamais, dans le commerce, surfait un acheteur ou profité des dépouilles de votre débiteur mourant de faim ? Tout cela n’est-il pas vrai, et pouvez-vous encore dire que vous n’avez pas été un agent de Satan ? Je vous dis que chaque fois que vous avez caressé une passion brutale, un désir sordide, une imagination impure, chaque fois que vous avez prononcé un mot qui a fait de la peine à un de vos semblables, ou que vous avez vu couler des larmes que vous n’avez point séchées quand vous l’avez pu, vous avez été réellement et véritablement l’agent de l’ennemi du genre humain ; mais, que dis-je ? Ah ! c’est à tort que l’on donne ce titre au grand chef angélique, à l’étoile du matin tombée de sa sphère ! Quel ennemi plus invétéré l’homme a-t-il donc que lui-même ? S’il veut savoir où trouver son ennemi qu’il se frappe la poitrine, et son cœur répondra : Le voici.

Titre: Re : Les poèmes de nos poètes préférés
Posté par: pablo le 16 mars 2011 à 16:09:19
Boulgakov......

En anglais:- Wrong. Try again !

En français: Vous n'y êtes pas ! Perséverez.
Titre: Re : Les poèmes de nos poètes préférés
Posté par: Mille-feuilles le 19 avril 2011 à 16:38:29
Rumi: Say I Am You (Sufi poem) (http://www.youtube.com/watch?v=QqVBGv2hpQ4&feature=related#)
Titre: Re : Les poèmes de nos poètes préférés
Posté par: pablo le 19 avril 2011 à 17:19:13
Merci
C'est beau
pourqoi donc en pleurer !

De joie
Titre: Re : Les poèmes de nos poètes préférés
Posté par: katchina le 18 juillet 2013 à 15:10:15
Pour DT

Parce que les symboles, même si nous ne les connaissons pas consciemment,
participent peut-être à notre émerveillement face à la nature.


La nature est un temple où de vivants piliers
Laissent parfois sortir de confuses paroles;
L'homme y passe à travers des forêts de symboles
Qui l'observent avec des regards familiers.

Comme de longs échos qui de loin se confondent
Dans une ténébreuse et profonde unité,
Vaste comme la nuit et comme la clarté,
Les parfums, les couleurs et les sons se répondent.

Il est des parfums frais comme des chairs d'enfants,
Doux comme les hautbois, verts comme les prairies,
- Et d'autres, corrompus, riches et triomphants,

Ayant l'expansion des choses infinies,
Comme l'ambre, le musc, le benjoin et l'encens,
Qui chantent les transports de l'esprit et des sens.

Baudelaire (Correspondance)
Titre: Re : Les poèmes de nos poètes préférés
Posté par: Al198 le 19 juillet 2013 à 01:07:52
Je le relis souvent ce poeme, c'est musical et enivrant je trouve (et pis c'est pas beau de copier, l'avais déjà mis  ;D).
Un autre de lui que j'aime beaucoup pour le voyage qu'il représente:
Elévation

Au-dessus des étangs, au-dessus des vallées,
Des montagnes, des bois, des nuages, des mers,
Par delà le soleil, par delà les éthers,
Par delà les confins des sphères étoilées,

Mon esprit, tu te meus avec agilité,
Et, comme un bon nageur qui se pâme dans l'onde,
Tu sillonnes gaiement l'immensité profonde
Avec une indicible et mâle volupté.

Envole-toi bien loin de ces miasmes morbides;
Va te purifier dans l'air supérieur,
Et bois, comme une pure et divine liqueur,
Le feu clair qui remplit les espaces limpides.

Derrière les ennuis et les vastes chagrins
Qui chargent de leur poids l'existence brumeuse,
Heureux celui qui peut d'une aile vigoureuse
S'élancer vers les champs lumineux et sereins;

Celui dont les pensers, comme les alouettes,
Vers les cieux le matin prennent un libre essor,
- Qui plane sur la vie, et comprend sans effort
Le language des fleurs et des choses muettes!
Titre: Re : Les poèmes de nos poètes préférés
Posté par: katchina le 19 juillet 2013 à 11:08:18
Merci, je ne pensais plus à celui-là. Je vais le ré-apprendre par coeur.

C'est beau hein les poètes qui exaltent les mots au lieu de les faire souffrir  :)
Titre: Re : Les poèmes de nos poètes préférés
Posté par: Al198 le 20 juillet 2013 à 11:50:43
Jolie expression katchi, exalter les mots au lieu de les faire souffrir, on a une belle langue tout de même sacrebleu... Cela dit pour exalter ces mots de telle manière, il y a du vécu derrière, un réel engagement tout au moins. C'est là tout le sel de l'art poétique.
Titre: Re : Les poèmes de nos poètes préférés
Posté par: katchina le 20 juillet 2013 à 23:11:07
Oui et c'est aussi paradoxal. Quand je disais que les mots sont vivants, c'est comme si il y avait échange et compensation. Comme tu le dis, il y a du vécu derrière, et peut-être est-ce parce que les mots guérissent que le poète souffrant les exalte.
Titre: endless 8000
Posté par: justebienlibre le 31 août 2014 à 14:46:53
comme c'est libre de droit je pense que c'est libre de partage:


Un mouton sorti du troupeau

Alors comme ça tu veux savoir,
 Et ne plus ignorer?
 Commence donc par l’abreuvoir,
 Et mets toi à écouter,
 Les sages paroles du monde entier,
 Épargnées par la censure,
 Répertoriées sur quelques sites,
 Internet est encore pure,
 Mais ça ne va pas durer alors fais vite,
 Avant que hadopi ne s’active,
 Et supprime tout ces supports,
 La vague finale arrive,
 Et elle est lancée par des porcs…

Ils avaient déjà la télé,
 Mais ça a trop bien marché,
 Voila pourquoi tu perds la tête,
 Ils t’ont soumis à l’hypnose,
 Et t’ont marqué du nombre de la bête,
 Ce n’est pas une psychose,
 L’oligarchie existe,
 Et l’humain est perverti,
 Il faut que tu résistes,
 Ensemble notre force est infinie,
 Face à nous une puissante décadence,
 D’un empire perfide,
 Où le mensonge fait la danse,
 Sur des visages livides,
 On fait peur pour du profit,
 Et on détourne la vérité,
 Pour défendre sa vie,
 On annihile les libertés,
 Et pour gagner ta confiance,
 On propage de fausses idées,
 Au quatre coins de la France,
 On se veut démocratisé,
 Mais tout ça n’est qu’apparence,
 La vérité c’est qu’ils nous mènent,
 Par le bout du nez,
 Ils nous promènent,
 Pendant que se creusent,
 Les trop nombreuses,
 Inégalités entre humains,
 La terre, la mer et le ciel,
 Nous tendent la main,
 Et les bourses du monde les transforment en poubelles!

Des avions aspergent la planète bleue,
 Mais ton regard est rivé sur ta queue,
 Des tonnes de produits,
 Sont ajoutés à ce que tu manges,
 Est ce que tu crois que ça fait bon mélange?
 Arrêtes de regarder Paris,
 Et d’en être fier,
 Sais tu au moins ce que les banlieues digèrent?
 Le capitalisme ne sauvera rien,
 Pas même les fous au sommet de la pyramide,
 Car le peuple veut ses biens,
 Et pas d’un trou, d’une dette stupide,
 L’éveil approche chaque jour un peu plus,
 Le mouton ne veut plus qu’on le suce,
 Il s’enrage et se libère de ses chaines,
 Car sa prison le gangrène,
 Il n’est plus inquiété du terrorisme,
 Cette sorte de roulette Russe,
 Il cherche le bon prisme,
 Pour décrypter les lapsus,
 Il est plein d’optimisme,
 Et vaincra le roi Crésus,
 En appelant à l’alarmisme,
 Quand on voudra lui injecter,
 La fameuse puce RFID…

C’est une fin de cycle formidable,
 Tout part en vrille et c’est tant mieux,
 Car peu à peu s’en va le sable,
 Et apparaissent les crimes odieux,
 Pour certain ce n’est qu’une fable,
 Mais il existe bien des mafieux,
 Comme le lobby nucléaire,
 Et le commerce militaire,
 Les grands gourous du pétrole,
 Du tabac et de l’alcool,
 Ou l’industrie alimentaire,
 Cachée derrière l’OMS,
 Qui vend le cancer,
 Au lieu d’lancer des SOS,
 Ils garantissent la vente,
 De nuées de pesticides,
 Uniquement pour la rente,
 Ces collabos débrident,
 Les marchés douteux,
 Peu importe le génocide,
 Pour eux ce n’est qu’un jeu,
 Quand on est milliardaire,
 On devient fallacieux,
 Et ces marchands de misère,
 N’ont que des masses en face des yeux…

Vois cette crise radioactive,
 Et les invités sur les plateaux,
 Aréva consomme sa salive,
 Et minimise le fléau,
 Alors que la réalité effraye,
 Les français doivent ignorer,
 Le prix qu’ils payent,
 Et celui qu’ils vont payer,
 Pour cette saleté d’énergie propre,
 Les média évitent l’allusion,
 Mais on peut palper la tension,
 Leurs mensonges sont si médiocres,
 Qu’on devine rapidement la corruption,
 A voir l’état de l’Est du Japon,
 Et leur spectacle de marionnettes,
 On comprend bien quelle est leur quête,
 Ce n’est pas une fiction,
 Mais une fission,
 Du noyau atomique,
 Et l’énergie déployée,
 Va tous les noyés,
 Dans une dernière phase épique,
 Où se rompront leurs boucliers…

La toile grouille de vidéos,
 Et ils appuient sur « delete »,
Mais c’est trop tard pour leurs égos,
 L’humanité on ne l’arrête,
 Pas même avec la CIA,
 L’OTAN ou Al Qaida,
 Big Brother, Big Pharma,
 HAARP et autre FEMA,
 Le nouvel ordre mondial,
 N’obtiendra jamais le Graal,
 L’œil c’est nous,
 Et personne d’autre,
 Un jour on verra tout,
 Et nous punirons vos fautes…

http://endless8000.wordpress.com/2014/08/28/feu/ (http://endless8000.wordpress.com/2014/08/28/feu/)
Titre: Re : Les poèmes de nos poètes préférés
Posté par: Gnosis le 16 octobre 2015 à 14:52:51
 :)

une pensée fraternelle à un auditeur de la radio qui intervient régulièrement au téléphone

pour toi, Alain (tu n'es plus seul  :D  )


Aujourd'hui l'espace est splendide !
Sans mors, sans éperons, sans bride,
Partons à cheval sur le vin
Pour un ciel féerique et divin !

Comme deux anges que torture
Une implacable calenture,
Dans le bleu cristal du matin
Suivons le mirage lointain !

Mollement balancés sur l'aile
Du tourbillon intelligent,
Dans un délire parallèle,

Ma soeur, côte à côte nageant,
Nous fuirons sans repos ni trêves
Vers le paradis de mes rêves !

Charles Baudelaire

Titre: Re : Les poèmes de nos poètes préférés
Posté par: justebienlibre le 04 mars 2016 à 18:09:18
Voilà , depuis quelques moi j'apprends à naviguer sur face de book , où j'y ai découvert cette professeure de français qui m'a beaucoup touchée par ces écrits . Je vais vous partager mon chemin en vous la faisant découvrir, elle s'appelle Ji Lin:







Ji Ln


23 min ·

..

En des temps anciens, le chemin de traverse attendait d’être emprunté
 Au fil des siècles de débordements de tous ordres, il s’est fait oublier
 Il s’est plié à son sort de possible, ignoré par les humains aux mémoires occultées
 Il y a longtemps déjà, il a laissé venir à lui d’autres promeneurs égarés
 Chiendents et ronces, en lents nomades, y ont cheminé
 Puis dans une implacable logique de propriétaires s’y sont installés
 Les résidents si vite ont su nier jusqu’à l’essence même de son identité
 Le chemin de traverse qui n’est plus que l’ombre de son nom mythifié
 Est aujourd’hui le seul à connaître, haletant du peu de vie qui lui reste, la vérité
 Jadis il fut l’autre voie, la seule légitime en réalité
 Jadis il fut promesse de félicité en ce monde offert en son extrémité
 Le chemin de traverse fut témoin impuissant des foules qui ailleurs s’étaient engagées
 Elles auraient pu à tout moment décider de construire les passerelles encore espérées
 Elles ont foulé toutes les routes, de nouvelles en ont érigées
 Mais jamais elles n’ont essayé le discret chemin de traverse, abandonné
 Amour était jadis le nom qui lui était donné.

H. JIB







Photo de Ji Ln.
Titre: Re : Les poèmes de nos poètes préférés
Posté par: Gnosis le 19 août 2016 à 14:23:35
J’ai crié : « Le cœur enivré, où s’en va-t-il » ?
Le Roi des rois répondit : « Silence. Il vient vers nous ».
J’ai dit : « Tu es uni à moi. C’est en moi-même que tu parles.
Alors, pourquoi mon cœur s’en va-t-il au loin en vain » ?
Il dit : « Le cœur nous appartient. Il est notre Chevalier.
Il s’en va combattre toutes les fausses pensées.
Partout où il s’en va, la félicité l’accompagne.
Ne dis rien. Laisse-le s’en aller où il veut.
Parfois, pareil au soleil, il devient un trésor pour la terre.
Parfois, comme la prière du Prophète, il monte vers le ciel.
Parfois, il déverse le lait de la générosité par le sein du nuage.
Parfois, il se promène dans la roseraie de l’âme, telle la brise matinale.
Suis les traces du cœur, afin de découvrir ce qui est caché :
La verdure et la rose poussent, le fleuve de la fidélité coule ».
Celui qui octroie au monde la forme est pur et sans forme.
Celui qui créé toutes les apparences est lui-même sans apparence.
Il est la perfection des perfections, bien qu’il semble commettre des fautes ;
Il est la fidélité des fidélités bien qu’il exerce une tyrannie.
Le cœur est comme une ouverture, la maison est illuminée par lui.
Le corps va vers l’anéantissement, le cœur va vers la pérennité.
Le cœur a causé des troubles, il a versé le sang des rois.
Il s’est mêlé à tout, bien qu’il soit séparé.
C’est lui qui a créé la magie divine, apparente dans le cœur de chacun.
Il a dépouillé les Gémeaux, il s’insinue comme Sohâ.
O mon cœur, c’est une sottise que de prendre garde à sa bourse :
La fortune s’est envolée, et la vie s’en va suivre le larron.
J’ai dit : « Tu es un magicien ». Il rit légèrement, et dit :
« Comme la magie opérerait-elle en présence de la mémoration de Dieu » ?
Je dis : « C’est vrai. Mais ta magie est le mystère de Dieu.
Ton heureuse magie accompagne l’ordre du destin.
L’amant a toujours des aventures de cœur et d’âme :
Il est dépouillé de tout. Voici qu’il marche devant toi.
C’est le cheval qui porte l’eau, celui-ci ; c’est le son de la clochette, celui-ci.
C’est en criant au-dehors de la maison qu’arrive le cheval porteur d’eau.

Ode du poète mystique soufi, Rûmî

♥  :)
Titre: Re : Les poèmes de nos poètes préférés
Posté par: Gnosis le 19 août 2016 à 14:45:05
Hélas ! le feu de la passion m’embrase à nouveau :
Ce cœur fou de nouveau s’est enfui au désert.
Hélas ! l’océan de l’amour est à nouveau rempli de vagues.
Dans mon cœur jaillit la source de la douleur.
Hélas ! une flamme s’est élancée, elle a mis le feu à la demeure du cœur,
Le ciel est rempli de fumée : mon cœur a rencontré le vent.
Le feu du cœur n’est pas chose facile ; ne me reproche rien.
O mon seigneur ! Viens à mon secours ! A l’aide, à l’aide, mon cœur est incendié.
L’armée des pensées arrive des forêts,
Elle se dirige vers mon cœur à pas martelés, toute réjouie de ma peine.
O cœur lumineux jusqu’en son tréfonds ! Emir de tous les cœurs !
Ta patience a fini par te conduire au but.
Tous, nobles et vils, fixent leur regard les uns sur les autres.
Ton regard à toi est tourné vers Dieu. Que le regard de tous soit fixé sur toi !
Ta main est la main de Dieu, tes yeux sont enivrés par Dieu.
Que l’ombre du Seigneur des créatures s’étende éternellement sur tous !
C’est toi qui causes le gémissement des créatures : le tien, d’où provient-il ?
C’est l’amour qui a donné naissance à tout cela. Chose étrange : Qui a donné naissance à l’amour ?
O Shams-ul-Haqq wa’d-Dîn ! Tu possèdes le royaume de l’existence.
L’amour n’a vu nul Kayqobâd pareil à toi !


Ode mystique de Rûmî ♥  ;D
Titre: Re : Les poèmes de nos poètes préférés
Posté par: katchina le 30 août 2017 à 12:01:56
Postée il y a maintenant bientôt 10 ans, je la replace ici, en réponse au dialogue de sourds avec Audomar concernant la conscience des êtres non-humains.

"Au début des temps,
Il n'y avait pas de différence entre
Les hommes et les animaux.

Toutes les créatures vivaient sur terre.

Un homme pouvait se transformer en animal s'il le désirait
Et un animal pouvait devenir un être humain.
Il n'y avait pas de différence.

Les créatures étaient parfois des animaux
Et parfois des hommes.

Tout le monde parlait une même langue.

En ce temps-là les mots étaient magie
Et l'esprit possédait des pouvoirs mystérieux.

Un mot prononcé au hasard pouvait
Avoir d'étranges conséquences.
Il devenait brusquement vivant
Et les désirs se réalisaient.

Il suffisait de les exprimer.
On ne peut pas donner d'explication. C'était comme ça."

Légende amérindienne

source (http://baron-eraser.over-blog.com/article-legende-amerindienne-au-debut-des-temps-56353897.html)