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Auteur Sujet: Poèmes de Kabir, poète, mystique, né en Inde au XVe siècle  (Lu 6219 fois)

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titilapin2

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Kabîr et Guru Gorakhnath, lors de leur entretien mythique


Poète, mystique et tisserand de métier, né en Inde au XVe siècle, Kabir est l’un des plus célèbres maîtres spirituels de l’histoire universelle. Beaucoup ont cherché à se l’approprier, tant du côté des hindouistes que des sikhs ou des musulmans, mais il ne se réclame d’aucune religion : Kabir n’a pas de "guru", il prône le rapport direct à Dieu, sans intermédiaire. Visionnaire de l’invisible et auditeur de l’inaudible, il cultive et chante une spiritualité hors cadre, hors caste, en phase avec les strates les plus profondes de notre être. Maître du paradoxe, il est à la fois proche du ciel et du peuple, au point que sa poésie célébrant l’amour comme une « histoire inénarrable » demeure vivante aujourd’hui dans les chants populaires de l’Inde du Nord. Michel Guay nous dresse ici son portrait spirituel, construit autour de ses poèmes, dont beaucoup se trouvent ainsi traduits pour la première fois en français.

Source

Où me cherches-tu l’ami ?
Je suis là avec toi.

Je suis ni dans l’idole
Ni dans le pèlerinage
Ni dans l’isolement aux confins du monde
Ni dans le temple
Ni dans la mosquée
Ni dans la Kaaba ou sur
Le mont Kaïlash
Je suis en toi, l’ami
Je suis là, en toi
Ni dans la prière ou les austérités
Ni dans la discipline ou le jeûne.

Je ne suis ni dans les bonnes actions
Ni dans le yoga du renoncement.

Ni dans le prana ni dans la pindala
Ni dans l’éther de Brahma
Ni dans le Dharma ni dans le Karma.

Ici ni Védas ni puja.

Je suis dans tous les souffles des souffles.

Ce que tu cherches
En un instant tu le trouveras
Kabir te le dit
Je suis dans la foi.

Que le poisson ait soif dans l’eau
Quand j’entends ça, ça me fait rigoler
Tous cherchent la connaissance de l’âme
De lieu saint en lieu saint, bancals
De dévotion ils tournent en rond
Comme le chevreuil affolé à la saison du rut
qui cherche en vain la provenance musquée
de l’odeur qui vient de son propre nombril.

Subtile est la voie de l’amour
En elle il n’y a ni demande ni non-demande.

Celui qui trône au milieu de ce corps,
Indestructible
Celui que tu crois loin, ô chagrin,
Il est tout près
Dans ce pot de terre
Kabir te le dit
Sans le guru la distance restera
Celui qui est près paraîtra loin
Et l’illusion restera
La distance c’est l’illusion.

Ô ascètes ! Considérez cet enseignement :
Ceux qui se sont embarqués se sont tous noyés
Et les laissés-pour-compte ont atteint l’autre rive
Ceux qui suivaient le chemin se sont perdus en route
Et les autres en déroute sont arrivés à la ville
D’un seul et même fil tous sont embobinés

Qui est lié, qui est libéré ?

Dans le temple tous se sont fait tremper
Ceux qui étaient dehors sont restés au sec
Les blessés de la tête sont toujours joyeux
Les rescapés indemnes, sont malheureux
Sans yeux ils voient toute la création tandis
 que ceux qui lorgnent sont aveuglés.

Fils de pute !
Voilà, je t’ai insulté.

Pense à te mettre sur la bonne voie
Même en rêve tu ne cherches pas
à rencontrer le Maître de ton cœur
Brahmanes, kshatryas, vaishyas
Ils ne m’écoutent pas
Les yogis dans la forêt
comme autant de créatures rampantes
suivent leurs idées

Et ces renonçants,
d’égarements en égarements
deviennent de grands jouisseurs.

Ô les saints, j’ai vu que le monde est fou !

Si je dis la vérité ils se précipitent pour me battre,
si je mens, on me fait confiance.

J’ai vu les pieux hindous faire leurs ablutions,
 ils suivent les règles,
vénèrent des cailloux
et tuent les âmes
 ils ne savent rien.

J’ai vu beaucoup de fakirs
et de musulmans, soufis et mollahs,
enseignants, ils en savent autant.

Et les yogis, ces poseurs hypocrites
 cœurs bouffis d’orgueil
 ils adorent le cuivre et la pierre
ivres de prétentions ils trônent
 aux pèlerinages et ajustent
 leurs coiffes et leurs chapelets
peinturlurés de la marque de leur clan sur les bras et sur le front
 ânonnant leurs hymnes
 et leurs invocations, vacillant
Ils n’ont jamais entendu
parler de l’âme

Les hindous disent que Ram est l’Aimé
Les Turcs que c’est Rahim
(« Turc »,ici, est synonyme de « musulman », la dynastie régnante à l’époque de Kabir étant d’origine turque.
« Rahim », le Miséricordieux, est un des Noms d’Allah.)

Et après ils s’entretuent
Personne ne connaît le secret

Ils psalmodient leurs mantras
de porte à porte en grande pompe
les élèves se noient avec leurs gurus
 à la fin ils le regretteront.

Kabir vous le dit,
Ecoutez les saints,
ils sont tous dans l’illusion,
 quoi que je dise ils
 ne comprennent pas,
c’est trop simple.

Extrait 1  Kabir - Une expérience mystique au-delà des religions  - Michel Guay Poche: 293 pages -  Editions Albin Michel (2 mai 2012) - Collection : Spiritualités vivantes
----

Comment pourrai-je toujours exprimer Cette Verite ?
Comment puis-je dire: "Il n'est pas ceci, ni cela "
Si je dis qu'il est en moi, le monde est incredule,
Si je dis qu'il est au-dehors de moi, c'est mentir.
Il rend le monde interieur et exterieur
comme un tout indivisible:
Le visible et l'invisible sont ses marchepieds.
Il n'est ni manifeste, ni cache.
Il n'est ni revele, ni non revele.
Il n'y a rien en verite qui puisse exprimer ce qu'il est.

Extrait 2
----


Si tu ne brises pas tes liens pendant la vie
Quel espoir de délivrance auras-tu dans la mort ?

Extrait 3
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A force de lire et de lire, le monde est mort,
Et nul n'est devenu savant !

Extrait 4
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Aussi longtemps que l'homme réclamera le Moi et le Mien, ses oeuvres seront comme zéro.

Extrait 5
Source extraits 2, 3,4,5
« Modifié: 16 Août 2012 à 11:50:53 par titilapin2 »
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titilapin2

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Re : Poèmes de Bakir, poète, mystique, né en Inde au XVe siècle
« Réponse #1 le: 15 Août 2012 à 21:36:04 »

Kabir vous demande : à qui s’impose le karma ?

Votre peur est un mensonge !

L’eau est dans la jarre
La jarre est dans l’eau
Et tout autour encore de l’eau
La jarre se casse et l’eau retourne à l’eau
Où est passé la jarre ?

La dévotion et la foi sont Gaya (Lieu de l’illumination du Bouddha)
Si tout cela vit dans mon corps
 quel autre endroit peut-il y avoir
pour aller en pèlerinage ?

Quand Tu es là je n’y suis pas
Et quand j’y suis
Tu n’y es pas.

La voie de la dévotion est subtile
En elle il n’y  a
 ni vouloir ni non-vouloir.

Je n’ai rencontré aucun intime du cœur
Je n’ai rencontré que des intéressés
Le ciel est déchiré,
 quel tailleur pourra le raccommoder ?


Gorakh était un expert en yoga
Ils n’ont pas incinéré son cadavre
Sa viande a quand même pourri
et s’est mélangée à la poussière.
Pour rien il a astiqué son corps.

Les hindous ont adoré les idoles et ils sont morts
Les musulmans sont allés à La Mecque et ils sont morts
Les yogis ont cultivé leur tignasse et ils sont morts
Tous sont morts, lequel à pu s’échapper ?

Les poètes sont morts en écrivant des poèmes
Le pèlerin en allant en pèlerinage
Les ascètes sont morts en se tirant les cheveux
Tous crevés d’âge en âge.

Deviens vishnouïte et tu deviens quoi ?
Ils ne comprennent pas le discernement
Marqués au fer rouge avec le sceau de l’illusion
Ils perpétuent des mondes de tourments.

Le yogi véritable est une vraie fripouille
 qui n’a ni ciel ni terre
 ni pieds ni mains,
 ni contenu ni forme.
Là où il n’ y a pas de marché
 il monte son stand
 pèse tout et garde les comptes.
Pas de factures pas de reçus
 pas de pouvoir yogique
pas de conche pas de gourde, comment peut-il mendier ?

Je te connais  et tu me connais
Je suis en toi.


Dieu selon Kâbir:

 
Dieu, selon Kabir, est un Dieu impersonnel, invisible, non-né, sans formes, incompréhensible, à la fois immanent et transcendant au monde visible (Dieu/Absolu sans attribut : Nirguna Brahman) 2 ; sa poésie concernant sa vision du Divin a remué les foules et ses paroles sur Dieu et les choses de la vie restent très présentes au sein des masses de l'Inde du Nord:

    « Oh, ce mot mystérieux, comment pourrais-je jamais le prononcer ? Oh, comment puis-je dire : Il n’est pas comme ceci et Il est comme cela ? Si je dis qu’il est en moi, l’Univers a honte de mes paroles ; si je dis qu’il est en dehors de moi, je mens. Des mondes intérieurs et extérieurs Il fait une indivisible unité ; le conscient et l’inconscient sont les tabourets de ses pieds. Il n’est ni manifesté ni caché ; Il n’est ni révélé ni irrévélé. Il n’y a pas de mot pour dire ce qu’Il est. »

— Sant Kabir.

Pour Kabir, le moyen de purification pour obtenir l'expérience du divin (toute poétique d'ailleurs), ne passe ni par les rituels, ni l'aveuglement pour une révélation écrite, ni par les institutions humaines, ni en se soumettant à des savants qui rigidifient la conception du divin, et il attaque avec beaucoup d'audace le front des puissants et des savants en raillant leur prétentue sagesse. Il était semble-t-il habillé comme tout le monde et se moquait ouvertement des ordres d'ascètes avec leurs règles formelles strictes comme leurs codes vestimentaires (critique qui rappelle celle d'Erasme à l'égard des moines chrétiens dans son Eloge de la folie), et qui ne sont pour lui que déguisements et vanité.



Source et suite sur Dieu
« Modifié: 16 Août 2012 à 11:52:38 par titilapin2 »
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Re : Poèmes de Kabir, poète, mystique, né en Inde au XVe siècle
« Réponse #2 le: 15 Août 2012 à 21:48:29 »

Quand il n’ y a pas trace ni de destruction
 ni de création, sur quoi doit-on méditer ?

Ce yogi a construit une maison débordante de Ram.
Il n’a aucune herbe médicinale
Sa racine de jouvence c’est Ram.
Il observe les tours du jongleur
 la dextérité du magicien,
 Kabir vous dit,
ô les saints, celui-là est arrivé
chez le Roi.

Ce mort vivant
S’abreuve de Nectar.

Ô les saints,
 j’ai vu les deux chemins.

Les hindous, les musulmans
 ne veulent pas de discipline,
 ils veulent des bons repas.


Si Khuda ( « Le Guide » est une des désignations de Dieu en pashtoun, équivalent de Malik en arabe, et que l’on emploie souvent en urdu ( langue des musulmans de l’Inde) pour dire « Dieu ».) habite la mosquée
 alors à qui revient le reste du monde ?

Si Rama est dans l’idole au lieu du pèlerinage
 alors qui s’occupe du chaos dehors ?

L’est est la demeure de Hari ( Un des noms de Vishnou)
Et l’ouest celle d’Allah ?

Regardez dans vos cœurs, au cœur même de votre cœur
C’est là qu’habite Karim, (« Le généreux » ou « le Miséricordieux », quarante-deuxième des quatre-vingt-dix-neuf Noms d’Allah)
c’est là qu’habite Rama.

Tous les hommes et les femmes jamais nés
 ne sont que les vases de Ta forme incarnée.

Kabir est l’enfant d’Allah et de Ram
Ce sont Eux mes Guru et Pir ( Equivalent de « guru » dans la tradition soufie : maître spirituel.)

Comment vas-tu traverser, nath ?
Comment vas-tu traverser ?

Maintenant tu fais la grue (La grue blanche, qui, sous des dehors immaculés, attend immobile sa proie, est l’image de l’hypocrisie.)
Hypocrite, vois
comme tu sers ta messe
Et tu médites
 avec un cœur de serpent
 plein de méchanceté
Tête de faucon,
oiseau de proie
 et stratège comme un chat,
querelleur et malin.

Regardez-les vous embobiner
 déguisés dans leurs six philosophies.

Kabir vous le dit, écoutez, mes amis
 la sorcière Vanité a avalé le monde.

Pendant que vous étiez là
 à écouter les Védas et les Puranas
 moi, j’étais ici et, tranquillement,
 je tirais les fils de ma trame.

Védas, Puranas, miroirs pour aveugles
La louche peut-elle goûter le ragoût ?

Comme un âne avec une cargaison de bois de santal,
un imbécile ne sent rien.

Kabir vous le dit, ils scrutent le ciel mais
 ne savent pas étouffer
 leur orgueil.

Suite Extrait   Kabir - Une expérience mystique au-delà des religions  - Michel Guay Poche: 293 pages -  Editions Albin Michel (2 mai 2012) - Collection : Spiritualités vivantes
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Le poète saint Kabir, en train de tisser, avec un disciple. Miniature de 1825.

Influence
Sikhisme: l'enseignement des premiers gurus sikhs, s'inspirant en partie de son enseignement, visa également la transcendance des distinctions entre les courants mystiques de l'hindouisme et de l'islam. Une partie de la poésie orale de Kabir fut d'ailleurs transcrite dans l' Adi-Granth, le livre sacré du sikhisme.

Shirdi Sai Baba: Figure particulièrement incontournable dans le Maharastra et à Mumbai tout particulièrement, Shirdi Sai Baba est un guru célèbre qui affirma être membre de la voie de Kabir avant d'être considéré comme un nouveau maître par les hindous et les musulmans ; sa propre biographie coïncide d'ailleurs avec la légende de Kabir (orphelin de parents brâhmanes, et recueilli et élevé dans une famille musulmane).

Mahatma Gandhi: Le Mahatma Gandhi, dans son autobiographie ou expériences de vérité, révèle son inspiration par rapport à ce poète (Gandhi, à la question de savoir s'il était hindou, répondait : « Oui je le suis. Je suis aussi un chrétien, un musulman, un bouddhiste et un juif. »), et jamais ne démentira son admiration fervente pour celui que l'on nomme en Inde : Sant Kabir (« le Saint Kabir »).


Source
« Modifié: 16 Août 2012 à 11:54:30 par titilapin2 »
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Re : Poèmes de Kabir, poète, mystique, né en Inde au XVe siècle
« Réponse #3 le: 16 Août 2012 à 12:08:36 »

Va tout nu si ça te chante
Met-toi une peau d’animal
Qu’est-ce que ça peut faire
Tant que tu ne vois pas Ram en toi
Si l’union tant désiré par les yogis
 se trouvait en errant dans la cambrousse
 tous les chevreuils de la forêt seraient illuminés

Si se raser la tête
 assurait ton salut
le paradis serait pleins de moutons.

Et, frère, si retenir ta semence
te réservait une place au ciel
les eunuques seraient les premiers arrivés.

Kabir te le dit, écoute-moi bien,
 sans le Nom
qui a jamais obtenu
La Palme ?

Là où sont les vendeurs je n’y suis pas
Et là où je suis il n’y a pas d’acheteur

Sans discernement ils errent
 et ne saisissent que les ombres
du mot.

Kabir vous raconte ses histoires à l’envers
Il pleut des couvertures et c’est l’eau qui est mouillée.

Celui qui me connaît est Celui que je connais

Je refuse de faire
 ce que le monde et les Védas
 me disent de faire.

Injure, injure
Mépris et médisance
Les gens m’accusent
Ils adorent salir et souiller
La calomnie est mon père
La calomnie est ma mère.

Ô les saints, une chose étonnante est arrivée
Kabir vous le dit, écoutez, chercheurs :
 un qui était né homme
en femme fut transformé.

Ô ce mot mystérieux, comment pourrais-je le prononcer ?

Oh ! Comment puis-je dire : « Il n’est pas comme ceci
Il n’est pas comme cela ? »

Si je dis qu’Il est en moi, l’Univers rougit de mes paroles.
Si je dis qu’Il est en dehors de moi, je mens.
Des mondes intérieurs et extérieurs, Il fait une indivisible unité.
Le conscient et l’inconscient sont les tabourets de ses pieds
Il n’est ni manifesté ni caché. Il n’est ni révélé ni irrévélé.
Il n’y a pas de mots pour dire ce qu’Il est.

Ô saint, où rampez-vous à tâtons comme des aveugles ?
Ici dans ce corps vous trouverez l’éden
Ici même se trouve le Sauveur
Ici dedans les sept océans
Ici même les milliards d’étoiles
Ici vos perles et vos diamants
Ici le juge et le jugement
Dans ces vases de terre
La musique des sphères,
Et le jaillissement des fontaines.

Kabir vous le dit, écoutez, mes amis,
Mon guru et mon maître
C’est Celui-ci.

Celui qui vit dans la norme est un être humain
Celui qui vit au-delà de limites est un saint
Rejeter les limites et l’absence de limites
 voilà une pensée d’une profondeur sans mesure.

Où que j’erre c’est un pèlerinage
Quoi que je fasse c’est une prière
Mon sommeil est ma pénitence
Maintenant je ne vais ni ne viens
Ni ne meurs ni ne vis.

Comme l’huile est dans la graine
Et le silex contient le feu
Ton seigneur est en toi
Réveille-toi si tu le peux !

Humain voici ta grandeur
Ta viande ne sert à  rien
Tes os ne servent pas d’ornements
Et ta peau est inutile pour un instrument de musique.

Quand il n’y avait ni terre ni eau
 ni créateur ni destructeur
Kabir vous parle de ce moment-là.


Suite Extrait   Kabir - Une expérience mystique au-delà des religions  - Michel Guay Poche: 293 pages -  Editions Albin Michel (2 mai 2012) - Collection : Spiritualités vivantes

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Une sculpture représentant Kabir.

La philosophie de Kabir: Kabir affirme que toute religion qui n'est pas amour n'est qu'hérésie, que le yoga et la pénitence, le jeûne et l'aumône sans méditation ni véritable Bhakti (« adoration ») sont vides de sens (Kabir pratique lui-même l'ascétisme). Il refuse toute distinction de race, de caste, de religion et enseigne l'égalité absolue de tous les êtres humains. Il mêle dans sa pratique des éléments hindous et musulmans, déclarant l'unité de Dieu, utilisant le nom de l'Avatar du Dieu Vishnu, Rāma, qui pour lui signifie celui qui nous donne la joie ou les termes islamiques « Rahim » signifiant le suprêmement miséricordieux ou « Fakir ». Dans ses poèmes, il utilisait indifféremment des termes spécifiquement liés à l'hindouisme ou ceux jusque là seulement liés à l'islam.

Cette tendance au syncrétisme semble chose courante à l'époque dans l'Inde du nord. Ses mystiques diverses (hindoues, musulmanes) ont d'ailleurs des valeurs communes : humilité, simplicité, serviabilité, charité, fraternité et rejet des inégalités sociales, recherche de la grâce divine et primauté absolue de l'expérience mystique sur les concepts théologiques 2 ; ce sont des principes que l'on retrouve chez tous les sant de l'Inde, propagateurs de la Bhakti, poètes saints venant de toutes les castes ou confessions, comme Toukaram.


Source et suite de sa philosophie
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Re : Poèmes de Kabir, poète, mystique, né en Inde au XVe siècle
« Réponse #4 le: 16 Août 2012 à 12:20:19 »

Lisez, lisez, pandits
Rendez-vous intelligents
Expliquez-moi donc
Est-ce que ça donne la délivrance

Où habite l’être suprême, dans quel village
Et c’était quoi son nom déjà ?

Brahma lui-même s’est immergé dans
 les quatre Védas et il ne s’en sort pas
Ni secret ni délivrance
Avec leur babillage copieux sur l’aumône et les vertus
Ils n’ont pas entendu la nouvelle
de leur propre mort

Un nom
Profond et insondable
Un serviteur
Kabir, immuable
Là ou la fourmi ne peut grimper
Ni la graine de moutarde se poser
Là où l’on ne va ni ne vient
La monde entier veut s’y jeter.

L’aimant adore l’acier
Il s’y colle et le soulève
Le mot de Kabir est comme ça
Il soulève et dérobe du Temps.

Oublie que tu as oublié
Reviens à la conscience et
 avec le couteau de l’émerveillement
retranche le doute.

Péché et vertu je n’en ai crainte
Enfer  ou paradis je n’irai pas
Ô les saints, Kabir vous le dit,
Où que vous mettiez le pied, à cet endroit même
 c’est l’immersion.

Comment vas-tu le chanter
Alors que le Nom est indicible ?

Le sens ? C’est comme un voyageur
qui embarque sur un bateau :
C’est une affaire de bien se tenir
Tout en larguant les amarres
Rester assis, ou en avançant
Le corps reste, sans jouer les vertueux
L’esprit fixé ne parle à personne.

Pandit, regarde dans ton cœur et dis-moi
D’où te sont venus les six et l’impureté
Que tu te laisse toucher par une telle souillure

La vibration, le moment propice et le sang se mélangent
Et dans un corps un autre corps a couvé
comme le feu dans la braise
Quand les huit lotus sont prêts ils sortent
Qui est intouchable ?

Quatre-vingts milliers de pots de terre
se désagrègent dans la poussière
 et le potier continue à ajouter de la glaise, et
 avec sa lame il tranche des nouvelles coupes et
 les relance.

Tous sont faits de la même pâte,
Où est l’intouchable ?

On mange en touchant on se lave en touchant
Et d’un toucher le monde entier prend forme
Kabir vous le dit, écoutez bien :
Celui-là seul est pur, intouché
Qui s’est libéré de l’illusion.

Personne ne lit les Védas dans le ventre de sa mère
Aucun Turc n’est né circoncis
Arrachés aux viscères maternels
Ils jouent des rôles et se pavanent
A la naissance toi et moi
 on était du même sang, et
 le même souffle nous animait
D’une seule génitrice le monde entier est né

Qu’est-ce qui nous enseigne la division ?

Quand tu sors du vagin tu es un garçon
Quand tu jouis du vagin on t’appelle un homme
Où classer l’insaisissable

Comment décrire le vivant ?

S’il s’en trouve un avec cent mille langues
Qu’il vienne et qu’il se prononce
Ce grand homme

Kabir vous le dit, en criant maintenant :
Considérez ce commerce
Sans la connaissance du nom de Ram
L’habitant du cœur,
Vous êtes comme des noyés ramenés à la surface
Dans des mondes mourants qui surgissent et disparaissent
A perpétuité.


Suite Extrait   Kabir - Une expérience mystique au-delà des religions  - Michel Guay Poche: 293 pages -  Editions Albin Michel (2 mai 2012) - Collection : Spiritualités vivantes


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La légende: la légende affirme que Kabîr est le fils abandonné et illégitime d'une veuve brâhmane, retrouvé flottant dans un lotus sur le Lahar Talgo, un étang près de Vârânasî (Bénarès), par un couple de tisserands musulmans, Nîru et son épouse Nîmâ qui l'élèvent en lui enseignant leur art et dans la foi musulmane. Il est supposé avoir vécu la majeure partie de sa vie à Bénarès avant de s'installer à Maghar dans le district de Gorakhpur où il termine sa vie. Kabir n'a rien écrit de lui-même, étant probablement illettré7. Mais ses paroles (Kabir-Vani) ont été recueillies et transmises par ses disciples avant d'être compilées plus tard. On lui attribue également un livre intitulé Anurag sagar dont on peut trouver une traduction anglaise faite sous la direction de Ajaib Singh.

Kabîr est censé avoir étudié sous la direction de Râmânanda, un maître vishnouite fameux de l'époque, fervent adepte de la bhakti mais qui refuse cependant d'instruire les musulmans et les hindous de basse caste. La légende raconte que désirant se faire admettre comme disciple, il se rend sur les ghâts (berges) où Râmânanda fait ses ablutions et le persuade de l'accepter parmi ses élèves. À la suite de cela, et comblé par l'intelligence de Kabîr, Râmânanda change d'avis et accepte tous les types de disciples.


Suite de la légende

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Re : Poèmes de Kabir, poète, mystique, né en Inde au XVe siècle
« Réponse #5 le: 16 Août 2012 à 12:35:47 »

La parole est sans prix
Quiconque porte une parole de savoir
Qu’il la pèse d’abord dans la balance de son cœur
Avant de la laisser sortir de sa bouche.

Hiranyakashipu, Ravana, Kamsa et Krishna sont partis,  les dieux, les hommes aussi
Brahma  est parti sans avoir compris le mystère
Les grands et les sages sont partis avec toutes leurs relations
Ils n’ont jamais pu comprendre l’histoire de Ram
Si c’était du lait pur ou rien que de l’eau
Il reste du chemin à faire mais ils n’ont plus de souffle
Dans les dix directions ils errent,
Dans la désolation
Le monde a posé ses filets
Une barque de plomb remplie de pierres
Ils disent tous : « Moi, j’ai compris le mystère »
Et tous ils coulent lentement en ramant.



Ô yogi, le monde de l’illusion est difficile  à renoncer.

Quand j’ai renoncé à ma maison
Je me suis retrouvé coincé dans mes vêtements
Quand j’ai renoncé à mes vêtements
J’ai été happé par mes rondes de mendiant
Quand j’ai renoncé au désir
La colère ne me lâchait plus
J’ai été coincé par l’avarice
Quand j’ai renoncé à l’avarice
Mon orgueil m’a rattrapé
Mon amour-propre, ma vanité  et mon attachement aux apparences
Quand finalement mon esprit s’est détaché
J’ai renoncé au monde de l’illusion, et,  concentrée, ma mémoire ancienne s’est  mariée avec mes mots.

Kabir vous le dit
Ecoutez, mes frères
Un sur mille arrive à résoudre cette énigme.



Sans son, ça chante
Et sans rythme, ça danse
Ecoute la musique inaudible.

Le ciel gronde d’où cascade la résonnance de la musique éternelle
Là, nulle trace de Véda ni de Coran
Kabir vous le dit, un héros
ici certainement s’est réjoui.

On est tous de femmes pour Ram
L’Incorruptible, le Mari Fidèle.

La couleur est née de la couleur
Je vois toutes les couleurs comme une seule
Quelle couleur, l’être vivant ?
Démêle ça si tu le peux.

Des mots des mots
Tout le monde en dit
Mais ce mot-là est sans corps
Il ne vient pas sur la langue.

Faites votre enquête,
Testez-le
Et servez-vous.



Utilise la force de ton propre bras
Arrête de mettre ton espoir dans les autres
Quand la rivière coule dans ton jardin
Comment peux-tu mourir de soif ?

Annonce ta prière de miséricorde
Ô mollah
Toi-même, tu es une mosquée à dix portes
Fais donc de ton esprit une Mecque
De ton corps une Kaaba
En toi habite le Maître suprême
Au nom d’Allah, sacrifie  ta colère, l’erreur, l’impureté
Maîtrise tes sens et  deviens un homme patient



Le Seigneur des hindous et des Turcs est le même
Pourquoi devenir mollah
Pourquoi devenir sheikh ?

Kabir vous le dit, frères :
Je suis devenu fou
 tranquillement et en silence
 comme un voleur
 mon esprit a glissé
 dans l’état facile.



Celui dont le nom est indicible
A quoi bon lui chanter des chansons ?

Pandits, vos pédanteries sont des mensonges.

Si dire « Ram » provoquait la libération
Dire « bonbons » sucrerait ta bouche
Dire « eau » étancherait la soif
Dire « feu » brûlerait les pieds
Dire « nourriture » éliminerait la faim
Alors le monde serait libre

Le perroquet répète « Seigneur » avec l’homme
Mais ne connaît pas la gloire du Sauveur
Quand il s’envolera vers la jungle
Il oubliera jusqu’au souvenir de Dieu
Sans voir et sans toucher

A quoi peut servir le Nom ?
Si dire « argent » te rendait riche
Plus personne ne serait pauvre
La fascination pour le monde  est l’échafaud des amoureux de Dieu

Kabir vous le dit  sans faire résonner le nom de Ram
Vous restez attelés au village de la mort.

Le doute a brisé le monde
Personne ne peut briser le doute
Celui-là seulement  brisera le doute  qui perçoit le Verbe.

C’est une lourde confusion tout ça
Véda, Coran, la religion, l’enfer
Les hommes les femmes
Des pots de terre remplis d’air et de foutre
Quand le pot casse comment on l’appelle ?

Imbécile, tu as oublié ce que tu cherchais.

C’est tous les mêmes os la même peau
La même merde et la même pisse
Le même sang la même viande
Tout sort de la même semence

Hé derviche, où est l’entrée ?
As-tu vu les habits du Grand Roi ?
Où voyage-t-il
Où est-ce qu’il campe, et  quelle est cette forme devant laquelle tu te prosterne ?

Si la graine est la forme est Dieu
Alors, pandit, que peux-tu demander ?

Où siège le cœur, où l’intelligence,  et où le sentiment de soi ?

Le trois natures : pureté, énergie, inertie,
 Poison et Nectar donnent des fruits innombrables

Les Védas montrent plusieurs moyens de traverser

Alors qu’est-ce que j’en sais de qui se fait attraper et de qui s’est échappé ?

Ô Qazi (juge musulman), sur quel livre es-tu en train de discourir ?
Tu ne cesse de jacasser nuit et jour
Sans une seule pensée originale.

Ivre de pouvoir tu circoncis,
Moi, je n’approuve pas.
Si c’était la volonté de Dieu
On naîtrait coupés, et si la circoncision te fait musulman

Comment appelles-tu la femme ?
Si la femme est l’autre moitié de l’homme
Alors tu es resté moitié hindou ; et toi, pandit
Si mettre ton cordon sacré te fait brahmane
Alors ta femme tu lui mets quoi ?

Hindous, Turcs, d’où sont-ils sortis ?
Qui a tracé cette fausse route ?



Suite Extrait   Kabir - Une expérience mystique au-delà des religions  - Michel Guay Poche: 293 pages -  Editions Albin Michel (2 mai 2012) - Collection : Spiritualités vivantes

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