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Auteur Sujet: A la recherche de Vivian Maier  (Lu 488 fois)

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katchina

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A la recherche de Vivian Maier
« le: 08 juillet 2014 à 17:46:29 »

A LA RECHERCHE DE VIVIAN MAIER

Loin, très loin de l'orgie de médiocrité photographique dégurgitée quotidiennement sur les réseaux dits sociaux
Le talent, la magie du noir et blanc et un brin de nostalgie pour la qualité du format 6x6 et les
rolleiflex à double objectif qui étaient de si bels objets



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NEW YORK John Maloof se met en scène comme promoteur de la photographe morte en 2009, que les collectionneurs s’arrachent aujourd’hui.

La vie de Vivian Maier (1926-2009) n’a rien d’un conte de fées, mais personne ne peut affirmer qu’elle fut une tragédie. John Maloof - qui en fut, pour ainsi dire, le révélateur - a choisi ce ton au lyrisme dynamique qu’affectionnent les Américains lorsqu’il s’agit de mettre en scène une histoire énigmatique à multiples rebondissements, et qui s’appuie sur une réalité fragile, peu de témoins, beaucoup d’ombres. En s’attribuant le rôle principal dans le film coréalisé avec Charlie Siskel, A la recherche de Vivian Maier, John Maloof s’essaie à prouver qu’il a fait le meilleur choix. Il n’avait pas l’intention de garder pour lui l’aventure singulière de cette inconnue, et il lui fallait, un peu comme s’il avait entendu sa voix d’outre-tombe, lui rendre l’hommage qu’elle méritait, c’est-à-dire «la faire entrer dans les livres d’histoire [de la photographie]».

«Beaux». Tout commence à Chicago, à l’hiver 2007, lors d’une salle de vente aux enchères. Ce fils de brocanteurs achète un carton rempli de négatifs pour 380 dollars. Qu’il range d’abord dans un placard, puisque aucune image ne lui paraît utile pour son livre sur un quartier de Chicago. Comme il trouve «beaux» les négatifs déjà examinés, il crée un blog et publie 200 photos prises par cette femme nommée Vivian Maier. Gros succès. Doublé d’un coup de dés puisqu’il apprend sa mort, en 2009, via Google. John Maloof a enfin une piste. Après avoir racheté tout ce qu’il pouvait, il se retrouve à la tête d’un butin : 100 000 négatifs, 700 rouleaux de pellicule couleur et 2 000 rouleaux de pellicule noir et blanc non développés. Sans compter les affaires personnelles, papiers divers, vêtements, objets, et même des films en 8 mm et 16 mm. Si le Museum of Modern Art de New York (MoMA), par exemple, avait accepté d’archiver ce trésor posthume, nul doute que Maloof aurait lâché l’affaire, mais les institutions préfèrent choisir elles-mêmes leurs héros.

Voici donc John Maloof partant sur les traces de Miss Maier, tel un somnambule dans la nuit, puis s’appuyant sur les témoignages de ceux qui l’ont rencontrée. Qui était Vivian Maier ? Une gouvernante, passionnée de photographie, si obsédée qu’elle ne quittait pas son Rolleiflex. Une intrépide, capable de faire le tour du monde en solitaire. Une originale, qui vivait au milieu de piles de journaux, qu’elle vénérait. C’est probablement la partie la plus passionnante du film, les déclarations de ses employeurs ou des enfants qu’elle a gardés, tous se contredisant en permanence, comme si elle n’était que duplicité. «Elle ressemblait à la méchante sorcière de l’Ouest» ; «Elle adorait les enfants et les enfants l’adoraient» ; «Elle aimait m’humilier, elle nous abandonnait» ; «Elle était méchante, tout simplement» ; «C’était une enquiquineuse» ; «Elle avait une conscience politique et sociale de son époque» ; «Elle aimait les histoires qui témoignaient de la folie des gens.»

Au fur et à mesure que l’enquête avance, la femme au Rolleiflex devient sympathique, y compris lorsqu’elle tourmente les kids en les emmenant dans des quartiers pouilleux. La baby-sitter a un grain, ça ne fait aucun doute, mais quel talent, c’est une virtuose de l’objectif ! Mélange d’humour et de férocité, de générosité et de colère, elle flashe sur les rues de Chicago, dont elle montre souvent l’envers du décor. Elle n’a pas ce regard contrit qu’ont parfois les reporters des années 50, personne ne lui fait peur, elle s’en donne à cœur joie, y compris dans l’autoportrait pratiqué malicieusement. Après Chicago, New York et Little Falls, le film fait un tour en France, dans la vallée du Champsaur, dans les Alpes, là où est née sa mère, Maria Jaussaud. Le dernier de ses cousins l’évoque, la larme à l’œil, nous aussi, vive la France !

Nounou
. A la recherche de Vivian Maier pose, en filigrane, de nombreuses questions, notamment sur la valeur d’une œuvre posthume non agréée par les institutions, mais encensée par le marché. Les tirages de Vivian Maier s’arrachent ; les collectionneurs craquent ; le public plébiscite la nounou au Rolleiflex (1). La renaissance de Vivian Maier, quasiment acquise, il serait temps de passer à l’étape suivante, un portrait de Maier sans son géniteur. C’est cruel ? John Maloof a prouvé qu’il était capable de lui donner vie. Il doit maintenant lui offrir la liberté.

(1) Exposition à la galerie Frédéric Moisan, 75006 (01 49 26 95 44), et aux Douches-la Galerie, 75010 (09 54 66 68 85), jusqu’au 2 août.


SOURCE


« Modifié: 08 juillet 2014 à 19:58:58 par katchina »
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