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Auteur Sujet: Vendredi 25 mai 2007  (Lu 2471 fois)

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Jean-Claude Carton

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Vendredi 25 mai 2007
« le: 20 mai 2007 à 18:44:28 »

Richard sera mon invité pendant 3h

modération : la vidéo youtube a été supprimée par l'utilisateur




« Modifié: 01 janvier 2011 à 23:25:44 par katchina »
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kZ

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Vendredi 25 mai 2007
« Réponse #1 le: 21 mai 2007 à 00:06:09 »

toujours sympa d'entendre richard à l'antenne, mais quels seront les thèmes abordés du rapport france-afrique voire autres?
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la rose des vents

  • Invité
Merci JC pour l'exquise émission intimiste de R. Bohringer
« Réponse #2 le: 27 mai 2007 à 13:42:47 »

Chacun porte la trace de ses blessures

Richard Bohringer a accepté de devenir le parrain de la FNATH. Une rencontre exclusive pour « À part entière » et ses lecteurs, dans laquelle ce réalisateur, acteur, producteur, scénariste, auteur et compositeur partage de manière imagée, à sa façon de bluesman, son regard sur le handicap et les accidentés de la vie.

J ’ai failli perdre une de mes filles, là ce weekend... t’imagines la voiture... il a fallu la désincarcérer de ce tas de ferraille. Rien eu... » « Coup de bol. » Richard Bohringer balance cette nouvelle à faire frémir... Ce n’est pas cet accident de la vie qui l’a convaincu de devenir le parrain de la FNATH. Mais ça l’a marqué. Il arrive, préoccupé, mais son phrasé est « décontracte » parfois rehaussé de jolis mots, d’expressions qui posent le personnage, d’images de bluesman un peu las. « Suis fatigué en ce moment. J’récupère plus comme avant. » Il vient de fêter son anniversaire. S’asseoit dans un fauteuil cosy du Lutétia, ce palace parisien proche de Montparnasse où les interviews de personnalités sont légion : éditeurs, VIP, politiques, « people », acteurs, actrices, entre deux tournage, comme lui... Sa chienne, golden retriever, à ses pieds. Question qui brûle. Impatience de savoir pourquoi cet acteur, qui, en1988, a été couronné par le César du meilleur acteur pour « Le Grand chemin », papa de Romane (les « Nuits fauves » de Cyril Collard), avec qui il a tourné la version filmé de son livre blues, « C’est beau une ville la nuit », -ce livre sur « l’enfance maudite, l’alcool, les coups de  chagrin, l’héroïne... il aura tout connu pour s’octroyer quand même au terme de son errance, le droit à l’amour, au bonheur, à l’écriture »- pourquoi donc a-t-il accepté ce rôle ? Lui, avec ce regard bleu fixe, parfois froid, ce marchand de fleurs inquiétant de « Subway » (Luc Besson), ce réalisateur, acteur, producteur, scénariste, auteur, compositeur français, né le 16 janvier 1941 à Moulins (Allier) comme l’égrène sa biographie. Voix cassée, fort en gueule, on l’a vu aussi en SDF dans « Une époque formidable »... (Gérard Jugnot).

 

Expérience

Alors pourquoi ? « La FNATH ? Mais vous êtes la réponse de la vie à la vie ! », lance-t-il... On pourrait prendre cela pour une bonne réplique d’un amoureux des mots, des images bien tournées qui sonnent et accompagnent jazz et blues... Mais c’est l’homme d’expérience qui parle. Il a dû en vivre. Il se confie, un peu, pas trop. Assis sur son bon divan de feutre rouge, habillé simplement, le pull col rond, le collier africain discret ras du cou comme pour rappeler qu’il a choisi la nationalité sénégalaise, en plus de la française. Il croise, décroise les mains, parle par signes, hausse les sourcils…« On est tous des handicapés ! », complète-t-il. Ses intonations de voix le rendent presque inaudible, d’autres fois, il s’emporte. Finit pas ses phrases. Pas toujours de verbes. Mêle parler populaire et beaux mots policés. Enclenche une idée après une autre. Il ponctue par un « tu vois ». Quelques soupirs. « Chacun porte la trace de ses blessures. La vie est un tout. Il faudrait que la société accepte tous ses membres comme un ensemble, chacun avec ses différences. » Et puis il y a cette mansuétude, souligne-t-il d’un coup. « Pourquoi pas un coup de pogne ? Aider. Oui, donner ce sacré coup de main. S’inquiéter des autres, bon sang. Te demander si ton voisin, là, va pouvoir se déplacer avec son fauteuil roulant. Si on ne pouvait pas faire quelque chose pour ton pote, là, qui a passé toute la nuit par terre. Sur le carrelage de la salle de bain. Tu vois ? C’est cela la société. Un tout.» « Et Paulo qu’a traversé la rue, fauché par une bagnole ! »

Gros passé médical

« Moi j’ai un gros passé médical, poursuit-il. Mon enfance, elle s’est déroulée dans la maladie, la solitude. Mes petites soeurs, c’étaient les malades de l’Assistance publique. Mes petits frères aussi. L’infirmière, c’était ma mère. Cécité. Scoliose contrariée. Maladie des os. Oui. Là, j’ai bien réfléchi, j’ai eu ce sentiment de rejet, de solitude », « … compris aussi qu’on était tous faits pareils. » Mais il n’en ajoutera pas plus. Faut pas exagérer, semble-t-il dire en refusant de comparer les obstacles qu’il a dû franchir à ceux auxquels sont confrontées les personnes handicapées. « Si j’étais un accidenté de la vie, ce ne serait pas du côté physique qu’il faudrait le chercher. Mes souffrances à moi n’ont rien à voir avec les impossibilités physiques qui touchent les personnes handicapées. » Pause. « Un accidenté de la vie, c’est quelqu’un dont la vie est niquée si tu ne lui files pas un coup de main. » Et Richard Bohringer affirme la certitude qu’il faut aider les gens dont la vie a été bouleversée : maladie, accident de la route, du travail, domestique…
« Pas n’importe comment bien sûr. Si tu ne prends pas les formes, ton aide risque d’être refusée. Pas de la charité. De l’aide c’est tout, de l’intérêt pour tous ceux qui forment notre communauté humaine. Et puis, y’a les handicaps qui ne se voient pas. Qu’on ne soupçonnerait pas. Et ceux qui s’empilent ! »
« Moi, j’aimerais bien qu’on crée une ligne de téléphone 24h/24 pour les personnes handicapées. Comme cela, elles seraient sûres d’être écoutées, de trouver à qui parler, d’être considérées en tout temps, à tout moment… Le matériel, c’est bien, mais ce n’est pas parce que vous donnez un fauteuil roulant à une personne paraplégique que vous avez tout réglé ! »

C’est terrifiant

Le regard bleu direct. Le parrain de la FNATH pose ses mains sur les cuisses. Il est en transit. Son port d’attache, c’est l’Afrique, le Sénégal. Il y retourne en passant par la Colombie. Qu’est-ce qu’il prépare ? Mystère. Discrétion. Chut ! Il accepte de parler du handicap en Afrique. Lapidaire, définitif. Il trace un grand trait de son bras. « Là-bas, c’est terrifiant. Les enfants qui ont la polio traînent dans les rues à la hauteur des pots d’échappement. » Son visage se ferme de dégoût, de presque fatalité. De regret, d’amertume que l’on fasse si peu. Évidemment, tout est plus dur, le niveau d’exigence est différent, les besoins incommensurables. « Le handicap, là-bas, c’est ultime. Des enfants amputés réduits à la mendicité… » Mais là-bas, comme ailleurs, que demande une personne handicapée d’autre que de « rebasculer dans la vie ? » « Hein ? » « Tu vois ? »
Faire un film sur ce sujet ? « Déjà fait », balaye-t-il d’un revers de la main. « Non, faut des trucs plus concrets et faciliter beaucoup plus de choses. Rendre les trucs plus accessibles. Arrêter de tout compliquer. » « Tu vois, tu trouves normal que mon livre, pour le traduire en braille, il aurait fallu débourser une fortune folle ? Cela a rendu le projet d’emblée impossible. Laissé tomber. Non, pas normal. » « Pourquoi ? », interroge-t-il. « Pourquoi est-ce si difficile de permettre à des personnes handicapées d’avoir ou de conserver une vie normale ? Pourquoi est-ce si difficile d’intégrer une personne, de lui permettre de se joindre à la communauté humaine, de la rejoindre, de se réinsérer ? » « Le handicap, c’est un miroir de notre existence à tous. Faire quelque chose pour les personnes touchées, contre le handicap et ce qui le produit, c’est mettre du printemps dans la tragédie ! »

Propos recueillis
par Pierre LUTON

Rédacteur de A part entière magazine édité par la F.N.A.T.H



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