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Auteur Sujet: Le déclassement des classes moyennes  (Lu 784 fois)

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Zorn

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Le déclassement des classes moyennes
« le: 18 novembre 2016 à 12:47:07 »

D'après les analyses, c'est une des premières raisons de l'élection de Trump, et cela risquerait aussi de jouer un rôle important dans l'élection ou non de Marine Le Pen aux prochaines présidentielles françaises.

Je viens de tomber sur un article très intéressant qui décrit le mécanismes du déclassement en France, et montre comment, pour la majorité, les enfants des classes moyennes vont continuer à gagner de moins en moins que leurs parents, et vivre beaucoup moins bien qu'eux, sans par exemple pouvoir accéder à la propriété.

Sans doute l'essai de sociologie le plus riche et déprimant de l'année, «La spirale du déclassement» de Louis Chauvel veut nous faire passer un message: faute de sortir du déni, le déclassement des classes moyennes va se poursuivre jusqu'à un niveau politique préoccupant.

[...]Louis Chauvel écrit que «la croissance des cadres et professions intellectuelles supérieures n’a pas été nulle, mais [qu'] elle n’a pas permis d’absorber le surcroît massif de diplômés, qui a dû trouver par conséquent sa place à des niveaux hiérarchiques inférieurs.» On parle parfois d’inflation scolaire dans la mesure où la valeur des diplômes sur le marché du travail décroît avec leur diffusion massive.

A son extrémité, le déphasage crée le phénomène médiatique bien connu (puisque concernant de nombreux journalistes) des intellos précaires: des diplômés qui ne trouvent pas de fonction dans la société correspondant à leurs études longues, dans des secteurs sans débouchés pratiques directs. «Les métiers des arts et tous les métiers à vocation, photographie et journalisme compris, sont des métiers mis en concurrence radicalisée et qui du point de vue de leur identité de classe moyenne supérieure qui était leur position à l’époque de George Perec, connaissent des chutes très rapides», précise le sociologue. Une des sources de la colère des manifestants de Nuit Debout, parfois raillée pour son côté intellos des villes.

Les jeunes qui n’ont pas réussi à progresser par rapport au niveau de diplôme de leurs parents ont connu une aspiration vers le bas. Et la difficulté pour les toutes nouvelles générations qui arrivent sur le marché du travail est la suivante: puisqu’il est dorénavant impossible d’accélérer de nouveau le rythme de progression des diplômés, ces dernières cohortes pourraient rencontrer de vrais soucis de déclassement social intergénérationnel.

Louis Chauvel convoque la texture du camembert à l'appui de ses observations.

    «Nous ne voyons donc pas de trace d’une mobilité ascendante généralisée, d’une dynamique d’"upgranding", dont on espère un effet d’entraînement. C’est plutôt une forme déprimante de trickle down, d’effet de ruissellement naturel vers le bas, en réalité un “effet de dégoulinure” qui évoque le camembert trop fait. Une fois encore, les tenants de la lucidité, conscients des dynamiques générationnelles, ne seront pas surpris.»

Pourquoi vous ne pourrez pas racheter le logement de vos parents

Durant la décennie 2000, l’indice des prix de l’immobilier a quasiment doublé. Or cette donnée est la plupart du temps évacuée dans le calcul des inégalités en France. La prise en compte du patrimoine est le révélateur chez les classes moyennes d’«une distorsion croissante, préalable à un écartèlement, voire une rupture de continuité, entre les classes moyennes dotées d’un substantiel patrimoine net, sans remboursement de prêts, par opposition aux autres, propriétaires endettés ou locataires, dont les conditions économiques d’existence sont d’une tout autre nature.»

Pour ceux qui étaient propriétaires au début de la période d’envolée, celle-ci représente «des opportunités de plus-value longue du patrimoine d’une intensité historiquement inédite depuis le XIXe siècle.» Et les plus-values d’un patrimoine de plus de 200.000 euros représentent sur dix ans un apport correspondant à la moitié du revenu des ménages.

Les jeunes qui n’ont pas de patrimoine sont morts.


Suite et source (avec plein de graphiques): http://www.slate.fr/story/126821/louis-chauvel-sociologue-lose-graphiques
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