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Auteur Sujet: Pierre Lagrange (Historien et sociologue des sciences)  (Lu 11013 fois)

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titilapin2

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Pierre Lagrange (Historien et sociologue des sciences)
« le: 04 septembre 2008 à 22:07:56 »

 

Pierre Lagrange

Historien et sociologue des sciences, Pierre Lagrange collabore au Laboratoire d’anthropologie et d’histoire de l’institution de la culture du CNRS.  Il est l’auteur de La guerre des mondes a-t-elle eu lieu ?, paru aux éditions Robert-Laffont en 2005.

La guerre des mondes a-t-elle eu lieu ? de Pierre Lagrange, Robert Laffont, 2005.

L'invention des soucoupes volantes, de Pierre Lagrange, La Découverte, 1997.

La rumeur de Roswell, de Pierre Lagrange, La Découverte, Collection : Enquêtes, 1996.


Un des 4 intervenants de l'émission:
Emission "C’est dans l’air" d'Yves CALVI                     Titre: Le dossier secret des ovnis du 30 mars 2007    Chaine: La 5
 
http://icietmaintenant.fr/SMF/index.php?topic=4006.0

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Présentation de l'éditeur

30 octobre 1938. Le jeune prodige Orson Welles adapte à la radio La Guerre des mondes, le chef-d'œuvre du romancier anglais H. G. Wells.
Transposée sous forme de bulletins d'informations (" Les Martiens attaquent ! "), l'histoire est prise au premier degré par les auditeurs et provoque la panique : embouteillages, pillages, accidents, fausses couches, crises cardiaques, suicides... L'Amérique, à en croire les commentaires, est saisie de terreur,
incapable de distinguer une pièce radiophonique de la réalité. Depuis 1938, cet événement constitue une référence pour tous ceux qui s'interrogent sur les comportements irrationnels du public. Pourtant la rumeur créée par la pièce d'Orson Welles en cache une autre : la rumeur selon laquelle il y aurait eu
une panique ce soir-là. Impossible, en effet, de trouver la moindre trace concrète de cette fameuse vague d'hystérie. Il ne s'agit pas, pour Pierre Lagrange, de prétendre que rien n'a eu lieu, mais de montrer que l'image, véhiculée à foison, du public naïf, crédule, apeuré est fausse. Pourquoi les commentateurs ont-ils glosé des décennies durant sur un événement inexistant ? L'émission d'Orson Welles (intégralement reproduite à la fin de ce livre) n'est ni le premier, ni le seul exemple de ce genre de phénomène. D'autres histoires comparables, aussi
méconnues qu'étonnantes, seront autant d'occasions de renouveler la réflexion sur les peurs collectives.
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« Modifié: 05 septembre 2008 à 01:05:21 par titilapin2 »
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Re : Pierre Lagrange (Historien et sociologue des sciences)
« Réponse #1 le: 04 septembre 2008 à 22:52:20 »

Son actualité:
  Pierre Lagrange -  Ovnis : ce qu'ILS ne veulent pas que vous sachiez

Éd. Presses du Châtelet, juin 2007, 366 p. – 22 €

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3 questions à ...Pierre Lagrange


Spécialiste de la controverse sur les parasciences (ufologie1, parapsychologie, cryptozoologie), vous analysez le phénomène du complot dans l'affaire des ovnis : pourquoi ?


En 1996, quand j'ai publié mon premier ouvrage sur le sujet, La rumeur de Roswell, aucune réflexion universitaire n'existait sur ces théories « populaires » du complot. Ces dernières années, avec la série télévisée X-Files et le succès du Da Vinci Code, un certain nombre d'universitaires ont senti qu'il y avait là quelque chose à creuser. Pierre-André Taguieff, qui a consacré deux ouvrages très documentés à la théorie du complot, cherche la solution du côté de l'histoire politique (avec Les protocoles des sages de Sion2, ce grand ancêtre des théories du complot). Selon moi, l'émergence de la théorie du complot sur les ovnis est liée à notre image de la science, à la façon dont le public adhère spontanément à la conception rationaliste de la connaissance. Conception selon laquelle, par exemple, Galilée aurait eu à lutter contre un pouvoir religieux désireux d'étouffer les vérités scientifiques. La même idée se retrouve à propos des soucoupes : le pouvoir chercherait à cacher la vérité. Loin de s'opposer, la théorie rationaliste et la théorie ufologique se rejoignent. Et cette idée perdure aujourd'hui malgré les efforts de transparence du Centre national des études spatiales (Cnes), qui a mis récemment en ligne ses archives sur les ovnis.

 


Comment s'organise l'idée de complot dans l'affaire des soucoupes ?

On imagine souvent que la croyance des ufologues en l'existence d'un complot est vide de sens. Mais, si on se penche sur le contexte dans lequel l'affaire des soucoupes a émergé, on constate que le public, après 1947 (date des premiers débats sur la question), avait raison de soupçonner que l'armée américaine chargée de l'étude du dossier ne disait pas tout ce qu'elle savait. L'US Air Force passait, en effet, son temps à affirmer au public que le dossier était vide tout en maintenant un programme secret d'étude… Le public n'est pas dupe. Cette idée a tellement fait son chemin qu'elle a fini par faire des adeptes au sein même des « élites » (certains ingénieurs ou généraux de l'armée française).

 


Mais alors peut-on encore différencier ceux qui croient et ceux qui ne croient pas au complot ?


C'est là tout le problème. On voudrait à toute force croire que tout sépare les gens sérieux et les naïfs, les scientifiques et les ufologues. Nous aimerions pouvoir découper le monde en deux : d'un côté la culture rationnelle, scientifique, occidentale, de l'autre, la croyance, l'irrationnel, la pensée magique. Nous persistons à croire à ce « grand partage » contre lequel tant d'ethnologues ont lutté. Si ce partage, comme ils l'ont montré, n'est plus recevable pour penser la différence entre l'Occident et le reste du monde, pourquoi resterait-il pertinent pour penser celle entre science et pseudoscience ? La contradiction est trop évidente pour s'y étendre. La tâche du sociologue n'est donc pas de se demander « pourquoi les gens croient-ils aux complots ? », puisque nous y croyons tous à l'occasion, mais de décrire les opérations matérielles qui aboutissent à une telle représentation de la société en termes de grand partage. Le grand partage, la croyance, ne sont pas les explications mais bien ce qu'il faut expliquer. En croyant à la croyance des autres, la sociologie a fait tout simplement fausse route !

 


Propos recueillis par Léa Monteverdi

Notes :
1. Ufologie : d'UFO, pour unidentified flying object, en français « objet volant non identifié » (ovni).
2. Un faux qui a alimenté les thèses antisémites.

Source: http://www2.cnrs.fr/presse/journal/3545.htm

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Ce nouveau livre de Pierre Lagrange a un curieux titre : qui sont donc ces « ILS », en majuscules, et que veulent-ils nous cacher, sur les ovnis ? Pour ceux qui ne connaissent pas Lagrange, le sous-titre peut faire croire que l’auteur va nous dévoiler les basses manœuvres des « debunkers », c'est-à-dire des gens qui s’emploient à mettre en doute, à dénigrer l’existence des ovnis : « Armée, services secrets, « debunkers » et autres maîtres de l’intox… ». Eh bien non ! C’est déjà le premier piège d’un livre qui en compte énormément, car c’est exactement le contraire que Lagrange s’emploie à démontrer, avec toutes sortes de raisonnements et d’arguments compliqués, dans ce livre de 370 pages : pour lui, les vrais debunkers sont ceux qui dénoncent le debunking, et plus précisément l’idée que les Etats-Unis possèdent, sur les ovnis, des connaissances secrètes qu’ils nous cachent. Oui, explique Lagrange, c’est vrai que les Américains ont pratiqué une politique de secret, mais c’est en réalité pour nous cacher qu’ils n’y comprennent rien ! Ecoutez bien cela, braves gens, il n’y a pas d’autre secret que celui-là. Et ceux qui pensent le contraire, s’appuyant sur de nombreux témoignages, ce sont eux les vrais menteurs, les vrais debunkers, les propagateurs d’une idéologie maniaque de la « conspiration », bref, d’un « complot anti-américain ». Voilà, résumée en quelques lignes, la thèse principale de Lagrange, qu’il martèle tout au long du livre, avec les arguments les plus tortueux et fallacieux, comme je vais essayer de le montrer.


L’un des angles d’attaque de Lagrange est de dénoncer un élitisme supposé de la part de ceux qui dénoncent le debunking. Ils pensent que le peuple n’est pas capable de comprendre les choses, nous explique Lagrange. C’est une vision du « grand partage » entre l’élite, qui sait, et le peuple ignorant ! Curieux argument. Comment cela se peut-il ? La « quatrième de couverture » nous ouvre déjà la voie :

« Il montre comment certains experts militaires français, dénonciateurs des prétendus complots de l’US Air Force, reprennent en fait la même démarche, jugeant le grand public trop immature pour être associé au débat et connaître la vérité sur les phénomènes ovni ».


Bigre ! C’est une accusation assez grave qui est portée là par Pierre Lagrange. On découvre rapidement, en accusé principal de cette forfaiture supposée, le Cometa et son fameux rapport de 1999, qui avait eu l’audace d’évoquer le problème du secret américain, notamment dans une annexe sur « Roswell et la désinformation ». Cela lui avait valu d’être attaqué quelques jours plus tard, avec une virulence extrême, par Pierre Lagrange justement, dans un article en pleine page de Libération du 21 juillet, intitulé : «Entre X Files et Independance Day, le rapport « d’experts » publié par VSD alimente la désinformation sur les ovnis en ridiculisant le sujet ». Il est vrai que Lagrange y était épinglé comme « victime » de la désinformation américaine, un mot plutôt gentil, à mon avis.


Essayons de comprendre le pourquoi de cette curieuse accusation d’élitisme, contre un groupe comme le Cometa qui a voulu, au contraire, attirer l’attention, à la fois du gouvernement et du public, sur ce sujet déprécié des ovnis. En fait, nous tenons là un premier exemple – il y en a beaucoup d’autres – d’un procédé très spécial de Lagrange consistant à retourner, à inverser les arguments. C’est ici le cas : leur rapport a été publié par l’éditeur de VSD Hors série, magazine populaire par excellence ! Drôle d’élitisme. On le leur a assez reproché, d’ailleurs… Mais posons-nous la question : où Lagrange veut-il en venir, avec cet argument saugrenu ? A l’idée suivante, élaborée dans la troisième partie, selon laquelle les partisans de théories « conspirationnistes », et les sceptiques qui dénoncent celles-ci comme étant « irrationnelles », sont aussi irrationnels les uns que les autres, et qu’ils font preuve d’un obscurantisme analogue, méprisant pour le peuple ignorant. C’est, pour reprendre les termes de Lagrange, « la théorie du complot obscurantiste contre la Raison » !


Là, je dois dire que Lagrange a bien travaillé pour brouiller les pistes et tout mélanger. On peut lui concéder, effectivement, qu’il y a une forme d’intégrisme chez certains rationalistes combattant de manière obsessionnelle tout ce qui semble menacer l’édifice de la science pure et dure. Un cas d’école est celui de l’Union rationaliste, longtemps présidée par l’astrophysicien Evry Schatzman, grand pourfendeur des ovnis. Mais, en le concédant, vous risquez d’entrer dans la dialectique subtile de Lagrange qui s’emploie ensuite à vous convaincre que, soupçonner des complots et des secrets, c’est tomber tout autant dans l’irrationnel ! Voilà l’astuce, le petit piège dans lequel il essaie de vous attirer. Incidemment, je crains pour Lagrange que son livre ne plaise pas plus aux sceptiques qu’aux ufologues, étant donné qu’il les renvoie dos à dos, en quelque sorte.


Voici un exemple de raisonnement très spécial de Lagrange, qui me vise directement, bien que je ne sois pas nommé. Dès la page 22, il brode sur l’idée que, même dans les rangs des ufologues, il paraît normal de mettre en doute les ovnis tant qu’on ne les a pas étudiés :


« En validant l’idée qu’il est normal de se montrer dans un premier temps sceptique sur la réalité du phénomène, ils laissent entendre que c’est le fait d’accepter cette réalité qui est finalement étrange. En avril 2007, au cours d’une émission animée par Yves Calvi, un ufologue expliquait, en s’inspirant d’une tradition bien établie, que, bien sûr, comme tout le monde, il avait commencé par être sceptique et que c’était là une attitude saine. En validant l’idée qu’il est normal de refuser l’existence des ovnis plutôt que de l’accepter, celui qui cherche à témoigner de son évolution par rapport au sujet apporte un argument supplémentaire en faveur de sa marginalité extrême ».


Notez bien ces expressions, choisies par Lagrange, de réalité finalement étrange, et de marginalité extrême. Il se trouve que l’ufologue non désigné, c’était moi, Gildas Bourdais, et je peux donc expliquer ce que j’ai dit à cette émission C dans l’air. Non, je n’ai pas du tout dit que « c’est le fait d’accepter cette réalité qui est finalement étrange » ! J’ai dit au contraire que, en 1969, après avoir été initialement intéressé par les ovnis, j’avais été convaincu de l’inexistence des ovnis par le rapport Condon, tel que présenté dans la presse à l’époque. Or, trois ans plus tard, en 1972, paraissait le premier livre de l’astronome Allen Hynek, qui avait été pendant vingt le conseiller scientifique de la commission ovni (« Livre Bleu ») de l’Air Force. Il y affirmait, de manière posée et réfléchie, la réalité des ovnis, et il m’avait alors convaincu. Hynek, avec ce livre important, avait justement fait sortir les ovnis de la marginalité où le rapport Condon les avait relégués. Autrement dit, j’ai expliqué exactement le contraire de cette idée de « marginalité extrême » que j’aurais, soit disant, alimentée selon Lagrange. Son livre est rempli d’arguments biaisés et tordus comme celui-là, et il faudrait écrire un autre livre pour les décortiquer et les désamorcer, page par page.


On retrouve, dans ce livre, la virulence de son article de Libération de 1999, qui contraste avec son comportement souvent assez « cool » à la télévision. Ainsi, ceux qui ont osé parler en France de ce problème de secret et de désinformation aux Etats-Unis, se font incendier par Lagrange, les uns après les autres. Il commence par déceler cette dérive calamiteuse chez Jean-Jacques Velasco, alors qu’il était encore le responsable du SEPRA. J’ai le plaisir de confirmer cette coupable dérive, en ayant discuté avec lui dès 1995 à l’occasion d’une émission de France 3 (on ne peut pas dire, incidemment, que France 3 ait progressé depuis : l’émission de 1995 était bien meilleure que la triste émission Pièces à conviction du 29 juin dernier). En juin 1997, également, Velasco avait contredit en direct, au journal de LCI animé alors par David Pujadas, Pierre Lagrange qui y présentait comme la Bible le second livre du Pentagone sur Roswell, intitulé bravement The Roswell Report. Case Closed. Ce livre, qui a fait beaucoup tiquer, même les grands médias américains, expliquait que les témoignages sur les cadavres non-humains vus à Roswell en juillet 1947 étaient une confusion avec des mannequins en bois pour essais de parachutes, qui avaient eu lieu dans les années 50, donc bien après. Mais Lagrange, lui, avait trouvé ce livre très bien : rien à dire, c’était la vérité, forcément, puisqu’elle venait du Pentagone ! Velasco, comme moi, n’était pas de cet avis, et je l’en avais remercié en direct.


Pierre Lagrange s’attaque, en premier lieu, au rapport du Cometa. Il se permet d’affirmer, par exemple, que c’est l’œuvre d’un seul homme (qui « tirerait toutes les ficelles ») pour en diminuer la portée, bien entendu. Il se fait ainsi l’écho d’une rumeur tenace, lancée notamment par Jean-Pierre Petit et Jacques Vallée. Laissons de côté les tristes règlements de compte personnels, et disons seulement que c’est complètement faux. Lorsque Lagrange a attaqué le rapport du Cometa en 1999, parallèlement avec Perry Petrakis et Jenny Randles sur Internet, j’ai décidé aussitôt de les défendre. J’ai alors fait la connaissance de ce groupe que je ne connaissais pas, et ils m’ont expliqué qu’ils avaient travaillé pendant trois ans dans des réunions régulières, animées par le général de l’armée de l’Air Denis Letty, chacun apportant sa contribution. Celles-ci étaient discutées par le groupe de travail, parfois âprement, jusqu’à un accord complet sur le texte final. Plutôt que de colporter ce ragot ridicule d’un rapport écrit pas un homme seul, Lagrange aurait mieux fait de se renseigner sérieusement.


Pierre Lagrange s’en prend, ensuite, violemment à François Parmentier et à son excellent livre OVNIS. 60 ans de désinformation (Editions du Rocher, 2004). Il accuse notamment l’auteur d’être à la botte du Cometa, dans un chapitre virulent, intitulé « OVNIS : trois cents pages de désinformation ! ». Il se trouve que je connais assez bien Parmentier, et je peux affirmer qu’il n’est pas du genre à être à la botte de qui que ce soit. Cette accusation est stupide, tout simplement. Il est vrai que Lagrange en prend pour son grade dans ce livre, qui est à lire par tous ceux qui veulent comprendre quelque chose de l’ufologie mondiale. Quoi qu’en dise Lagrange, qui ergote sur certains aspects difficiles, sur lesquels la plupart des lecteurs n’ont aucune idée, c’est un livre solide et bien documenté qui démonte avec précision la politique du secret aux Etats-Unis. Nombreux sont ceux qui ont salué ses qualités, tels Yves Sillard (j’y reviens plus loin), le professeur Auguste Meessen, et le journaliste Stéphane (pas Sylvain !) Allix. Je renvoie le lecteur à l’article du professeur Meessen, qui y commentait également mon livre sur Roswell à :

http://www.meessen.net/AMeessen/Deux_livres.pdf

Mais voyons, sur un exemple, la démarche de Lagrange pour le critiquer.


Lagrange cite un document bien connu, la lettre du général Twining, qui est discutée par François Parmentier dans son livre. Rappelons que ce général, commandant les services techniques de l’armée de l’Air américaine (AMC, Air Materiel Command), avait signé une lettre, datée du 23 septembre 1947, faisant un premier bilan de cette vague de « soucoupes volantes », à la demande du général Schulgen, chef adjoint des services de Renseignement au Pentagone. La lettre confirmait d’abord la réalité des ces engins, avec une description précise de leur aspect et de leurs performances extraordinaires. Remarquons ici que cette lettre, classée secrète à l’époque, a été publiée… en annexe du rapport Condon de 1969, qui concluait à l’inexistence des ovnis. Or cette lettre, à elle seule, prouvait le contraire ! Mais venons-en au point qui fait encore débat aujourd’hui. Le général Twining exprimait ensuite l’opinion (au § f) qu’il serait peut-être possible, un jour, de construire des engins plus ou moins comparables, mais que ce serait extrêmement coûteux, en temps et en argent, et que ce serait au détriment d’autres projets importants en cours. La lettre prenait alors un tour curieux car le général Twining évoquait ensuite (§ g) la possibilité que ce soient malgré tout des engins « domestiques », inconnus de ses services comme de ceux du général Schulgen. Il y a une contradiction entre ces deux paragraphes. En réalité, il était hautement improbable que ces directions importantes de l’armée de l’Air n’aient pas été au courant d’un tel projet s’il avait réellement existé. Ces ovnis n’étaient pas des « engins domestiques » et, d’ailleurs, le général Schulgen, justement, en avait déjà informé le FBI par lettre du 5 septembre. On voit ainsi que la lettre de Twining devenait moins claire, tout d’un coup. Or, le général Twining mentionnait ensuite « l’absence de preuve physique sous la forme de pièces récupérées après un crash qui permettraient d’établir de manière indéniable l’existence de ces objets ». Voilà, clament tous les sceptiques sur Roswell, la preuve qu’il n’y a pas eu de crash. Seulement, l’argument est faible car il méconnaît le sens et la portée de la lettre, qui se terminait par un appel urgent à tous les établissements publics de recherche, aussi bien civils que militaires, pour transmettre et étudier impérativement toutes les observations et données disponibles sur les ovnis. En fait, si un ovni avait été récupéré en grand secret, début juillet, près de Roswell, cela ne pouvait absolument pas être évoqué dans une telle lettre, destinée à une assez large diffusion, et classée à un niveau moyen de secret. En revanche, cette lettre n’était pas du tout incompatible avec une telle découverte, et c’est ce que François Parmentier explique avec raison dans son livre. On peut faire la même objection à un document analogue, cité bien entendu par Lagrange, écrit par le colonel McCoy en 1948. Bien d’autres auteurs partagent ce point de vue, par exemple les excellents chercheurs américains Michael Swords et Bruce Maccabee. J’avais détaillé tout cela, notamment, dans mon livre OVNIS. 50 ans de secret, publié en 1997 par l’éditeur actuel de Lagrange (on a parfois, il faut l’avouer, l’impression de reculer !) Or, qu’en fait Lagrange ?


Faites bien attention à la suite du raisonnement. Lagrange reproche alors à Parmentier d’accréditer l’hypothèse du crash de Roswell en 1947, et donc d’une politique du secret de l’Air Force depuis cette date, et il s’exclame avec indignation que « défendre une telle thèse revient à réécrire l’histoire des sciences » (page 102). Comment peut-il monter ainsi sur ses grands chevaux ? Il faut citer ici le commentaire de Lagrange, tellement il est curieux et fumeux :

« Cette thèse suppose deux choses : qu’il existe un savoir positif sur les ovnis (et donc sur d’autres sujets) et que la définition de la réalité n’est pas le résultat d’un travail, mais d’un constat ». Et il conclut : « … la thèse de Parmentier revient à dire que la réalité relève du constat, existe, que certains connaissent la vérité et qu’à partir de là il suffit d’obtenir des aveux des autorités ».

Pourquoi donc ne pourrait-on faire des constats ? Moi, je constate que j’ai les pieds sur terre (au sens propre). Je ne sais pas bien pourquoi, mais je le constate. Toute connaissance rationnelle, scientifique, commence ainsi, par des constats, me semble-t-il. Dans l’affaire de Roswell, que constatons-nous ? Que l’armée de l’Air avait commencé par annoncer la découverte d’un ovni, puis l’avait niée précipitamment avec une histoire de ballons, qui a varié dans le temps mais qui ne tient toujours pas debout, et que, en revanche, il y a une multitude de témoins crédibles, dont le nombre vient encore de s’accroître, sur la découverte d’un ovni. En conséquence de quoi, l’hypothèse d’un accident d’ovni maintenu secret mérite pour le moins d’être sérieusement considérée, au lieu d’être frappée de cette condamnation alambiquée.

Sur ces deux points, ballons et témoins, je renvoie le lecteur à deux de mes articles, le premier sur le livre de Karl Pflock (publié en français à l’instigation de Lagrange) : « Roswell, l’ultime enquête. Le flop de Karl Pflock », et le second sur le festival de Roswell et les nouveaux témoins, rassemblés dans le livre remarquable de Tom Carey et Donald Schmitt Witness to Roswell : « Le festival de Roswell 2007 et les nouveaux témoins sur l’accident d’un ovni ». On les trouvera sur le site du GREPI, à : http://www.ovni.ch/home/frame4.htm


Tout le chapitre de Lagrange sur Parmentier est de ce calibre-là, et le comble est atteint lorsqu’il qu’il finit par soupçonner son livre d’être « une vaste opération de désinformation », dans laquelle Lagrange englobe d’ailleurs le Cometa et d’autres, qui « imposent leurs idées paranoïaques au mépris du débat scientifique » (page 133) ! Citons encore une tirade digne de rester dans les annales de l’ufologie la plus ringarde :

« Parmentier a voulu établir un dossier digne des enquêtes de l’équipe d’Elise Lucet, il a tout juste réussi à sortir un mauvais sketch des Guignols » (Page 128).

L’émission de France 3, citée comme modèle : quelle gaffe ! Nous aurons la bonté de supposer que le livre était déjà imprimé avant la triste émission du 29 juin dernier.


Pierre Lagrange, en revanche, semble éviter de s’attaquer à la personne d’Yves Sillard, et à son livre collectif Phénomènes aérospatiaux non identifiés. Un défi à la science (Le Cherche Midi, 2007). Sillard, qui avait créé le premier groupe d’études ovni, le GEPAN, en 1977, alors qu’il était Directeur général du CNES, est maintenant président du comité de pilotage du nouveau service d’étude, le GEIPAN, et il reste donc un homme important, à ménager. Tout au plus, Lagrange déplore-t-il la présence de Parmentier dans le livre. Mais c’est cohérent avec les déclarations publiques d’Yves Sillard qui a bien critiqué publiquement, lui aussi, la politique américaine de secret sur les ovnis.


Que dire de l’abondante documentation ? Le livre de Lagrange peut donner une impression de sérieux, avec plus de 140 pages de documents en annexes. Mais c’est un dossier curieux, déséquilibré. Lagrange consacre pas moins de 43 pages aux débuts de la première vague de « soucoupes volantes » en 1947 (il aime cette expression désuète, un peu ridicule), avec l’observation de Kenneth Arnold, et l’affaire très obscure de Maury Island, au moins de juin, où entrent en scène pour la première fois des « hommes en noir ». Mais ensuite il passe directement aux démêlés de l’Air Force avec le FBI, avec une série de lettres qui commence le 10 juillet. Ces documents, certains très connus, sont intéressants car ils montrent une démarche tortueuse de l’Air Force pour mener en bateau le FBI, en lançant ses agents à la chasse aux « couvercles de poubelles et autres sièges de W.C », pendant que l’armée s’occuperait des cas sérieux. Mais la manœuvre, ayant été éventée, avait provoqué une grosse colère du Directeur Edgar Hoover dans une lettre célèbre au général McDonald. Cependant, il y a un gros trou entre les deux chapitres : rien sur l’affaire de Roswell ! Ou plutôt, Lagrange nous explique une fois de plus que ce n’était qu’un incident de rien du tout. Eh bien si, le communiqué de presse de la base de Roswell, révélant la découverte d’un « disque volant », et le démenti du soir, constitue le point culminant de la vague de 1947, comme on le voit bien, par exemple, dans le New York Times des premiers jours de juillet. La vague des « soucoupes » suscite alors de plus en plus d’intérêt, s’installant en première page, jusqu’au démenti de Roswell, qui fait le plus gros titre du journal du 9 juillet. Dès le lendemain, le sujet des soucoupes retombe en fin de journal, avec un petit article ironique (voir à ce sujet mon livre Roswell. Enquêtes, secret et désinformation, JMG, 2004). Il n’est pas exagéré de dire que le rideau du secret sur les ovnis est tombé, dès le soir du 8 juillet 1947, avec le démenti de Roswell. Ce n’est pas une petite affaire, mais vous n’avez aucune chance de vous en rendre compte en lisant le livre de Pierre Lagrange. La colère de Hoover est un épisode intéressant, mais mineur, en comparaison.


Il me faut encore commenter les critiques de Lagrange contre moi et mon livre sur Roswell, qui finissent pas arriver, page 199. Première critique : j’ai cité de travers, prétend Lagrange, l’ancien capitaine Sheridan Cavitt qui avait accompagné le Major Marcel sur le champ de débris de Brazel, en juillet 1947. Interviewé longuement dans le Roswell Report de l’Air Force, publié en 1995, c’était pour lui le moment où jamais de se rappeler qu’il avait trouvé un train de ballons « Mogul », or il s’y est refusé obstinément, s’en est tenu au mensonge initial de l’unique ballon météo. Cavitt s’est même payé le luxe de se moquer de Karl Pflock, l’appelant « notre meilleur debunker ». J’ai souligné que, par cette attitude, Cavitt apparaissait indubitablement comme un témoin négatif contre Mogul. Commentaire, méprisant, de Lagrange :

« Outre que l’on peut interpréter ce propos de façon bien plus prosaïque et qu’il faut s’appeler Gildas Bourdais pour y voir une preuve (les ufologues américains ont curieusement laissé de côté cette « preuve »), l’idée que l’Air Force ait pu laisser passer une bourde pareille dans son propre rapport relève soit du trait d’humour soit du suicide programmé ».


Cette phrase est sidérante d’esbrouffe désinvolte. D’abord, Lagrange se dispense de proposer une explication plus prosaïque : il lui suffit d’affirmer que c’est possible, en somme. Ensuite, il est faux que les ufologues américains n’aient pas remarqué cette curieuse déclaration de Cavitt. C’est Kevin Randle qui avait, le premier, attiré l’attention dessus, dans son bulletin Roswell Reporter du printemps 1995 (l’interview était de mai 1994). En 2001, J’ai cité cette phrase assez dévastatrice de Cavitt dans un message sur la liste UFO Updates, et le physicien Bruce Maccabee l’a commentée ainsi dans un message du 15 août 2001 (« Review of Pflock’s Roswell ») : « C’est pourquoi je dis que Cavitt est l’un des témoins les plus solides en faveur de Roswell comme événement non ordinaire (« anomalous »). Amusant ! » Il faut savoir que Maccabee est très pince-sans-rire. Il a d’ailleurs écrit tout un commentaire sur Cavitt, intitulé « Cavitt Emptor », sur son site à http://brumac.8k.com

Pour étayer l’idée que l’Air Force n’aurait pas laissé passer une telle bourde dans son Roswell Report, Lagrange fait plus loin ce commentaire élégant : « Si l’armée avait voulu désinformer à tout prix, il lui était facile de manipuler le témoignage de Cavitt » (p. 200). Eh bien non, ils ne l’ont pas fait, car ils ont peut-être eu l’intelligence, tout simplement, de se douter que Cavitt, découvrant cela, aurait pu réagir publiquement. A mon avis, ce n’est pas une bourde, ni une plaisanterie. C’est un message de Cavitt, qui dit à peu près ceci : « Ecoutez, j’ai déjà avalé en 1947 un gros mensonge avec le ballon météo. Ne me demandez pas d’en avaler un autre, plus gros encore, avec Mogul ».


Dans la même veine, Lagrange se moque de moi quand je remarque que le vieux professeur Charles Moore, qui a soutenu le scénario du train de ballons Mogul, avouait dans son livre ne pas se souvenir du lancement en question, ce qui ne l’avait pas empêché d’affirmer qu’il avait sans doute été lancé dans la nuit , et de bricoler les données météo pour arriver à le faire atterrir sur le champ de débris. En fait, le responsable en chef des lancements, Albert Crary, a écrit dans son journal que le lancement avait été annulé pour cause de temps couvert cette nuit-là (voir mon article cité plus haut). Autre commentaire désinvolte de Lagrange : « Si Moore était le manipulateur que prétend Bourdais, pourquoi donc aurait-il inventé cette explication de ballons sans inventer aussi les souvenirs qui vont avec ? » Il se trouve que j’ai correspondu avec Charles Moore. C’était un homme coléreux mais qui avait un fond d’honnêteté. Il s’était persuadé de la justesse de la théorie Mogul, mais ne se rappelait pas du lancement. Figurez-vous, Lagrange, qu’il n’était pas du genre à inventer un faux souvenir !


Lagrange croit pouvoir m’épingler à nouveau, au sujet de Karl Pflock. L’ayant rencontré en 1995 au congrès du Mufon, je l’avais obligé à admettre qu’il y avait eu, au-dessus du champ de Brazel, une violente explosion. Or, des ballons météo gonflés à l’hélium ne peuvent certainement pas provoquer une énorme explosion. Pflock en avait convenu de mauvaise grâce, mais cela ne l’avait pas gêné pour réaffirmer deux heures plus tard, lors du panel final du congrès, la théorie Mogul. Bagatelle, ironise Lagrange : « Pour moi, c’est plutôt la preuve que Pflock voulait se débarrasser de Bourdais et de ses remarques « à côté de la plaque » sans trop le froisser ». Et voilà, il ne faut pas se gêner, selon Lagrange, on peut toujours raconter n’importe quoi !


Encore un exemple et je m’arrête. J’ai expliqué, dans mon livre sur Roswell, que Irving Newton, l’officier météo de Fort Worth que le général Ramey avait convoqué brièvement dans son bureau pour identifier le ballon météo et sa cible radar, a fait des récits différents de l’incident. Dans le premier, rapporté aux enquêteurs privés, il dit que le Major Marcel, qui était là, avait essayé de se donner une contenance en lui demandant s’il ne voyait rien d’anormal. Mais dans son second récit, fait aux enquêteurs de l’Air Force et publié dans le Roswell Report, il a modifié légèrement son récit, juste ce qu’il fallait pour faire passer Marcel pour un idiot. Totalement faux, s’exclame Lagrange : « Il suffit de lire les témoignages pour constater que Newton ne varie pas d’un pouce et ne se contredit aucunement » (p. 201).


Eh bien si, il a changé son récit, Newton ! Il en a même donné trois versions, en fait. Je l’ai expliqué en détail dans mon livre Roswell. Enquêtes, secret et désinformation (p. 233). Dans la première version, Newton ne mentionne même pas la présence de Marcel (version racontée à William Moore, publiée dans son livre de 1980, pp. 39-40 de l’édition de poche). Il n’était resté qu’un instant, avait identifié immédiatement les restes d’un banal ballon météo avec sa cible radar, et avait été congédié (« When I had identified it as a balloon, I was dismissed »).

Dans une deuxième version, racontée à Randle et Schmitt et publiée dans leur premier livre (UFO Crash at Roswell, 1991, pp. 73-74), Newton commence à dire que Marcel cherchait à sauver la face en lui demandant s’il était bien sûr qu’il s’agissait d’un ballon normal : « Newton dit qu’il pensait que Marcel essayait de sauver la face et ne pas avoir l’air d’un idiot qui ne pourrait faire la différence entre un ballon et quelque chose d’extraordinaire » (« Newton said that he tought Marcel was trying to save face and not seem to be a jerk who couldn’t tell the difference between a balloon and something extraordinary »).


Puis, lors d’un nouveau témoignage publié par l’Air Force (premier rapport de juillet 1994, puis Roswell Report d’octobre 1995), Newton prétend que Marcel a ramassé des bouts de baguettes de la cible radar et a essayé de le convaincre qu’il y avait dessus des inscriptions extraterrestres. Newton ajoute qu’il y avait bien des inscriptions délavées, de couleur rose ou lavande, sans « rime ni raison » (un bon point pour Mogul !), mais que Marcel ne l’avait pas convaincu que c’étaient des écrits extraterrestres (« While I was examining the debris, Marcel was picking up pieces of the targets sticks and trying to convince me that some notations on the sticks were alien writings. There were figures on the sticks, lavender or pink in color, appeared to be weather faded markings with no rhyme or reason (sic) He did not convince me that these were alien writings »). Il y a là un flagrant délit de mensonge éhonté car, sur les photos très détaillées de ces débris, on ne voit absolument aucune inscription !


Encore un mot sur Newton. Le professeur Charles Moore m’a passé des documents, dont une lettre de Newton à Robert Todd, écrite en 1993. Il y racontait même que, dans ces débris de Fort Worth, les baguettes de la cible radar n’étaient pas en bois mais en plastique solide (« I don’t think the beams were wooden, but rather a tough plastic »). Or le Roswell Report de 1000 pages ne parle nullement de cibles radars montées sur baguettes en plastique. Enfin, il faut savoir que le Major Marcel avait suivi des cours sur les radars, à Langley en 1945, et n’ignorait rien de ces modestes cibles radar ! Disons le clairement, Irving Newton a raconté n’importe quoi, et il faut s’appeler Pierre Lagrange pour ne pas voir la dérive de son témoignage, très opportune pour l’Air Force.


En bref, que penser de tout cela ? Il y a une idée simple et forte qui s’impose une fois de plus, celle d’un très gros problème de secret sur les ovnis, principalement aux Etats-Unis, qui commence à l’époque de l’incident de Roswell, et même peut-être avant. Et la question que l’on peut se poser, plus que jamais, c’est : combien de temps cela va-t-il pouvoir encore durer ?


Gildas bourdais - Juillet 2007
 
Gildas Bourdais

Ufologue, Gildas Bourdais est l’auteur de nombreux ouvrages dont, Roswell : enquêtes, secrets et désinformation ou encore Ovnis : la levée progressive du secret, parus tous deux chez JMG Editions.

Son Blog :
http://bourdais.blogspot.com/

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Re : Pierre Lagrange (Historien et sociologue des sciences)
« Réponse #2 le: 04 septembre 2008 à 23:33:22 »

La vision du site http://www.monsite.org/htm/lagrange01f.htm
modération : lien sur page d'accueil


Pierre Lagrange:


Citer
Pierre Lagrange est un sociologue Français souvent mal compris par les autres ufologues et par les médias: la plupart croient que les sociologues considèrent que les OVNIS sont des illusions et inventions causées par la science ficion. Ce n'est pas du tout le cas.

ARTICLE DE PIERRE LAGRANGE POUR "LIBERATION:"
Suite à la parution du rapport COMETA en 1999, Pierre Lagrange pousse un grand cri qui sonne assez juste au moins à mes oreilles.

Quelques remarques et opinions personnelles me viennent à l'esprit:


Je vois un parallèle troublant entre le contenu du rapport COMETA de 1999 et ce rapport de l'US Air Force datant de ... 1949! J'en déduit que les militaires Français ne savent que peu de choses sur le phénomène, ils donnent l'impression de reprendre la situation au point ou elle se trouvait pour les militaires Américain il y a près de cinquante ans. Pierre Lagrange à raison: les ufologues n'en sont plus là.
En plusieurs occasions j'ai pu lire ou entendre la mise au point de Pierre Lagrange concernant ce que la sociologie, au moins la sienne, dit du phénomène, et qu'il rappelle ici. J'applaudis sans réserve, toutefois je constate que ce message n'est pas encore passé: pour mes nombreuses relations sceptiques, Pierre Lagrange et Bertrand Méheust notamment sont "les sociologues, qui ont prouvé que les OVNIS sont des illusions psychologiques inspirées par la science fiction et non une réalité physique." J'ai pu voir Pierre Lagrange lui même devoir presque s'emporter en devant faire à nouveau cette mise au point, au cours d'un débat Télévisé de la chaîne Planète au cours duquel Jean Jacques Vélasco su SEPRA à montré que c'est bien ainsi qu'il entendait, et contestait, les résultats des sociologues.
Quelle qu'en soit sa valeur, ma définition du terme "ufologue" est la suivante: personne qui tient un discours sur le phénomène OVNI. Ainsi, je suis un ufologue, Pierre Lagrange également, ainsi que par exemple Philipp Klass, Jean Jacques Vélasco, Jacques Vallée, et les membres de COMETA. Ce discours est bien entendu très divers.
Pour le reste, nous devons des remerciements à Pierre Lagrange pour ses contributions essentielles à la compréhension du phénomène. Il est une des rares personnes à ne pas raisonner systématiquement en "tiers exclus."

L'ARTICLE DE PIERRE LAGRANGE:
Entre "X-Files" et "Independence Day", le rapport "d’experts" publié par "VSD" alimente la désinformation sur les ovnis en ridiculisant le sujet. Or les ufologues sont loin d’être tous des gens loufoques.

Ovni soit qui mal y pense
Par PIERRE LAGRANGE


Pierre Lagrange est sociologue (lagrange@gulliver.fr). Derniers ouvrages parus: "la Rumeur de Roswell" (La Découverte) et "Sont-ils parmi nous? La nuit extraterrestre" (Gallimard). Il a dirigé un numéro de la revue "Ethnologie française" (CNRS, musée des ATP) sur les parasciences.

Le mercredi 21 juillet 1999

Quand des gens réputés sérieux décident de se pencher sur une énigme comme les soucoupes volantes, on navigue plus souvent du côté du scepticisme que de la crédulité. La tendance est-elle en train de s’inverser? En effet, voici que paraît, dans le cadre d’un hors-série de VSD, un rapport "Confidentiel-grand public" sur les ovnis rédigé par un groupe d’ingénieurs et d’auditeurs de l’IHEDN (Institut des hautes études de défense nationale) réunis sous le label Cometa, une association loi de 1901. Intitulé "Les ovnis et la défense: à quoi doit-on se préparer?", le rapport, qui aurait été "remis au président de la République et au Premier ministre", est préfacé par l’ex-président du Centre national d’études spatiales, André Lebeau, introduit par le général Norlain, ancien directeur de l’IHEDN, et supervisé par le général de l’armée de l’air Denis Letty. Pendant 90 pages au style sobre et à la présentation dépouillée, les auteurs alignent les rapports d’observation de phénomènes non identifiés, notamment par des pilotes. Un résumé des recherches effectuées par le Cnes depuis 1977 suit.

Jusque-là, rien à dire. Les choses se gâtent lorsque le rapport aborde les travaux accomplis à l’étranger, tout particulièrement aux Etats-Unis. On apprend en effet que les Américains auraient retiré un bénéfice technologique de la récupération de l’épave d’une soucoupe à Roswell en 1947! Mieux, ils auraient établi des contacts avec des civilisations extraterrestres. Dans leurs efforts pour décrypter le plan des extraterrestres à notre égard, les auteurs supposent que les traditions religieuses ont pour origine des visites d’extraterrestres mal interprétées par les civilisations qui nous ont précédés (les dieux venus du ciel). Qui sait si, un jour, nous ne passerons pas pour des dieux en débarquant sur d’autres planètes, s’interrogent les auteurs.

Après ces révélations, le rapport prône la nécessité de créer une structure étatique et/ou militaire qui centraliserait les dossiers au niveau européen, de mettre en place une politique de défense en cas de confrontation avec les extraterrestres et de forcer l’armée de l’air américaine à nous livrer ses secrets sur la soucoupe de Roswell. Un remix d’X-Files, Independence Day et de Men in Black écrit par un polytechnicien, l’humour et les effets spéciaux en moins!

Qu’ont voulu faire les auteurs du rapport? Page 78, ils nous expliquent qu’il existe deux formes de désinformation. La première, réductrice, ramène les observations d’ovnis à des méprises avec des ballons-sondes ou avec la planète Vénus. La seconde, amplifiante, propage des rumeurs sur des bases ET ou de faux documents sur le crash de Roswell (comme la fameuse autopsie diffusée par Jacques Pradel en 1995). Dans les deux cas, le but est de noyer le dossier sous une chape d’explications loufoques. Les auteurs du rapport ont sans doute jugé qu’à l’égard des lecteurs de VSD il fallait employer la deuxième forme de désinformation. Heureusement, il ne suffit plus de ridiculiser un sujet comme les ovnis pour le liquider. En vingt ans d’efforts, l’Air force n’y est pas parvenue, pourquoi le rapport Cometa-VSD y parviendrait-il en un été?

Les ovnis ne sont pas un sujet méprisable, qui demanderait à être évacué sous le tapis de la culture savante ou confisqué par des experts soucieux de réécrire l’histoire de ces cinquante dernières années à la lueur de quelque sinistre complot. Comme fait remarquer la philosophe Isabelle Stengers, le scientifique, s’il invoque l’hallucination et l’irrationalité (il est plus rare de les voir sombrer dans le complot), "utilise alors le type de technique rhétorique par rapport à laquelle la science est censée se démarquer: utiliser le pouvoir des mots pour occulter une difficulté, pour faire taire un problème (1)". Profitons de l’occasion pour remettre en question quelques idées reçues à propos des ovnis avant que les lecteurs du rapport soient tentés de jeter le bébé avec l’eau du bain.

Première idée reçue, les experts, qu’ils soient rattachés à l’Union rationaliste ou à VSD, commettent la même erreur: ils croient aveuglément que les autres croient aveuglément. Cela fait belle lurette que les anthropologues ont coupé les ailes de cette croyance savante selon laquelle les "sauvages", les paysans, les enfants ou les témoins de soucoupes volantes pataugeraient dans la croyance, l’irrationalité et la pensée magique. Deuxième idée reçue: les gens ne savent pas observer le ciel, précisément parce qu’ils seraient irrationnels. Dès qu’ils lèvent le nez, ils confondent des phénomènes aussi banals que la Lune ou un ballon-sonde avec des ovnis.

Mais s’il n’y a pas d’irrationnel, il faut trouver une autre explication pour ces erreurs qui n’ont plus rien d’aberrant. Les témoins suivent non leurs fantasmes mais les indications fournies par leurs cinq sens. Ils puisent dans leurs lectures et leur culture pour interpréter les bizarreries du ciel (ce que nous ferions tous dans la même situation, ne voyons-nous pas tous les jours le soleil "se lever" et "tourner autour de la Terre"?) Il faut donc renverser la perspective. Ces filtres (culture, psychologie) ne contribuent pas à déposer des couches d’interprétation sur un stimulus original, et par conséquent à noyer un signal physique dans du bruit culturel, ils contribuent au contraire à mettre en évidence un nouveau signal qui ne se contente pas d’être naturel mais également culturel. Quand de prétendus sceptiques (épinglés dans le rapport Cometa-VSD) comme Bertrand Méheust (2) ou moi évoquons le rôle de la culture dans l’invention des soucoupes, ce n’est pas pour réduire celles-ci à celle-là mais bien pour "irréduire" les soucoupes, pour montrer toute leur richesse.

L’intrusion de la culture ne signifie pas qu’on bascule dans l’erreur, et les scientifiques se trompent de cible lorsqu’ils cherchent à rectifier les erreurs des témoins. Les ovnis sont des objets dont ils doivent apprendre du public comment ils existent. Il ne s’agit plus d’apprendre aux gens mais d’apprendre des gens. Au lieu d’accuser les témoins de voir des petits hommes verts derrière le moindre ballon emporté par le vent, s’est-on jamais interrogé sur ce qui permet aux scientifiques d’observer correctement la nature? On nous explique en effet, troisième idée reçue qui n’est que la contrepartie de la précédente, que les scientifiques sont des observateurs neutres de la nature, détachés de toute influence culturelle. C’est faux, la nature, ils l’inventent dans un cadre culturel précis: leur laboratoire. Lorsqu’ils observent le ciel, ils sont plus bizarres que les témoins d’ovnis. Ils se plaignent des erreurs commises par ces témoins, les accusent de s’illusionner, d’être irrationnels et, dans le même moment, oublient de faire la liste de tous les instruments qui leur permettent de ne pas se tromper (et qui sont parfois aussi à l’origine d’erreurs lourdes de conséquences) et de "penser": télescopes, chambres de Schmidt, observatoires, laboratoires, etc.

Il faut insister là-dessus, ce sont ces instruments qui leur permettent de penser et non leurs cerveaux comme on le croit, cerveaux qu’ils n’ont ni mieux faits ni mieux remplis que ceux des observateurs et amateurs d’ovnis. Soyons clairs: il ne s’agit pas de prôner un discours antiscientifique, mais de décrire dans quels cadres précis la science fonctionne et ce que son application à l’ovni demande comme effort. Justement, puisqu’on vient d’évoquer le cerveau des ufologues (d’UFO, Unidentified Flying Object), passons à la quatrième idée reçue selon laquelle les amateurs d’ovnis sont des zozos. C’est curieux, quand on parle de science, on insiste tout le temps sur les quelques scientifiques qui ont révolutionné leur discipline, jamais sur les nombreux scientifiques qui ne révolutionnent rien. En revanche, quand on parle des parasciences, on se focalise sur les amateurs de conspiration à la X-Files au lieu de chercher s’il n’y a pas quelques esprits rigoureux dans le lot.

Or il y en a. Il y a même de quoi rester admiratif lorsqu’on voit le travail accompli par des amateurs comme ceux du Groupe d’étude des phénomènes aériens (Gepa), dans les années 70, ou ceux de la Société belge d’étude des phénomènes spatiaux (Sobeps), aujourd’hui (3), qui ont su poser le problème en des termes tels qu’il interpelle les scientifiques et a même conduit l’armée belge à les choisir comme interlocuteurs privilégiés. Ils ne sont pas naïfs comme on l’a cru. Ils exercent leur rôle de citoyen en interpellant les scientifiques sur des problèmes que ces derniers ne peuvent pas croiser du fait des conditions très particulières qui président à la production des faits scientifiques (avez-vous déjà croisé un fait scientifique hors d’un laboratoire?). Comme l’écrit encore Isabelle Stengers: "Loin de constituer un problème insignifiant, la question des ovnis peut intéresser le citoyen, indépendamment de toute hypothèse quant à leur origine: en tant qu’épreuve pour nos régimes démocratiques. Pouvons-nous répondre à un problème "hors contrôle" autrement que par des échappatoires multiples et variées, qui traduisent d’abord l’impuissance et la dénégation?"

Face à cette question, les ufologues ont su inventer de nouvelles formes de participation à la vie de la cité, entre un public "avide de merveilleux" qui voit des soucoupes et des scientifiques "rationnels", dont les laboratoires ne sont pas prévus pour ce genre d’objets. Il est temps de faire une place à ces nouvelles catégories d’experts, à ces nouvelles catégories de faits définis selon d’autres critères que ceux du laboratoire et de la stratégie militaire.


(1) I. Stengers, "L’anomalie belge", in Vague d’ovnis sur la Belgique-2, Bruxelles, Sobeps, 1994.
(2) Science-fiction et soucoupes volantes, Mercure de France, 1978.
(3) Sobeps, 74, avenue Paul-Janson, B – 1070 Bruxelles.
 

« Modifié: 01 mai 2011 à 23:40:35 par katchina »
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Re : Pierre Lagrange (Historien et sociologue des sciences)
« Réponse #3 le: 04 septembre 2008 à 23:40:20 »

Pierre Lagrange, sociologue       selon Jean-Pierre PETIT       http://www.jp-petit.org/science/gal_port/lagrange.htm             8 avril 2006



Ne cherchez pas à penser par vous-même. Laissez d'autres s'en charger pour vous

 

Je connais Pierre Lagrange depuis 25 ans. Son discours de sociologue m'a toujours quelque peu déconcerté. Il y a une dizaine d'années il avait écrit dans Science et Vie " ce qui milite contre cette affaire de Roswell c'est son caractère incroyable".

Débunker assidû dans tout ce qui touche au dossier ovni et au paranormal, il a participé à une émission produite par la chaîne Arte, intitulée " le 11 septembre n'a pas eu lieu ", diffusée le 13 avril 2004. J'ai relevé dans celle-ci certaines de ses phrases qui sont des morceaux d'anthologie. Ici Lagrange commentant les propos de Thierry Meyssan lors du passage chez celui-ci dans l'émission d'Ardisson :

 



Pierre Lagrange face à Thierry Meyssan ( sur l'écran de télévision )

 

- Et là c'est très fort. En nous montrant ces photos il érige le téléspectateur en quelque sorte en expert. On voit ce quil voit et, ce faisant il renverse la réalité...On est dans des choses qui ne sont pas discutables , quelque part (...). Il va introduire un débat là où ne doit pas être (...).

Arte présente Lagrange comme suit :

- Pierre Lagrange s’intéresse à ceux qui croient aux soucoupes volantes. Entre leur rhétorique pseudo-scientifique et celle de Meyssan il a remarqué des similitudes.

On a ensuite une image de Lagrange en gros plan, qui nous déclare, en commentant les photos produites par Thierry Meyssan, auteur du célèbre ouvrage " le Pentagate " :

- C’est très fort parce que, justement, il prend les gens à témoin (…). Son discours, c’est constamment « regardez la photo ! Regardez les déclarations qui ont été faites, les incohérences et tout. Et là, on devient acteur (…). On est dans cette idée qui est liée à la vulgarisation scientifique selon laquelle la réalité est en accès direct et on a pas ce réflexe qui consiste à dire « Je ne vois pas quelque chose sur la photo. Mais cela correspond peut-être à un truc qui m’échappe complètement. Et, d’un coup, tout le monde se met à regarder ces petites choses en disant « mais oui, là il y a un problème. Il y a un truc qui cloche. Et Ce faisant Thierry Meyssan renverse complètement la réalité (…), comme une série de dominos.

 



E.T. , bien en vue dans l’appartement de Pierre Lagrange.


Relisez ces lignes. Si on suit bien le discours de Lagrange, la réalité doit être décryptée par des spécialistes en qui le grand public, le téléspectateur doit placer une confiance aveugle, sans chercher à ... penser par lui-même. Revoyez les photographies des pages précédentes. Il y a certainement « quelque chose qui vous a échappé ». En fait, tout est normal. Tout va pour le mieux dans le meilleur des onze septembre possibles. Mais il y a beaucoup plus choquant, un peu plus loin dans l’interview, quand Lagrange commente les images du passage de Meyssan chez quand celui-ci est l’invité de Thierry Ardisson :

Lagrange commentant, pour Arte, le passage de Thierry Meyssan chez Ardisson :

- Là, Meyssan n’est plus tout seul. Il y a une partie des gens qui sont avec lui, qui vont réfléchir (…), qui vont se sentir interpellés par son intervention et Thierry Ardisson, comme le public vont réagir de la même manière.

Lorsque Meyssan montre la couverture de son ouvrage « le Pentagate » sur laquelle se trouve reproduite une photographie Associated Press, Lagrange ajoute :

- Meyssan n’est pas quelqu’un qui vient vous faire un cours en disant « c’est moi l’expert. Vous, vous la fermez et vous écoutez » . On se retrouve justement dans cette situation d’expert potentiel et on voit ce qu’il voit (…). Et c’est ce qui est extrêmement fort. C’est que, lorsqu’il montre la photo on dit « Ben oui, il n’y a pas d’avion… ». On se retrouve dans un discours d’approche scientifique et on ne se rend pas compte qu’on a complètement dérapé et qu’on est en train de discuter de choses qui ne sont pas discutables (…). C’est ça le problème. Meyssan va introduire un débat là où il ne doit pas y en avoir (…).

Je pense que ces lignes se passent de commentaires. Je ne sais pas si un homme qui profère de telles phrases mérite le titre de sociologue. Cette phrase sont la transcription fidèle de l'émission d'Arte "Le 11 septembre n'a pas eu lieu".

 

A vous de juger.

 

Maintenant, Lagrange sur Youtube :

 
Theorie Du Complot - Part 4 - Thierry Ardisson


 
« Modifié: 02 juin 2015 à 18:19:26 par katchina »
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Re : Pierre Lagrange (Historien et sociologue des sciences)
« Réponse #4 le: 05 septembre 2008 à 00:21:47 »


L’étrange affaire des « soucoupes volantes » : 60 ans d’enquêtes 1/2
Par Ciel & Espace ::Rencontre

 en partenariat avec le CNES
avec Pierre Lagrange,
anthropologue des sciences
Durée : 22'54



Source pour aller écouter le podcast ou le télécharger: http://www.ebe-survey.org/article-15136542.html
modération : page introuvable

Pour les américains, ce sont des UFO – unidentified flying object – , pour les français des PAN – phénomènes aérospatiaux non identifiés – et pour le public, le cinéma et la presse ce sont des OVNIS…
D’étranges « soucoupes volantes » dont l’histoire débute le 25 juin 1947 dans l’état de Washington et qui, en pleine période de guerre froide et de folles spéculations sur les technologies aéronautiques, vont envahir le monde à la vitesse de la lumière.
A travers les célèbres affaires de Roswell, aux Etats-Unis, de Cussac, dans le massif central, et de Trans-en-Provence, où l’on passe d’observations aériennes à des traces au sol, le sociologue Pierre Lagrange interroge les faits et décrit les acteurs en présence. Les commissions d’enquête, les « ufologues », les scientifiques impliqués et le public dont il ne croit plus en l’irrationalité.
Le dossier complet de 60 années de phénomènes inexpliqués
« Modifié: 01 mai 2011 à 23:42:21 par katchina »
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Re : Pierre Lagrange (Historien et sociologue des sciences)
« Réponse #5 le: 05 septembre 2008 à 00:55:55 »

Il y a une frange, chez les "sceptiques", qui est mise en place
et manipulée par des gens qui connaissent la réalité du phénomène,
pour servir de contre-feu dans l'opinion.
Un peu comme des fusibles, ils sauteront quand ce sera nécessaire.
En attendant, on leur permet d'occuper le terrain.

Exemple, à travers Lagrange et grâce à ses propos ambigus,
ils régulent ce que Libé, l'Express, ou le Figaro vont devoir imprimer,
ou ce qui se dira sur le plateau de "C'est dans l'air".
« Modifié: 05 septembre 2008 à 01:01:28 par Nemo492 »
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On n'est jamais si bien trahi que par ses amis les plus proches..
Mais tant que tu n'as rien, on ne risque pas de te le prendre.
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Re : Pierre Lagrange (Historien et sociologue des sciences)
« Réponse #6 le: 05 septembre 2008 à 01:04:19 »

Merci de l'éclaircissement qui me paraît fondé  :)
« Modifié: 05 septembre 2008 à 11:18:39 par titilapin2 »
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Pierre Lagrange passe pour un détracteur des ovnis mais ici ce texte est paru à l'origine dans la revue Bifrost n°19, juillet 2000.

Cet article est ici pro-ufologie!

Comment interpréter cette ambivalence ? (voir le commentaire de Nemo plus haut)

Comment tordre le cou à quelques idées reçues à propos des soucoupes volantes

mardi 25 mai 2004, par Pierre Lagrange

"En 1958, [...] il y aura quelques 200 apparitions authentiques d’objets volants non identifiés. Le Pentagone réussira à démontrer qu’il y en avait 210 de fausses."


Cette remarque savoureuse, extraite de l’éditorial du magazine Life du 6 janvier 1958, si elle ne permet pas de se faire une opinion sur les ovnis, permet en revanche de situer la façon dont on appréhende souvent ce problème : cette volonté farouche d’expliquer au risque d’en faire trop ; cette volonté d’en appeler à des explications spécifiques - que l’on n’oserait pas servir pour d’autres problèmes - parce qu’il ne faut surtout pas que le cadavre puisse se rétablir. Derrière cet excès de zèle anti-soucoupique, on trouve l’idée, partagée par les universitaires comme par le grand public, qu’il faut être irrationnel, anti-scientifique pour accepter l’existence des ovnis. Comment peut-il se faire que 30% des français (et plus de 50% des américains) croient aux ovnis (sous entendu, malgré l’évidence de leur inexistence) ? Les soucoupes ne seraient pas un phénomène normal à propos duquel on pourrait se contenter de parler d’erreur avant de les oublier et de passer à autre chose. Non, on croit nécessaire, indispensable même, de déployer à leur sujet tout un attirail rhétorique bien précis.

La rhétorique des soucoupes

Les porte-parole de la culture scientifique invoquent tour à tour des arguments scientifiques, épistémologiques, historiques, culturels, sociologiques et/ou psychologiques. Ils rappellent (arguments scientifiques) qu’à de telles vitesses, les soucoupes devraient produire un "bang" ; que si de tels phénomènes existaient, les astronomes ou les météorologues, dont le métier est d’étudier le ciel, devraient en voir. Ils s’attachent à montrer que la réflexion sur les soucoupes ne s’organise pas comme la réflexion sur les trous noirs ou les endorphines : les amateurs d’ovnis n’appliqueraient pas la méthode scientifique, ils ne penseraient pas "droit". La soucoupologie ne serait pas, comme la science, une forme de connaissance, il s’agirait d’une croyance. En 1979, le sceptique américain James Oberg a remporté le prix Cutty Sark avec un article défendant - brillamment, à première vue - cette idée. A l’aide d’arguments historiques, les sceptiques réduisent l’ovni à leur contexte d’émergence (les soucoupes sont nées en 1947 : il s’agit d’un sous produit de la guerre froide). Les arguments culturels insistent sur le rôle de la science-fiction et son influence sur les témoins. Quant aux arguments sociologiques et psychologiques, ils en appellent à des explications comme le besoin de merveilleux ou la tendance des témoins à interpréter de travers la réalité, à voir des soucoupes là où il n’y a que ballon sonde ou planète Vénus. Que valent ces arguments ?

1 - "Si les ovnis existaient, les astronomes en verraient"

Depuis l’époque des premiers débats, les scientifiques ont opposé aux amateurs de soucoupes divers arguments. Aux vitesses auxquelles elles sont censées évoluer, elles devraient produire le fameux "bang" supersonique ; mais elles ne devraient pas pouvoir prendre les virages à angle droit parfois signalés par les témoins. Certains physiciens ont néanmoins répondu à ces arguments. Notamment le physicien Jean-Pierre Petit grâce à son modèle propulsion inspiré par la MHD (magnétohydrodynamique) [1]. Dans un ouvrage récent, Jean-Pierre Pharabod qualifie cet argument anti-ovni de "pseudo-constatation" et explique qu’"il y a belle lurette que les ingénieurs aéronautiques américains ont réussi à évacuer ce fameux mur du son, du moins à l’intérieur de souffleries transsoniques" [2]. N’étant pas physicien, je ne peux prendre part à cette discussion. Il y a par contre un autre aspect du débat sur lequel j’ai quelque prise.

De façon générale, les porte-parole de la science expliquent que si les ovnis existaient, ils n’auraient pas pu passer inaperçus aussi longtemps sans que les scientifiques s’en aperçoivent, et plus particulièrement les astronomes. Les ovnis apparaissent dans le ciel, les astronomes étudient le ciel. Donc... Mais voilà, les astronomes ne voient pas d’ovnis. Dixit certains porte parole de la profession comme James Lequeux ou André Brahic [3]. S’il y a une remarque naïve, c’est bien celle-là. Pour plusieurs raisons. D’abord, il arrive que des astronomes voient des ovnis. Ensuite, sans un programme de recherche, il n’y a aucune raison pour qu’un phénomène s’impose aux chercheurs.

Donc, les astronomes voient parfois des ovnis.

Exemple fameux : l’observation faite par Clyde Tombaugh, l’astronome qui découvrit la planète Pluton, en 1949 à Las Cruces. Une série de rectangles faiblement lumineux. D’autres exemples existent. Ainsi, Donald Menzel, grand pourfendeur des soucoupes volantes, observa en 1949 une lumière non identifiée dans le ciel du Nouveau Mexique. Son rapport figure dans les archives du programme militaire américain d’étude des ovnis, le projet Blue Book. Une observation d’ovnis par un astronome ne signifie rien quant à la réalité d’éventuels phénomènes inexpliqués : les astronomes peuvent se tromper comme tout le monde. Mais cela indique qu’ils ne sont pas à l’abri du "syndrome ovni", quels que soient les ovnis. Ce qui n’a rien d’étonnant d’ailleurs car, pour voir un ovni, un astronome doit se trouver dans la même situation que les autres témoins recensés par les ufologues. En effet, lorsqu’ils voient des ovnis, ces astronomes sont dans une situation non professionnelle, ils ne sont pas dans le cadre de leur travail. Tout est là. Du coup, ils observent avec leurs yeux. À cela rien de plus normal : après tout un astronome aussi a besoin de ses yeux. Il observe le ciel, non ? Et bien non, justement.

C’est un point très important : le succès des sciences au cours des deux derniers siècles a été de passer de l’observation de la nature à la production des faits scientifiques. Au départ, les savants recueilliaient les phénomènes auprès d’informateurs (les phénomènes météorologiques, les espèces animales, etc.). Aujourd’hui, les faits scientifiques sont produits en laboratoire, la plupart d’entre eux sont d’ailleurs totalement invisibles sans les instruments scientifiques actuels. Ce passage de l’observation et de la collecte à la production des faits a nécessité de discipliner ces faits et de souvent transformer leur identité. Dans le cas des astronomes, l’observation visuelle a été remplacée par l’observation instrumentale. Les instruments sont plus sensibles que les yeux.

Mais ces instruments sont calibrés pour des programmes de recherches précis qui n’ont pas été prévus pour les ovnis. En science, pour voir il convient de créer les conditions qui le permettent. Or, les instruments de l’astronomie sont conçus pour des objets lointains, pas pour des objets proches. De plus, si le regard scientifique s’appuie sur des instruments, il ne faut pas non plus oublier les réseaux de collègues qui acheminent l’information et les théories qui permettent de leur donner sens. Et il n’existe pas, à tort ou à raison - là n’est pas le propos -, de réseau de scientifiques préoccupés par des choses comme les ovnis. Il est tout à fait possible que, de temps à autre, des astronomes ou d’autres scientifiques fassent des observations et ne sachent tout simplement pas quoi en faire ni à qui les rapporter [4].

Quelques scientifiques ont expliqué qu’il n’y avait rien à trouver.

Comme le disait Carl Sagan : "les cas intéressants ne sont pas fiables et les cas fiables ne sont pas intéressants" [5]. Dans un livre récent, André Brahic affirme : "chaque fois que les scientifiques se sont penchés sur ces témoignages, ils ont trouvé une explication simple quand le rapport contenait suffisamment d’informations et ils n’ont pas pu conclure lorsque les faits étaient vagues, imprécis et incomplets." Si seulement les choses pouvaient être aussi limpides ! Car, force est de le constater, les analyses auxquelles les scientifiques se sont "chaque fois" livrées peuvent être qualifiées de dilettantes. Si l’on excepte le travail effectué par le GEPAN [6] au cours de ses premières années d’existence, il est bien difficile de citer une étude scientifique "officielle" du problème. De même, quand des scientifiques se sont risqués à prendre position, il est difficile de dire qu’ils avaient les moyens de leurs affirmations. Cela ne signifie pas que s’ils y avaient passé davantage de temps ils auraient forcément changé d’avis ou qu’ils auraient découvert que nous sommes envahis par les extraterrestres. Simplement, le temps qu’ils y ont passés ne leur a de toute façon pas permis de poser correctement le problème et de trouver quoi que ce soit.

La situation des ovnis évoque, et c’est bien sûr la tarte à la crème dans ce genre de discussion, l’affaire des météorites.

Rapide rappel : en 1803, Jean-Baptiste Biotdémontra à l’Académie des Sciences l’existence des "pierres qui tombent du ciel", connues auparavant par les récits de témoins occasionnels et les collections des cabinets de curiosités [7]. Avant Biot et quelques autres, les chutes de météorites étaient expliquées de façon prosaïque. Pour deux raisons : d’abord la catégorie "météorites" n’existait pas ; à la place il y avait des curiosités qui regroupaient des choses très différentes, à l’instar de la catégorie "ovnis" de nos jours qui réunit des phénomènes connus mal identifiés, des phénomènes naturels inconnus, etc. D’autre part, les savants se contentaient des explications classiques qui réduisaient par exemple les "pierres tombées des nuages" à des roches volcaniques expulsées des cratères en activité. On peut ainsi très bien imaginer que, s’il existe des phénomènes naturels inconnus derrière certains ovnis, leur observation suscite des explications de type ballon sonde, avion expérimental, etc. Cela ne veut pas dire qu’on doive interpréter la moindre lumière comme un tel phénomène mais plutôt que, pour construire l’identité d’un éventuel phénomène nouveau, les scientifiques doivent élaborer un univers socio-technique qui aille au-delà des témoignages.

Entre les pierres qui tombent du ciel des paysans du XVIIe siècle et les météorites dont Jean-Baptiste Biot "démontra l’existence" devant l’Académie en 1803, il y a peu de points communs. Les paysans parlaient de pierres tombant des nuages dotées de vertus curatives, Biot construit un objet qu’il dépouille de toutes ces caractéristiques populaires pour le rendre à la mécanique céleste. On l’oublie trop souvent lorsqu’on dit que "Biot a prouvé que les paysans avaient raison". Ce qu’a fait Biot, c’est démontrer qu’il avait raison, lui. Biot ne cherchait pas à confirmer que les témoins et les amateurs de curiosités étaient dans le vrai. Ces derniers regroupaient météorites et autres objets énigmatiques parmi les "pierres de foudre" auxquelles Biot ne croyait pas. Il n’a pas démontré l’existence de pierres tombant des nuages aux vertus curatives mais bien l’existence d’"uranolithes", de corps circulant à travers le système solaire et croisant l’orbite de la Terre. Il s’intéressait juste à certains détails des témoignages. Ceux-ci, associés à la pluie exceptionnelle de L’Aigle en 1803 lui ont permis de traduire devant ses collègues les récits et les objets recueillis sous forme d’un phénomène naturel. La comparaison avec Biot s’avère pertinente dans le cadre d’ovnis qu’on supposerait être des phénomènes naturels inconnus. Seule une partie des ovnis finira alors sur la paillasse du chercheur et la révolution qui en résultera n’aura rien à voir avec celle soupçonnée par certains ufologues qui espèrent détcter la présence d’extraterrestres.

Soyons clair : il ne s’agit pas d’utiliser l’exemple des météorites pour dire que les ovnis existent parce qu’ils semblent subir le même sort.

Il s’agit simplement de dire que l’argument comme quoi "les ovnis n’existent pas parce que la plupart sont expliqués et parce que les astronomes n’en voient pas" est un argument boiteux. Les différences entre astronomes et témoins d’ovnis ne tiennent nullement à des différences entre rationalité et irrationalisme mais davantage entre les façons d’habiller le regard et de produire des faits. Les scientifiques observent la nature à travers des instruments ; les témoins d’ovnis à travers les grilles de lecture de la culture dite populaire. D’autre part, les phénomènes étudiés par les scientifiques ne fonctionnent pas comme les objets étudiés un physicien comme Biot. Les phénomènes naturels du type "météorites" sont rares et ne constituent plus de nos jours le lot quotidien du scientifique. On ne cherche plus à observer, à surprendre des phénomènes naturels ; on les produit, on les fabrique en laboratoire par le biais d’expériences coûteuses. Biot est allé à la pêche aux météorites avec une épuisette. Les épuisettes modernes ont pour nom accélérateur de particules, microscope électronique, spectromètre de masse, etc. De Biot à la physique moderne, l’organisation de l’activité scientifique et la forme des phénomènes étudiés ont été profondément remaniées. Les scientifiques étudient des phénomènes souvent si ténus (cf. l’exemple des neutrinos) qu’ils nécessitent de vastes réseaux d’observations instrumentales ; les témoins voient les ovnis s’imposer à eux sans qu’ils n’aient rien demandé.

Peut-être est-il plus intéressant de comparer les soucoupes avec le magnétisme animal, ce "phénomène paranormal" du XVIIIe siècle.

Franz Anton Mesmer prétendait, en 1784, que les états magnétiques dans lesquels il plongeait ses patients étaient la preuve de l’existence d’un fluide qui emplissait l’univers et que le magnétiseur pouvait canaliser et diriger sur une personne. Comme les Académiciens n’ont pas réussi à isoler ce fluide, ils en ont conclu que les magnétisés étaient des sujets facilement influençables dotés de trop d’imagination [8].

Or, les commissions sur les soucoupes fonctionnent comme les commissions mises en place au XVIIIe siècle sur le magnétisme animal : elles ne posent le problème que sous un angle très précis. En dehors de cet angle, point de salut, ou plutôt point de réalité. Si l’on compare avec les ovnis, la situation est identique : on n’arrive pas à mettre la main sur les ovnis en dépit des témoignages qui font état d’un phénomène de grande ampleur. On peut même affirmer que la capacité à démontrer l’existence des ovnis est inversement proportionnelle à l’importance de la “ rencontre ”. Plus l’ovni interagit avec le témoin, plus le phénomène est renvoyé par les sceptiques à la psychologie.

Or, une fois devenu "hypnose", le magnétisme animal a réussi à se frayer un chemin et s’extraire de la catégorie des sciences occultes. On peut donc imaginer que, mieux posée, la question des ovnis pourrait donner autre chose. On pourrait penser que les ovnis correspondent plus au modèle du magnétisme qu’à celui des météorites. Mais les sceptiques font la même erreur que les Académiciens. Pour eux, si le phénomène est insaisissable, il relève de l’imagination. C’est possible. Il demeure néanmoins, à l’image des situations hypnotiques [9], des "situations d’expérience ovni".

Pour découvrir ce que ces situations recouvrent, il est nécessaire de poser la question de la réalité des ovnis autrement. Comment se défaire de l’arbitraire et discipliner les faits ? Comment passer du règne de l’opinion à celui de l’expérience ? Comment passer de l’observation fugitive et accidentelle de soucoupes volantes au recueil de données sur des phénomènes aériens ? Comment transformer le témoin en instrument ? En parapsychologie par exemple, en passant des collections de poltergeist et de fantômes aux expériences de laboratoire de la chaire de parapsychologie de l’université d’Edimbourg, une partie des phénomènes a été domestiquée et les questions de départ ont été profondément transformées.

2 - "La soucoupe n’est pas un fait scientifique mais un fait de croyance"

Si les amateurs voient des choses que les scientifiques ne voient pas, on suppose que c’est parce qu’ils ont à la fois quelque chose en moins par rapport à ces scientifiques (la méthode) et quelque chose en plus (la pensée magique, le besoin de merveilleux). Un fossé infranchissable est censé courir entre l’esprit rationnel des scientifiques et l’esprit irrationnel des témoins. Bref, on est en droit de se demander si les ovnis ne mériteraient pas moins une étude scientifique qu’une étude sociologique. Les amateurs d’ovnis sont ici victimes du discours classique sur les pseudosciences. Il y aurait deux formes de pensée radicalement différentes. D’un côté, la pensée droite de la science, de l’autre le chemin tortueux de l’irrationnel [10]. D’un côté le scientifique observant la nature sans préjugés, de l’autre l’amateur de soucoupes qui en voit partout au mépris des faits. Mais il n’y a pas plus d’irrationnel que de pensée magique ou de superstitions. Les anthropologues et les sociologues auxquels on demande toujours d’expliquer pourquoi il y a tant de différences entre les esprits rationnels et les esprits irrationnels, entre les scientifiques et les "para-scientifiques", ne peuvent que répondre qu’ils ne comprennent pas ce que ce partage recouvre.

Les pseudosciences n’existent pas.

L’irrationnel est une invention. Seul existe un discours dénonciateur qui se cache sous les apparences du diagnostic sociologique ou psychologique et utilise des termes aussi opaques que "pensée magique", "croyance" etc. Pour qu’il y ait des parasciences, il faudrait qu’il y ait des sciences telles qu’on en décrit dans les livres d’épistémologie et les dictionnaires rationalistes. Des sciences dures, rationnelles, insensibles aux modes et aux tendances de la société, à la pensée droite et sans bavure. Or ces sciences, c’est désormais certain, n’existent pas. Ou, pour être plus clair, disons qu’il existe des pratiques scientifiques mais pas de pensée scientifique. Qu’il existe des réseaux scientifiques mais pas de raison scientifique. Le danger des parasciences s’évanouit donc avec elles. Mais comment peut-on nier l’existence de la parapsychologie, de l’ufologie, de la voyance, etc. ? Il n’est pas question de nier l’existence de disciplines, de discours, de pratiques ; seulement de nier qu’il existe une forme de pensée spécifique aux parasciences. Les parasciences ne sont pas des pseudosciences, elles ne renvoient pas à un tiers monde de la pensée. Il s’agit de nier leur caractère irrationnel et une bonne part du danger qu’on leur attribue lorsqu’on les assimile à des virus intellectuels qui contamineraient l’esprit du public. L’irrationnel est le millénarisme de l’Occidental élevé dans la croyance aux sciences. L’irrationnel, les parasciences ont été inventées par les rationalistes pour nous faire peur, tels l’ogre ou le loup des contes. Quand l’homme occidental refuse d’aller dormir et veut inventer des portions de la réalité sans en référer directement aux porte-parole de la connaissance scientifique, un peu à la façon des amateurs d’art qui jouent du pinceau le week-end, les porte-parole de la culture savante inventent des dangers venus du fond de l’esprit humain comme les cinéastes inventent des invasions martiennes.

3 - "Les soucoupes sont un pur produit de la Guerre froide"

Voilà l’argument imparable des débatteurs qui ont un peu de culture et qui se souviennent que les soucoupes sont apparues en 1947, l’année du plan Marshall. Pourtant, l’analyse de la situation nous montre que les gens ne se sont pas mis à voir des soucoupes parce qu’il y avait un climat de tension qui s’organisait. Non, c’est plutôt parce qu’ils ont commencé à voir des soucoupes qu’ils se sont interrogés sur leur origine et ont ainsi contribué à renforcer le climat de Guerre froide. En effet, le problème de cette explication est son caractère asymétrique. On réserve aux témoins de soucoupes des explications qu’on n’oserait pas servir pour les acteurs de la scène politique.

On ne conteste pas à des acteurs comme le président Harry Truman ou le diplomate George Kennan leur rôle actif dans la mise en place de ce climat. Lorsqu’on passe aux témoins de soucoupes, on n’y voit plus des acteurs de l’histoire à part entière mais des sujets passifs qui se laisseraient entraîner par le courant. Bref, on a recours à des explications radicalement différentes selon que les acteurs ont laissé leur nom à la tribune de l’histoire ou dans les faits divers. Pourtant les historiens ont montré depuis belle lurette qu’un tel traitement des événements révélait plus les préjugés de l’analyste que la manière dont les faits s’étaient effectivement déroulés. Pourquoi devrions-nous traiter Truman et Arnold différemment ? Pourquoi le premier aurait-il écrit l’histoire alors que le second aurait été écrit par l’histoire ? Pourquoi le premier aurait-il influencé les événements alors que le second aurait été influencé par eux ? Lorsque l’historien Carlo Ginzburg s’intéresse à Menocchio, un meunier frioulan du XVIe siècle qui défend devant l’Inquisition une cosmologie à base de fromages et de vers, il montre que l’on peut l’étudier comme on étudierait la cosmologie de Giordano Bruno. Il montre que l’on ne peut plus maintenir l’idée d’un partage entre culture savante et culture populaire. Tous les acteurs sont égaux devant l’historien. Tous ont droit au même traitement. Tous sauf, apparemment, les témoins de soucoupes volantes de l’été 1947. Lorsque les historiens se penchent sur la culture de ce siècle, ils y incluent rarement des productions comme les soucoupes volantes ou la science-fiction populaire. Leurs références s’arrêtent toujours à ce qu’ils considèrent comme personnellement noble et digne d’intérêt. Le reste est laissé aux fans de séries B et aux collectionneurs de pulps et de fanzines. Et lorsque, par hasard ou par chance, certains d’entre eux se penchent sur des sous produits de la culture, la science-fiction par exemple, c’est pour en examiner le dessus du panier. Ils avouent alors lire Asimov ou Bradbury mais ignorent et veulent ignorer tout des nombreux auteurs qui gagnaient 1 ou 2 cents le mot en vendant d’innombrables histoires aux magazines aux couvertures bariolées qui s’étalaient à la devanture des kiosques. Bref, les historiens n’ont pas saisi que la culture de masse de ce siècle fait quasi systématiquement référence aux sciences et aux techniques. Les soucoupes volantes marquent ce siècle comme la sorcellerie marque le XVIe.

Et pourquoi donc ? Parce qu’elles n’existent pas ? Mais ce n’est pas à l’historien de poser un telle question. Pas plus que de décider de la pertinence des modèles cosmologiques de Menocchio. Kenneth Arnold est le Mennochio du XXe siècle. Et l’histoire devrait se pencher sur lui avec le même intérêt qui la pousse à se pencher sur la carrière d’un des principaux inventeurs de la politique étrangère des Etats-Unis en 1947 comme George Kennan. On doit pouvoir aujourd’hui, et sans que cela paraisse scandaleux, s’intéresser de la même manière à la façon dont Arnold consulte, après son observation, ses amis pilotes et à la façon dont Truman consulte, au même moment, dans le bureau ovale de la Maison-Blanche, les mémorandums de ses conseillers. On doit pouvoir décrire avec le même respect comment Arnold lit la presse à la recherche d’indices établissant que les russes survolent le territoire US et comment Truman s’interroge le 30 octobre 1947 sur la possibilité d’une attaque par un satellite russe qui n’existera pas avant dix ans [11].

4 - "Les témoins d’ovnis ont trop lu de science-fiction"

S’il y a une idée difficile à faire accepter, c’est bien celle selon laquelle, de nos jours, des gens seraient isolés de la culture populaire, comme la S-F. Avant que les soucoupes n’envahissent le ciel des Etats-Unis en 1947, les kiosques étaient remplis de pulps et de comics aux couleurs criardes. Dans Les Temps modernes d’août-septembre 1946, un an avant les premiers débats sur les soucoupes volantes, Jean-Paul Sartre évoque "ces cent millions d’Américains qui trompent chaque jour leur immense besoin de merveilleux, en lisant, dans les Comics, les aventures de Superman, de Wonderwoman et de Mandrake le magicien." Pour des intellectuels comme Sartre, la culture populaire ne peut être que perçue comme négative. Au moment de la vague de soucoupes de l’automne 1954 en France, le film de George Pal La Guerre des mondes sortait sur les écrans et les quotidiens publiaient des bandes dessinées de science-fiction. Dès 1951, l’astronome Evry Schatzman avait combattu dans un même article cet impérialisme américain qui se manifestait à travers les soucoupes et la science-fiction : "Il est un genre littéraire ( ?) populaire aux Etats-Unis : "Science Fiction", romans pseudo-scientifiques, où le crime, la soumission des races faibles par des races fortes, l’esclavage, la guerre de système planétaire à système planétaire repose sur d’extravagantes suppositions, la possibilité de dépasser la vitesse de la lumière, des forces mystérieuses et envahissantes de vie, l’existence d’une matière "contraterrène", etc... Ces histoires, d’une grande indigence intellectuelle, où le roman d’aventure le plus vulgaire est renouvelé par les prétentions "scientifiques", sont lues par des millions de jeunes gens en Amérique. MM. Heard, Keyhoe, Scully [auteurs des premiers livres sur les soucoupes], ont trop lu de "Science Fiction" avant de commettre leurs malhonnêtetés intellectuelles." [12]

La discussion sur les soucoupes volantes se trouve prise entre les bornes de cette alternative : tandis que les "sceptiques" liquident les soucoupes en les réduisant à des influences culturelles, les partisans des ovnis tentent de montrer que cette influence ne s’exerce pas, que les témoins ne lisaient pas de science-fiction. Malheureusement, à notre époque, on ne peut plus croire qu’il existe encore des gens qui n’ont jamais entendu parler de science-fiction et de soucoupes volantes. Doit-on donc se résoudre à conclure que les observations d’ovnis ne sont rien d’autres que des méprises déformées par des stéréotypes culturels ? Peut-on établir que, dans certains cas, les témoins n’en ont pas lu et ont décrit fidélement les faits ? Malheureusement, en posant de telles questions, les "sceptiques" et les "croyants" font fausse route. Ils sont en désaccord sur la réponse mais ils s’entendent sur la question. Or, le problème ce n’est pas dans la réponse mais bien dans la question. En effet, s’il est indéniable que les témoins connaissent, même de loin, les thèmes véhiculésparuneculture populaire comme la S-F, on peut se demander si son influence s’exerce comme le croient "croyants" et "sceptiques". Ce qu’il faut contester, c’estla théorie selon laquelle certains phénomènes, comme les soucoupes volantes, seraient le résultat de perceptions influencées par le contexte social et culturel. Mais il faut le faire sans nier l’existence et l’importance de cette culture et en redéfinissant plutôt sa place et sa fonction. En effet, telle qu’elle est formulée, la théorie de l’influence culturelle pose deux problèmes : d’abord, cette théorie se concentre sur les faits dits non scientifiques et exclue les faits scientifiques de l’analyse sociale. Elle oblige à se cantonner à une sociologie de l’erreur : seules les soucoupes seraient le résultat de cette influence et pas les faits scientifiques supposés être immunisés contre cette influence. Ensuite, cette théorie interdit de reconnaître aux témoins et aux passionnés d’ovnis la possibilité d’être leur propre sociologue (pour la sociologie, il faudrait des experts, seuls à même d’avoir suffisamment de recul). Alors que les scientifiques et les membres de la culture savante sont des acteurs qui dévoilent le réel ou le produisent, les témoins de SV et autres amateurs de parascience sont des éponges culturelles qui se laissent porter par le courant et gobent sans rien y comprendre des formes simplifiées de la culture savante transformée en culture populaire. Malheureusement pour cette théorie, les faits scientifiques ne sont pas hors de la culture et les témoins sont eux aussi de bons sociologues. Avec pour résultat de démontrer que l’explication culturelle s’applique bien aux soucoupes mais que cela ne permet pas de conclure à leur inexistence.

5 - "Sous l’emprise de leurs croyances, les gens ne savent pas reconnaître les ballons-sondes et Vénus"

D’après certains esprits forts, les gens seraient incapables de reconnaître la Lune, un ballon-sonde, Vénus, voire des avions.

L’astrophysicien André Brahic résume une opinion répandue lorsqu’il affirme que "si l’on en croit certains rapports, tout se passe comme si les extraterrestres ne se montraient qu’à ceux qui n’ont aucune culture scientifique." C’est totalement faux. Proposons à André Brahic l’expérience suivante : demander à des personnes prises au hasard de dessiner un ballon-sonde, la lune, Vénus etc, ou de les reconnaître sur photo. Résultat : très peu de gens se trompent. Ils ne savent pas forcément tous dessiner mais ils savent tous à quoi ressemblent ces objets. Ce qu’ils ne peuvent parfois pas reconnaître, et qui est à l’origine des observations de pseudo-ovnis, ce sont ces mêmes objets dans des conditions d’observation directe. En effet, le problème n’est pas l’incapacité des gens à reconnaître ces objets ou leur ignorance dans le domaine technologique et scientifique, mais bien qu’ils ne connaissent - comme nous tous, à quelques exceptions près - ces objets que par les livres ou la télévision et que ces objets se présentent très différemment selon qu’on les voit dans un livre ou qu’on les observe dans le ciel.

Lorsqu’on ne nous l’a pas appris, il n’y a absolument aucun moyen de faire le lien entre un objet vu et le même objet lu. C’est même le contraire qui serait étonnant. Non seulement le même phénomène se présente sous des aspects complètement différents mais en plus les conditions de perception ne sont absolument pas identiques. Lire un article illustré sur les satellites chez soi, confortablement installé, et observer un phénomène céleste auquel on n’est pas préparé dans un lieu étranger sont deux choses bien distinctes. Il suffit de décrire le travail nécessaire à un astronome amateur pour apprendre à se repérer dans le ciel, les outils qu’il est obligé d’utiliser pour ne pas être perdu face à la voûte céleste, pour comprendre que lorsqu’on n’a pas ces outils on est facilement ébloui. Les astronomes amateurs observent dans des conditions tout à fait particulières, après s’être préparés, aidés par des outils qui cadrent leurs perceptions. Quant aux astronomes professionnels, ils n’observent pas le ciel mais des traces transmises par des instruments.

Bref, il n’y a pas besoin de psychologie pour comprendre que les gens confondent parfois la Lune avec une soucoupe. Il suffit simplement de comprendre comment leur culture scientifique a été construite. Or, de nos jours, la culture scientifique est une culture livresque qui n’est pas censée aider à construire une position d’observateur.

En définitive, ce qui apparaît comme aberrant n’est pas la prétendue inculture scientifique des témoins d’ovnis mais, plutôt, cette absence de réflexion de la part des sceptiques qui voient de l’irrationnel là où il n’y a rien d’autre que la conséquence de la manière dont la culture scientifique est produite et diffusée. Les gens ne sont pas ignares, ils sont au contraire sur cultivés. Par contre, la culture scientifique ne prévoit pas les situations où l’on pourrait être amené à voir, ailleurs que dans des livres ou sur un écran, ces objets produits par la science et la technique.

Il apparaît donc qu’il n’y a pas lieu d’opposer la croyance des témoins au savoir des scientifiques. Il n’y a qu’une opposition entre des objets théoriques et des objets perçus, entre des personnes qui ont les moyens de relier les deux catégories et d’autres qui n’ont pas ces moyens. Il s’agit d’une différence d’éducation scientifique tout à fait locale, en aucun cas d’une divergence de pensée ou de mentalité.

Pourquoi croyons-nous tant que les autres croient ?

On entend dire souvent que l’ufologie est une pseudoscience, que l’ovni est une forme de croyance, d’irrationnel. A l’examen, les arguments des "sceptiques" sont au moins aussi faibles que ceux qu’ils attribuent aux naïfs. Ils réservent en effet aux soucoupes des arguments qu’ils n’utilisent pas pour les faits scientifiques "normaux". Finalement, ce sont eux les naïfs. Ils veulent passer pour des gens sérieux qui ne croient pas aux ovnis. Mais ils croient dur comme fer qu’il existe des naïfs qui croient aux ovnis. S’il y a bien une bizarrerie, c’est celle-là. Et les sceptiques demandent souvent au sociologue d’expliquer ces croyances et leurs raisons profondes. Mais s’il y a une chose que la sociologie nous enseigne depuis peu, c’est de ne pas croire en la croyance. Je m’explique : l’hypothèse selon laquelle les témoins et les passionnés d’ovnis ne se comportent pas comme des esprits rationnels, l’hypothèse selon laquelle il y aurait une profonde différence entre ceux qui examinent les faits sans se laisser influencer par leurs croyances et ceux qui sont incapables d’une telle maîtrise épistémologique et méthodologique, l’hypothèse selon laquelle les témoins et les amateurs de soucoupes sont des naïfs à l’esprit influençable, cette hypothèse, pour séduisante qu’elle puisse paraître au premier abord, ne fournit pas, finalement, une explication très performante. Tout d’abord, parce que, comme le faisait remarquer Isabelle Stengers : le chercheur qui procède ainsi "utilise alors le type de technique rhétorique par rapport à laquelle la science est censée se démarquer : utiliser le pouvoir des mots pour occulter une difficulté, pour faire taire un problème" [13] Ensuite, parce que des études toujours plus nombreuses en histoire et en sociologie des sciences, malheureusement inconnues en dehors de quelques cercles de spécialistes, permettent d’établir qu’il n’y a pas d’un côté des gens sérieux et de l’autre des naïfs, qu’il n’y a pas d’un côté du savoir et de l’autre de la croyance. Il n’y a pas de différences profondes entre la pensée des scientifiques et celle des amateurs de soucoupes ou de paranormal. Ce résultat, qui a des implications importantes en sociologie, a aussi des implications pratiques sur la façon dont on traite les énoncés dans le cadre des débats et notamment la différence de traitement que l’on réserve aux amateurs d’ovnis par rapport aux scientifiques qui étudient la vie extraterrestre.

En fin de compte, répétons-le, la seule bizarrerie c’est l’idée que les autres croient. Parler de naïfs à propos des ufologues ou des témoins d’ovnis revient à entériner un modèle aujourd’hui largement battu en brèche de la culture scientifique selon lequel le public n’est bon qu’à apprendre, de gré ou de force, et non à discuter la connaissance scientifique. Pendant deux siècles au moins on a envisagé que le savoir allait du haut vers le bas, des savants vers le peuple. Le peuple devait apprendre. Lorsque des énigmes comme le magnétisme animal, les phénomènes spirites ou les soucoupes volantes se produisaient, on invoquait l’irrationalité, on nommait éventuellement une commission scientifique dont les conclusions étaient invariablement les mêmes : il n’y a rien et ça ne fait nullement avancer la science d’étudier de tels phénomènes.

Les savants ont du public et de son prétendu "émerveillement face aux soucoupes" des idées très naïves, au moins autant que celles qu’ils attribuent à ce public sur les soucoupes. Aujourd’hui d’autres modèles que celui de la science savante et de la nécessité de sa vulgarisation pour contrer le "besoin de merveilleux" d’un public naïf ont apparu [14]. Aujourd’hui le savoir est négocié et non plus seulement ingurgité de gré ou de force. Aujourd’hui on ne peut plus se contenter de séparer la connaissance et la croyance, la science et la superstition. Les ethnopharmacologues étudient les remèdes des chamans, l’hypnose n’est plus une science occulte et l’on commence (oh, encore si peu !) à écouter les malades sur leur lit d’hôpital. Quand un non-savant s’exprime, on commence à envisager de l’écouter et on l’invite, parfois, à la table des négociations (ce n’est pas toujours de gaieté de cœur et il faut se battre pour obtenir un tel droit de parole). Comme l’hypnose, comme les remèdes de chamans, comme les irradiés de Mururoa, comme les débats sur la dépénalisation du haschisch, les soucoupes nous offrent une formidable opportunité de suivre comment cette négociation s’opère, comment certains négocient le droit à produire des faits et de la connaissance face à des experts qui ne peuvent plus se contenter d’échappatoires en invoquant le manque de culture scientifique ou la superstition. Ce qui s’est généralisé avec les Verts, Act Up ou le Généton, on le trouvait dès les années cinquante dans les clubs soucoupistes : cette volonté de la part d’amateurs de discuter les contenus des savoirs scientifiques. "Nous avons un problème ; nous voulons qu’il soit pris au sérieux et nous ne voulons pas être exclus du débat à si peu de frais", clament tous ces acteurs. Or, si l’on accepte que les savoirs sont discutables et négociables, il faut renverser le sens de la critique : c’est le savant dont les idées doivent être discutées. La question n’est plus : pourquoi voit-on des soucoupes ? Mais bien : pourquoi les scientifiques n’en voient-ils pas ? Quels dispositifs utilisent-ils pour leur permettent de voir ces phénomènes scientifiques que personne ne voit et pas ces ovnis que n’importe qui peut voir ? L’idée n’est pas d’affirmer l’existence des soucoupes mais de décrire les moyens utilisés pour rendre visibles les faits, qu’il s’agisse des ovnis ou des trous noirs et de montrer ainsi que le partage que l’on établit entre des esprits rationnels et des naïfs ne tient pas. Il n’y a pas de Grand Partage, il n’y a que des petits partages entre des façons de construire la réalité. Et s’il n’y a pas de Grand Partage, il n’y a pas lieu de réserver un “ traitement de faveur ” aux soucoupes et à leurs témoins.

Où sont les différences ?
Fort bien. Les arguments classiques servis à propos des soucoupes sont défaits. Deux questions se posent alors.

1)Pourquoi ces arguments reviennent-ils sans cesse ?
 2)Où se situent les différences entre science et parascience, entre astronomie et ufologie ?


Car il y a bien des différences. A commencer par celle du statut des deux domaines. Alors que les sciences sont valorisées, les disciplines comme l’ufologie sont rejetées. Nous avons vu que ces différences ne sont pas aussi importantes qu’on pouvait le croire, qu’il n’y a pas des esprits crédules opposés à des savants. Mais, même si elles ne permettent pas de rejeter les parasciences comme l’ufologie dans un tiers-monde de la pensée, même si elles illustrent la pluralité des mondes culturels, les différences demeurent et ses traduisent tout le temps par l’affirmation d’un Grand Partage entre rationalité et irrationalité.

On peut proposer une hypothèse : l’idée d’une différence intellectuelle entre science et parascience, entre astronomie et ufologie, se maintient parce que les partisans des soucoupes pensent que les questions posées par les sceptiques sont légitimes. Ainsi, ils seraient les premiers à entériner l’idée d’un Grand Partage. Les ufologues ne perdraient pas la partie parce que les soucoupes n’existent pas, parce que leurs témoins lisent de la S-F (comment pourraient-ils faire autrement : tout le monde "lit de la S-F", d’une façon ou d’une autre), parce qu’ils seraient irrationnels. Non, ils perdraient la partie parce qu’ils acceptent les termes d’un débat dont l’issue est inscrite dans la façon de poser les questions.

Les ufologues s’attachent à démontrer que "les témoins ne lisent pas de S-F". Il serait plus judicieux de demander pourquoi diable un témoin, même s’il lit de la S-F, aurait moins le droit de penser "droit" qu’un scientifique qui en lit tout autant ! Finalement, les sceptiques gagnent la controverse, non pas parce qu’ils ont convaincu de la justesse de leur point de vue, mais parce qu’ils sont parvenus à faire accepter leurs questions comme légitimes. Dans une controverse, le plus dur n’est pas de gagner mais de se faire accepter comme participant. Les amateurs d’ovnis ne sont pas acceptés mais ils acceptent leurs adversaires comme opposants légitimes et les questions posées par ces adversaires comme les seules recevables. Leur erreur est là. C’est pour ça qu’ils ne pourront rien prouver : ils acceptent les termes d’un débat posés de telles façon qu’ils leur interdisent l’accès à un réel débat en le déviant systématiquement vers des questions en forme d’échappatoire. Tant que les ufologues répondront que leurs témoins ne lisent pas de S-F, qu’ils ne sont pas tous irrationnels, ils perdront la bataille. Et c’est bien là l’aspect fascinant des idées reçues examinées dans cet article : elles parviennent même à convaincre les "croyants".

Que se passerait-il si les ufologues, ou un nombre suffisant d’entre eux, se mettait progressivement à poser les bonnes questions ? Impossible de le dire. On peut toutefois imaginer un scénario à partir de cette hypothèse, un scénario qui a d’ailleurs déjà été esquissé par le passé à diverses reprises. Ici et là, en effet, certains sont sortis du rang et ont posé d’autres questions. C’est le cas, par exemple, d’Allan Hendry aux États-Unis à la fin des années 70 [15] ou encore des enquêteurs de la Sobeps lors de la vague d’ovnis survenue en Belgique en 1989-90 [16].
Maintenant qu’on a tordu le cou à quelques idées reçues, le débat va peut-être pouvoir repartir sur de bonnes bases. On peut rêver...

P.-S.
Cet article est originellement paru dans la revue Bifrost n°19, juillet 2000. Il est publié ici avec l’autorisation de son auteur, Pierre Lagrange
Notes
[1] Jean-Pierre Petit, Le Mur du silence, Paris, Belin, 1983 (il s’agit d’une bande dessinée de vulgarisation scientifique).

[2] Jean-Pierre Pharabod, AVNI, les armes volantes non identifiées, Paris, Odile Jacob, 2000, p. 123.

[3] James Lequeux, La Nouvelle révolution astronomique, Paris, Hachette, 1981, p. 178 ; André Brahic, Enfants du Soleil, Paris, Odile Jacob, 1999, p. 313.

[4] L’astrophysicien américain Peter Sturrock a réalisé une étude auprès de ses collègues qui montre qu’ils observent effectivement parfois des phénomènes inexpliqués sans savoir où les rapporter. Peter A. Sturrock, "Report on a Survey of the membership of the American Astronomical Society Concerning the UFO Problem", Journal of Scientific Exploration vol. 8, 1994, p. 1-45, 153-195, 309-346.

[5] Carl Sagan avec Jerome Agel, Other Worlds, New York, Bantam, 1975, p. 113.

[6] GEPAN : Groupe d’Étude des Phenomènes aérospatiaux non identifiés, service dépendant du Centre spatial de Toulouse fondé en 1977.

[7] Ron Westrum, 1978. "Science and Social Intelligence About Anomalies : the Case of Meteorites", Social Studies of Science, vol. 8, pp. 461-493.

[8] Voir Léon Chertok et Isabelle Stengers, L’Hypnose, blessure narcissique, Paris, Synthélabo-Laboratoires Delagrange (collection Les Empêcheurs de penser en rond).

[9] Jean-Roch Laurence et Campbell Perry, Hypnosis, Will and Memory : A Psycho-Legal History, New York, Guilgord Press, 1988.

[10] Bruno Latour, La Science en action, Paris, Gallimard, coll. Folio, 1995, chapitre 5.

[11] William Hillman, M. Le Président. Carnets, lettres, archives et propos de Harry S. Truman, Paris, Amiot-Dumont, 1952, p. 184.

[12] Evry Schatzman, "Une mystification : les soucoupes volantes", L’Education nationale, 26 avril 1951, p. 10.

[13] Isabelle Stengers, "L’anomalie belge", préface à l’ouvrage de la Sobeps (Société belge d’étude des phénomènes spatiaux), Vague d’ovnis sur la Belgique, vol. 2, Bruxelles, Sobeps, 1994, p. 10.

[14] Cf. Michel Callon, "Des différentes formes de démocratie technique", Les Cahiers de la sécurité intérieure n° 38, 4e trimestre 1999, p. 35-52 et Bernadette Bensaude-Vincent, L’Opinion publique et la science. À chacun son ignorance, Institut d’Edition Sanofy-Synthélabo, collection « Les Empêcheurs de penser en rond », 2000.

[15] Allan Hendry, The UFO Handbook : A Guide to Investigating, Evaluating and Reporting UFO Sightings, Londres, Sphere Books, 1980.

[16] Jean-Christophe Monferran et Pierre Lagrange, En quête d’ovnis, documentaire, Cité des Sciences, La Villette, 1990.



http://www.cielinsolite.fr/spip.php?article6
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Re : Pierre Lagrange (Historien et sociologue des sciences)
« Réponse #8 le: 18 octobre 2008 à 23:36:46 »

Je soupçonne Lagrange de vouloir se faire pleins d'amis et de dire un peu à tout le monde ce qui est doux à leurs oreilles... C'est un sociologue, non ? He bien, il me semble qu'il connaît son métier...
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Re : Pierre Lagrange (Historien et sociologue des sciences)
« Réponse #9 le: 18 octobre 2008 à 23:51:28 »

Je suis d'accord mais face à quelqu'un qui fait le grand écart comme lui et qui possède une forte culture ufologique, il faut être vigilant et connaître ses dossiers car il est souvent invité dans les émissions et il faut pouvoir lui répondre ;)

Il faut toujours connaître son ennemi.

Mon Président m'expliquait que lors des réunions, il laissait chacun s'exprimer puis de conclure!

Ne jamais montrer toutes ses cartes!
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void

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Re : Re : Pierre Lagrange (Historien et sociologue des sciences)
« Réponse #10 le: 18 octobre 2008 à 23:56:13 »

Je suis d'accord mais face à quelqu'un qui fait le grand écart comme lui et qui possède une forte culture ufologique, il faut être vigilant et connaître ses dossiers car il est souvent invité dans les émissions et il faut pouvoir lui répondre ;)

Il faut toujours connaître son ennemi.

Mon Président m'expliquait que lors des réunions, il laissait chacun s'exprimer puis de conclure!

Ne jamais montrer toutes ses cartes!

Alors, je dirais que le poker est un jeu de menteur, et que ça ne fonctionne qu'entre menteurs. Quand le non-menteur débarque, il se fait fustiger par les autres joueurs qui l'accusent d'avoir triché... Ce n'est pas une position facile à tenir, mais c'est selon moi celle qui finira par remporter la mise.
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Re : Pierre Lagrange (Historien et sociologue des sciences)
« Réponse #11 le: 22 juillet 2009 à 18:26:19 »

Gildas Bourdais, sur son blog ufologique, dit une fois encore ce qu'il pense de son discours :

 http://bourdais.blogspot.com/2009/07/le-monde-diplomatique-sinteresse-aux.html
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Re : Pierre Lagrange (Historien et sociologue des sciences)
« Réponse #12 le: 29 juillet 2009 à 00:23:00 »

au fait a part les grappes de porter si l'innvoation vous branche je vous invite a lire un tres vieil auteur , joseph schumpeter

http://fr.wikipedia.org/wiki/Joseph_Schumpeter

de nos jours bcp de choses ont change a cause en particulier de la theorie des jeux de john nash ( si vous savez bien le film a beautiful mind.. avec la superbe jennifer connely)

du coup le role de l'innovateur dans la societe depend aussi de sa capacite d'influence de reseau , et le net joue desormais aussi en ce sens

mais paradoxalement ce systeme neuronal va a l'encontre des grands innovateurs... il ya aurait bcp a dire sur ce frein

ou sur les brevets dans les tiroirs

qui plus est la societe actuelle est servicielle a plus de 75% , et les theories de la servuction par exemple ou de la definition du continuum service produit , rendent l'innovation moins formelle, moins technologique

apres tout la logistique de 1945 peut etre consideree comme une invention majeure...

la meme logistique qui a servi ala bombe

vous voyez.. tant de convergences...

bcp se focazlisent sur l'energie y compris chez les exo-tiques... terme que je leur met desormais sur le crane...

mais peu se demandent pourquoi on consomme tant

je reste persuade que nous allons au devant d'une revolution non pas politique ou economique mais bel et bien culturelle a la maniere de mao

et qui sait peut etre a la suite d'un nouvel innovateur

qui plus est alien

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dificultnspa

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Re : Pierre Lagrange (Historien et sociologue des sciences)
« Réponse #13 le: 01 août 2009 à 16:29:01 »


Article sur un média tchèque :

literarky.cz
Citer
Soucoupe volante et de la Guerre froide

Samedi, 01 août 2009 11:23 Pierre Lagrange


Malgré l'avis général, la croyance largement répandue dans l'existence des OVNI hystérie ne sont pas nées de la guerre froide. D'établissement le pouvoir politique a peut-être plus que leurs véritables ennemis, les craintes de l'imaginaire collectif fruit de l'imagination politique.


Tout le monde est désormais considéré comme l'autorité sur la "croyance en l'existence des OVNI", il décrit à la lumière de l'hallucination collective née de la guerre froide, le climat paranoidního. Eye-témoins - et le public à prendre leur témoignage avec une confiance illimitée - d'après cette théorie est devenue victimes de la politique contemporaine humeur. En 1982, Otto Biling psychiatre américain, a fait valoir que Arnold a été le cas "au milieu des vagues de la peur de la Russie" que "dès le départ, suscité dans le public de croire que la soucoupe volante sont en fait des secrets russes ou américains d'armes." En 1999, l'historien de la technologie appelée Tom Crouch "histoires soucoupe volante comme un signe indéniable du fait que les États-Unis ont commencé sous l'influence de la peur née de la guerre froide, l'intérêt dans les possibilités de vols spatiaux." La crainte que l'Union soviétique se passe de dominer le ciel américain, forçant les Américains croient en l'existence des OVNI.

Cette sociohistorický interprétation inkriminovaných événements est en fait un produit de l'imagination débridée. Contrairement à ce que nous réclamons depuis 1947, n'est pas convaincu de l'existence d'une soucoupe volante n'a rien à voir avec la guerre froide, ce qui a inspiré le débat et la réflexion sur le sujet, est beaucoup plus rationnel du discours, qui vise à semer la discorde entre les enterrer scientifique et pensée magique.

Prenons le témoignage, qui est encore dans l'histoire de UFO: le témoignage de Kenneth Arnold pilote civil, qui, pendant un vol dans le ciel, neuf machines inconnues. Naturellement attaqué, que mai soit un test d'avions militaires, ou qu'une machine soviétique: après tout, a volé de l'Alaska, et peut-être, donc, à partir de la rivière Détroit de Bering. Si l'atmosphère de la guerre froide vraiment un si grand impact, une orientation à l'interprétation de ce phénomène immédiatement sur la question du secret des armes soviétiques et de la technologie.


En fait, cependant, dès le début de son témoignage rencontrés embarras. Neklamal les yeux? Il a des hallucinations? Un premier article, titre, qui a été consacré à cet événement et sont venus 25e Juin 1947 à East Oregonian journal, donne le sens dans lequel l'esprit de l'ours dans le débat sur son témoignage: «Apparemment pas, mais que le pilote pense qu'il a vu." (Peut-être impossible, mais Voir, c'est croire, dit-Flyer).

Dans les jours suivants, les journaux des commentaires exprimant des doutes quant à son histoire. AP agence de nouvelles du 27 Juin donne le témoignage éloquent de ce scepticisme: «Il n'est pas encore clair si ces disques brillants réellement existé ou si c'était juste une question d'illusion d'optique." Écrasante majorité des commentaires dans cet esprit. Quatrième jour de Juillet discours de U. S. Air Force porte-parole à une conférence de presse à Washington le Arnold témoignage les mots suivants: "Il n'ya qu'une seule raison de croire que l'événement a eu lieu inkriminovaná". D'autres commentateurs de rappel dans le cadre de l'agitation autour de la soucoupe volante autre "mythe populaire", la fausse alarme a été déclenchée en 1938, Orson Welles dans le cadre de la déclaration de la radio joue sur l'invasion de Martiens. Tous les commentateurs sont intégrées dans le rôle des psychologues, des sociologues et même des psychiatres lors de l'élaboration de la théorie de la crédulité du public et le rôle de l'irrationnel dans l'entreprise. Les scientifiques et les enquêteurs militaires à ne faire aucune mention de l'espionnage soviétique, les avions, mais traiter avec les spéculations théoriques sur la psychologie de la perception, les hallucinations, la croyance en l'existence des fantômes.

Au début du mois de Juillet 1947, le président Harry S. Truman, sur la question de la responsabilité du journaliste qui veut connaître ses vues sur les OVNI. "Avez-vous une explication?" Demande le journaliste. "Je ne sais rien de plus que ce que je lis dans les journaux," Truman secteur. «Avez-vous déjà entendu parler du mois de canard?" En 1935, dans le New York Sun a publié le rapport, qui est venu dans l'histoire comme le "Moon Hoax". L'auteur fait valoir que le célèbre astronome William Herschell a vu avec l'aide d'un télescope extrêmement forte sur la surface des êtres vivants. Le rapport a été bien entendu rapidement déments. Inutile de dire à dire, la guerre froide est encore une perspective lointaine!

Kenneth Arnold, le premier observateur soucoupe volante, il serait certainement la bienvenue, si le débat sur les OVNI de permettre la possibilité que les Russes ont une nouvelle arme secrète. Si ses auditeurs lui a pris au sérieux, qui ont demandé à la question de savoir si l'Union soviétique au-dessus des pôles nevyslal "contrôlée roquettes." Malheureusement pour lui, toutefois, aucun des pilotes avec lesquels il a parlé immédiatement après l'atterrissage, ni les journalistes qui líčil votre observation nevytanulo à l'esprit les tensions entre les pouvoirs et la fin de cette histoire dans la case réservée à la psychologie, la psychiatrie, et des hallucinations.


Et ce qui est pire, l'hypothèse de la superstition des foules chronique "influencés par la nature de l'OVNI débat Arnold lui-même considéré que son témoignage prisme diskursivního ce cadre, de sorte que, finalement, lui semble, et tous les débats sur le sujet au-delà des limites de débat rationnel. En quelques jours consécutifs après la publication de son témoignage, est contraint de Arnold dans le visage d'un barrage d'autres observations à noter que le pays est plein de gens extrêmement důvěřivých prêt à voir la soucoupe volante pratiquement n'importe où. En 1952, rappelle: Après trois jours de folie générale, je conclus que je peut-être le dernier, qui conserve toujours un peu de bon sens. juger par la hausse rapide des rapports d'autres observations (...) s'attendait à ce que seront bientôt dans toutes garage découvert au moins une soucoupe volante. Je fait de la fin à ce qui est devenu depuis colossal honte (...), je suis allé à l'aéroport, j'ai démarré ma machine et j'ai pris le cours à Boise [dans l'État de l'Idaho]. "

Sociologie, ce qui permettrait de réduire le phénomène OVNI dans le discours de la guerre froide, l'hystérie, est d'entreprendre une partialité de zevšeobecňování perspective de l'une des parties intéressées, et n'a donc pas le tableau d'ensemble des événements. Commis la même erreur comme un historien médiéval, qui se penchera sur le phénomène de la superstition, sans examen de la structure de son propre concept de la superstition, qui a même permis pour le discours sur la superstition, ou en d'autres mots qui ne devraient pas entraîner autant de "superstition" et l'arrière-plan "l'incrédulité".

Si nous voulons montrer à quel point l'histoire de l'observation des OVNI hystérie a marqué la guerre froide, et les deux ont été largement influencés par "une grande division entre la science et la superstition, nous devons revenir un an avant la première preuve d'observations d'OVNI. En 1946, la presse internationale a rendu přízračných fusées (fusées fantômes) qui ont été observées au-dessus du nord de l'Europe. Cet événement est souvent mentionné dans les livres sur le phénomène OVNI comme un précurseur de soucoupe volante. Un aspect important de cet événement, mais toutes les fuites: la différence dans le ton général de la façon dont les médias rapport sur l'observation přízračných missiles en 1946 et à l'observation de soucoupe volante en 1947. Bien que la soucoupe volante sont bagatelizovány comme une manifestation de la superstition populaire, étrangement roquettes sont prises très au sérieux et interprété comme la V2, la capture de l'Armée rouge et testé sur la mer Baltique. Press avis unanime : les observateurs ont vu des fusées; personne ne remet pas en question leur témoignage. Le Monde au cours de l'été de 1946 décrit ce que fait un témoin et non comme une chimère. bije différence dans les yeux. Si la guerre froide a joué un rôle, il s'est produit dans le cas přízračných missile, et non pas dans le contexte de l'aéro disque.


Lorsque les historiens se réfèrent à le phénomène OVNI de la guerre froide, l'atmosphère, généralement mentionnée sur l'influence de vědeckofantastického genre dont les créations littéraires des États-Unis sont devenus populaires en raison de divers sešitům avec des enveloppes sur lesquelles le monstre d'autres planètes et les différends habillés avec de belles scènes coupées de l'exploitation minière l'espace. Ces magazines prétendument vsugerovaly public l'idée que la soucoupe volante arrivent de Mars. Historien de l'espace minier Curtis Peebles associe la naissance du mythe de l'existence de soucoupe volante à l'influence de la science fiction. Il est vrai que maintenant les premiers articles, qui ont été consacrées à l'affaire d'Arnold, il ya eu des spéculations que les machines observées pourraient provenir d'une autre planète - probablement à partir de Mars. Toutefois, la preuve du muscle UFO observations uniquement sur l'impact de la science à ignorer la littérature pour l'ambiance dans laquelle cette hypothèse a été présentée. Hypothèse sur la population de la planète Mars a été mentionnée comme une possibilité réelle, mais en vue de balayer la question sous la table comme un lieu de la superstition populaire. Jusqu'en 1950 seulement, quand il a été publié dans le magazine True article Keyhoea Donald, ont été l'hypothèse de la visite de l'espace pris au sérieux, mais même si la pose de nombreux journalistes floskulí comme "peu de vert mužíčkové" (petit hommes verts), qui avait l'ensemble de au détriment de l'objet. Les sciences sont traités comme des histoires de lecture pour les adolescents et les intellectuels périodiquement déploré dans leurs lecteurs neprobouzely pas croyance naïve en l'existence des Martiens, mais il est devenu plus critique développé initiateur de la prétendue superstition discours partagé par ses lecteurs.

Pensez à l'épisode le plus récent dans lequel l'influence de la guerre froide, conflit avec la conviction que la soucoupe volante arriver de Mars. En 1948, le premier livre est sorti soucoupe volante. Il s'agit d'un roman anglais écrivain Bernard Newman, qui, traitant de la découverte de l'épave d'un missile volant mimozemského origine rozsetých après divers endroits de notre planète. Emergent menaces ont conduit les deux superpuissances pour améliorer la convergence. Si peut-être pas l'auteur du roman, les mythes et technologique hystérique atmosphère de la guerre froide? Pas de chance: les ruines ont été simplement mis en appât association internationale de scientifiques qui veulent établir la paix dans le monde et a abusé de la crédulité du public la diffusion de la peur des menaces qui pèsent sur le monde. OVNI sont de nouveau réduite à un simple calcul de la crédulité humaine.

Les chercheurs qui étudient ces phénomènes, tels que la superstition ou de sorcellerie, ils sont conscients que ce ne sont pas limités à l'étude des superstitions, mais il est nécessaire d'examiner comment la forme la notion même de la superstition, de la superstition, afin de distinguer les "vrais" et 'false' la foi est devenue la cible de persécutions. Histoire des témoignages sur les observations d'OVNI-nous avec un problème similaire. La question fondamentale est de ne pas pourquoi les gens croient en l'existence des OVNI, mais pourquoi quelqu'un de si grand effort pour réduire l'objet de la simple superstition. Pourquoi avons-nous, malgré le fait que nos arguments accompagnés de la persistance de doutes et a tenté de convertir l'ensemble de l'histoire de la question "folk superstition? Mystery n'est pas sur la soi-disant trop crédules public, mais sur la racionalistických critiques, qui voulaient à tout prix de voir la foi, là, où il n'est pas pour rien de plus que la foi l'incertitude. croyance en l'existence des OVNI est le premier ressort de la preuve de profondes notion que «le public est prêt à croire n'importe quoi" imaginaire confirmation rationaliste qui superstitions facilement réfuter le premier événement imprévu.


L'auteur est un sociologue. L'article a été publié dans Le Monde diplomatique.

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Nemo492

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Re : Pierre Lagrange (Historien et sociologue des sciences)
« Réponse #14 le: 02 août 2009 à 21:36:58 »

Evoquer Lagrange, faut pas pousser, après le mal qu'il a fait
entre autres au Rapport Cometa....
« Modifié: 21 novembre 2009 à 02:10:53 par Nemo492 »
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