Merci de vous connecter ou de vous inscrire.

Connexion avec identifiant, mot de passe et durée de la session

Auteur Sujet: I comme Icare extrait d'hier  (Lu 1454 fois)

0 Membres et 1 Invité sur ce sujet

crystelle

  • *
  • Hors ligne Hors ligne
  • Messages: 744
I comme Icare extrait d'hier
« le: 06 Novembre 2008 à 10:21:03 »

admn : film complet - vidéos invalides

vidéo de remplacement

« Modifié: 14 Octobre 2017 à 00:37:44 par katchina »
IP archivée

Carthoris

  • Invité
Re : I comme Icare extrait d'hier
« Réponse #1 le: 07 Novembre 2008 à 07:50:51 »

Une petite compilation d'analyse trouvée ça et là.

L’EXPERIENCE DE MILGRAM

En 1963, à l’université de Yale, Stanley Milgram organise une des premières expériences de psychologie sociale sur le concept de soumission à l’autorité. Ses conclusions sont édifiantes...Posez vous la question, en qui reconnaissez vous l’autorité ?
Cette expérience historique de psychologie sociale date de 1963 et a été mise en image dans le film « I comme Icare » avec Yves Montand. On peut aussi la retrouver dans le « petit traité de manipulation à l’usage des honnêtes gens » de Beauvois et Joule. Tout commence par une petite annonce publiée par voie de presse : « Laboratoire de l’université X recherche volontaires pour participer à une expérience sur la mémoire . Rémunération 50 Francs de l’heure » Lorsqu’un volontaire se présente au laboratoire, on lui explique qu’il tombe bien car un autre volontaire est déjà arrivé juste avant lui . Le laboratoire a justement besoin de 2 personnes , une pour jouer le rôle du professeur et l’autre pour jouer le rôle de l’élève. Les deux volontaires font rapidement connaissance en attendant d’être convoqués par Milgram, le psychologue qui organise l’expérience. Celui ci leur explique qu’ils vont participer une expérience destinée à vérifier les effets de la punition sur l’apprentissage et la mémoire. Le rôle du professeur est simple . Il suffit de lire à l’élève une liste de 50 paires de mots du genre : Le ciel gris, Le chien jaune, Le chat vert etc... L’élève devra mémoriser les associations de mots et ensuite répondre correctement aux questions du professeur. Si le professeur dit « le nuage », l’élève devra répondre « noir » En cas d’erreur , le professeur devra administrer à l’élève , une punition sous la forme d’une petite décharge électrique. le volatage des décharges augmentant avec le nombre d’erreurs. Il est procédé à un faux tirage au sort et l’on demande à la personne qui s’est présentée de jouer le rôle du professeur. En fait , celui qui doit jouer le rôle de l’élève est un complice de Milgram car le but réel de l’expérience est d’étudier la soumission à l’autorité (soumission librement consentie chez Beauvois et Joule) et non les effets de la punition sur la mémoire. On installe donc « l’élève » sur une fausse chaise électrique mais le « professeur » n’en sait rien. Il pense que tout est réel . « L’élève » qui est un acteur spécialement choisi pour son aptitude à faire semblant de recevoir de vraies décharges électriques fait mine de s’inquiéter quand on l’attache sur la chaise et demande si les chocs électriques risquent de lui faire mal. On lui répond que la douleur sera supportable mais que c’est nécessaire pour le bon déroulement de l’expérience et l’on fait passer le professeur derrière un pupitre comportant des curseurs gradués de 25 volts en 25 Volts. Des petits panneaux sont inscrits au dessus des séries de curseurs :« choc léger », « choc moyen », « choc violent », « choc extrêmement violent » , « choc dangereux » , « choc très dangereux » , « mort ! » Milgram qui représente l’autorité scientifique en blouse blanche demande alors au professeur de commencer la lecture des associations de mots. Une fois que la liste a été mémorisée par l’élève , le professeur commence à poser les questions. A partir d’un moment , l’élève se trompe obligatoirement car mémoriser 50 associations de mots en une seule lecture est quasiment impossible. Milgram qui supervise l’expérience demande donc au professeur d’administrer la punition à l’élève, au départ 25 volts mais au fur et à mesure des nombreuses erreurs de l’élève, les décharges qui deviennent de plus en plus fortes commencent à faire crier l’élève de douleur. Il veut savoir jusqu’où celui qui joue le rôle du professeur va accepter de torturer un inconnu sous prétexte qu’une autorité scientifique lui en donne l’ordre . L’élève va supplier le professeur d’arrêter l’expérience tandis que l’expérimentateur va lui ordonner de continuer . Même lorsque l’élève simulera le coma ! Milgram ordonnera d’assimiler cela à une mauvaise réponse et demandera au professeur de continuer l’expérience. Le professeur devra faire un choix .. désobéir à l’autorité ou continuer jusqu’à la mort de l’élève. Les résultats sont effrayants ! Sur 40 personnes testées tout niveau social confondu , 67% des professeurs ont étés jusqu’à la mort de l’élève. Le reste a abandonné l’expérience vers 300 volts quand l’élève simulait le coma ! Aucun d’eux n’a abandonné quand l’élève hurlait de douleur . Bien sur , ce n’est pas de bon cœur qu’ils ont poussés les curseurs jusqu’à la mort simulée de l’élève attaché sur la chaise électrique . Milgram le dit lui même « J’observai un homme d’affaires équilibré et sur de lui entrer dans le laboratoire le sourire aux lèvres . En l’espace de 20 minutes , il était réduit à l’état de loque parcourue de tics, au bord de la crise de nerfs . Il tirait sans cesse sur le lobe de ses oreilles et se tordait les mains. A un moment il posa sa tête sur son poing et murmura »Oh mon dieu , qu’on arrête !« Et pourtant il continua à exécuter toutes les instructions de l’expérience et obéit jusqu’à la fin. » Trois semaines plus tard , quand les professeurs était convoqués pour s’expliquer sur leurs comportements sadiques , il rejetaient immanquablement la faute sur l’autorité scientifique .Ils n’avaient fait qu’obéir aux ordres et rien de plus ! Ils n’avaient rien à se reprocher.
Milgram pour son expérience recrute par petites annonces des hommes de 20 à 50 ans aux profils variés (catégorie socio - professionnelle, niveau d’éducation, etc.). Ces derniers pensent participer à une étude visant à analyser scientifiquement l’utilité de la punition pour la mémorisation. L’expérience se déroule dans les locaux de l’université, en échange d’une faible rémunération (4,5$). A son arrivée, chaque participant (appelé sujet) prend part à un tirage au sort truqué qui lui confie le rôle "d’enseignant". Le rôle "d’apprenant" échoit à un acteur travaillant pour l’université (ce que le sujet ignore). Pour le sujet, les rôles ont donc été définis par le hasard. L’expérience se déroule sous le regard de "l’expérimentateur", un scientifique représentant l’université. L’apprenant est mis dans une pièce à part, affublé d’un dispositif censé lui infliger des décharges électriques. Il est en contact avec l’enseignant et l’expérimentateur grâce à un microphone. Le rôle de l’enseignant est de faire mémoriser à l’apprenant une liste de mots allant par paire (par exemple, "ciel" et "bleu"). A chaque erreur de l’apprenant, l’enseignant lui envoie un choc électrique dont la puissance augmente progressivement (15 V supplémentaires à chaque fois), avec un maximum de 450 V. Afin de donner à l’enseignant une idée de l’intensité des chocs, il reçoit lui-même une décharge de 45 V et des indications figurent en dessous des boutons qu’il doit actionner ("choc modéré", "choc violent", "attention, choc dangereux", etc.). Il lui est en outre demandé d’annoncer à chaque décharge infligée à l’apprenant le nombre de volts correspondant. Selon un plan pré-établi, l’apprenant commet suffisamment d’erreurs pour amener l’enseignant à augmenter la puissance des chocs électriques. A mesure que celle-ci croît, l’apprenant manifeste sa souffrance de façon de plus en plus claire : gémissements d’abord, puis plaintes à voix haute du type "Sortez moi de là ! J’ai des problèmes de coeur", supplications, cris violents et finalement absence de réponse à partir de 300 V. Si l’enseignant hésite à infliger les chocs, l’expérimentateur lui répond, dans l’ordre : 1) Veuillez continuer ; 2) L’expérience ne peut se poursuivre sans vous, continuez s’il vous plaît ; 3) Il faut absolument que vous continuiez ; 4) Vous n’avez pas le choix, il faut continuer. En cas de question sur ce point, l’expérimentateur indique prendre l’entière responsabilité de ce qui se passe pendant l’expérience. Si l’enseignant refuse toujours de continuer suite à ces réponses, l’expérimentateur met fin à l’expérience.
Les résultats : Avant de réaliser son expérience, Milgram avait demandé à des psychologues d’estimer le pourcentage d’individus qui seraient susceptibles de poursuivre l’expérience jusqu’au bout et d’infliger à trois reprise un choc de 450 V à un individu souffrant du cœur ne répondant plus aux questions et auquel le sujet pouvait s’identifier (les rôles avaient apparemment été définis au hasard). Les psychologues avaient anticipé un taux d’obéissance de 0%. A terme de la première expérience de Milgram, 62,5% des sujets (soit 25 sur 40) avaient mené l’expérience jusqu’au bout. Aucun n’avait refusé le principe même de l’expérience, qui supposait de faire souffrir quelqu’un qui ne leur avait absolument rien fait. Aucun n’arrêta avant 135 V et la moyenne des chocs maximaux s’établit à 360 V. L’expérience fut reprise par d’autres scientifiques dans diverses parties du monde et à diverses époques et aboutit à des résultats globalement similaires : entre 61% et 66% de taux d’obéissance. Milgram affina ses résultats en introduisant des variantes dans l’expérience. Il joua sur l’éloignement de la victime, la proximité de l’autorité, le sexe du sujet, la liberté des sujets de choisir la puissance des chocs, la pratique de l’expérience en groupes (pour analyser les phénomènes de conformité sociale et de déresponsabilisation) et la légitimité de la figure d’autorité. Comme on pouvait s’y attendre, plus la victime est éloignée, l’autorité proche, la pression du groupe importante et la figure d’autorité légitime, plus le taux d’obéissance est élevé. Le sexe du sujet n’a pas d’influence.

CONCLUSON :

L’expérience de Milgram sonne comme un avertissement pour tout un chacun. Elle nous rappelle que face à une autorité qu’il perçoit comme légitime (en l’occurrence, un scientifique), l’être humain a une tendance naturelle à obéir qui l’amène à mettre son sens critique en sommeil et favorise le réveil des monstres. Tout porte à croire que si le dispositif mis en place par Milgram n’avait pas été factice, les citoyens ordinaires ayant participé à son expérience se seraient transformés - malgré eux - en meurtriers. Si la soumission à l’autorité est si forte, on imagine combien il est facile pour un Etat doté d’une administration efficace, confiant à ses fonctionnaires et à ses militaires une multitude de tâches fragmentées, d’atteindre ses objectifs. Même si ceux-ci sont criminels ou contraire à l’éthique la plus élémentaire… En outre, fonctionnaires et militaires sont payés par l’Etat et peuvent faire l’objet de sanctions, ce qui maximise le taux d’obéissance. La "Solution finale" est un cas extrême, mais l’actualité nous fournit chaque jour de nouveaux exemples de citoyens ordinaires, pas plus sadiques que les autres, amenés à effectuer la sale besogne de ceux qui tiennent les rênes de l’Etat. Combien de braves fonctionnaires américains - pères ou mères de famille et bons croyants - ont préparé, de près ou de loin, le massacre et la torture de milliers d’Irakiens ? Combien de fonctionnaires de police français ont renvoyé au casse-pipe des demandeurs d’asile et des clandestins fuyant leur pays ? Combien de braves citoyens obéissent à des lois scélérates et laissent leur gouvernement effectuer les pires saloperies sous prétexte qu’il a été élu ? En tout état de cause, le fait d’être détenteur d’une forme de légitimité - même démocratique - ne permet pas de s’affranchir de certaines règles, à commencer par les droits de l’homme. Même si ces résultats font froid dans le dos, l’expérience de Milgram ne doit pas pousser à un fatalisme pessimiste. Au contraire, elle incite à une plus grande vigilance de l’esprit critique et souligne qu’il est des moments critiques où il n’y a pas d’autre choix que le courage de la désobéissance ou la complicité des monstres. Ainsi, l’un des participants à l’expérience de Milgram a écrit au scientifique des années plus tard pour le remercier. Profondément marqué par l’expérience, il avait refusé de rejoindre l’armée américaine alors en guerre au Vietnam pour ne pas avoir à exécuter des ordres cruels.

L’expérience de Milgram est l’occasion d’une réflexion fondamentale sur l’obéissance. Chaque homme devrait avoir à l’esprit cette expérience. Une éducation digne de ce nom devrait en prévoir l’enseignement. Pourquoi ? Parce que le pire de l’histoire de l’humanité - passée et à venir - s’y trouve en quelque sorte "expliqué". Pour résumer les enseignements de cette expérience, on pourrait paraphraser le fameux "science sans conscience n’est que ruine de l’âme" en "obéissance sans conscience n’est que ruine de l’homme". L’obéissance en elle-même a sa propre vertu. Elle permet la vie en société, la vie ensemble. L’obéissance par chacun à des règles de vie permet une vie collective relativement harmonieuse malgré des besoins et désirs individuels différents. Mais l’obéissance a aussi son côté obscur comme vous le montrera cette vidéo extraite du film d’Henri Verneuil "I comme Icare" et reproduisant fidèlement les conditions de l’expérience de Milgram. Sachez également que l’expérience a été reproduite dans différents pays et que ses résultats ont montré une remarquable constance. Je retiens prioritairement de cette expérience les idées fortes suivantes : lorsque l’on obéit (à une autorité, un groupe, une idée...), on renonce partiellement à son libre arbitre cette renonciation partielle peut nous conduire à accomplir des actions contraires à notre moralité (faire souffrir quelqu’un par exemple) le conflit moral n’est pas toujours aussi évident que dans cette expérience, ceux qui comptent sur notre obéissance s’arrangent pour qu’obéir soit le plus confortable possible (ex : le criminel nazi SS Eichmann eut la nausée quand il visita les camps de concentration, mais comme il se contentait de suivre les ordres en signant des papiers derrière son bureau, il lui fut plus facile de participer à l’holocauste) Il conviendrait donc pour obéir en conscience de toujours garder à l’esprit cet abandon partiel du libre arbitre et d’être bien assuré de sa propre moralité et de ce qu’elle autorise.
IP archivée