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Auteur Sujet: Subtéranéenne  (Lu 734 fois)

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  • Invité
Subtéranéenne
« le: 24 novembre 2008 à 05:24:57 »

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Silence dans la rame de métro.
Les regards se fuient, bien que tous les passagers à bord aillent paradoxalement dans la même et unique  direction, comme si aller ensemble quelque part était un calvaire. On croit rêver… Mais le rêve, n’a pourtant pas encore commencé.
Le rêve fait irruption lorsqu’elle apparaît, telle une furie, au beau milieu de nulle part car tous ceux qui souffraient d’être ainsi rassemblés réalisent avec horreur qu’ils n’atteindront jamais aucune destination et qu’ils ne sont rien. Elle hurle presque, dans son téléphone portable, et insulte (à grand fracas de noms d’oiseaux) un masculin interlocuteur lyonnais. En raccrochant, elle remarque à peine autour d’elle les visages moribonds qui ne peuvent que la mettre en valeur, tant la vie exulte de cette femme, pour finalement poser son regard sur moi. Malgré le nombre assez conséquent de places disponibles, elle décide de s’asseoir à mes côtés. A peine s’est-elle assise qu’elle engage la conversation :
- Il ne m’a jamais rencontrée, il n’a vu qu’une photo et il dit qu’il est amoureux de moi ! me dit-elle. Vous y croyez, vous, à ça ? Vous croyez qu’on peut tomber amoureux de quelqu’un juste en voyant sa photo?
- Oui. C’est possible. Pourquoi pas ? répondis-je en me tournant vers elle. La vie qui émane d’elle me bouleverse.
- Mais on ne s’est jamais rencontrés !!! Comment peut-il être si sûr ?Elle hausse le ton. Tout le wagon profite de la conversation.
- Ah, mais il peut se tromper ! ajoutai-je, en riant aux éclats. Elle rit elle aussi à gorge déployée. C’est un tonnerre de joie qui jaillit dans ce tombeau roulant.
- Je ne me suis pas assise là par hasard, vous savez… dit-elle. Je n’allais pas m’asseoir à côté d’un 'blaireau', ou d’un je ne sais quoi: dès que je vous ais vu… C’est difficile, pour une femme de mon âge-je vais bientôt avoir 40 ans- de ne pas tomber soit sur un dragueur,soit un obsédé, un type moche, ou un looser… et j’en passe !
- Oui je sais, ce n’est pas simple, l’amour…
- Vous devez avoir quelqu’un, vous, forcément… Tous les types biens sont casés.
- En fait, je viens de perdre quelqu’un à qui je tenais.
- Elle vous a fait pleurer ? C’est beau, un homme qui est capable de pleurer… Ses grands yeux clairs me fixent.
- Oui. J’ai pleuré.
- Mais vous pourrez toujours la retrouver, on ne sait jamais ? (elle réfléchit un instant). Vous n’êtes pas encore tout à fait disponible,alors… c’est dommage : vous êtes beau.
- Vous n’êtes pas mal non plus…
Nos rires retentissent à nouveau. Les autres ont définitivement disparus. Il ne tient qu’à peu de chose que nous nous jetions dans les bras l’un de l’autre. Elle se lève, ne peut s’empêcher de poser sa main sur mon épaule - un contact qui lui est nécessaire - avant de s’élancer puis de disparaître comme elle était venue. Sur le quai, elle se tourne une dernière fois vers moi, hésite, et me lance : 'Bon courage  !' tout en empoignant rageusement son portable.[/justify]
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