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Auteur Sujet: C'est quoi, un parti politique ?  (Lu 683 fois)

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Goko

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C'est quoi, un parti politique ?
« le: 28 Novembre 2008 à 17:31:07 »

C'EST QUOI, UN PARTI POLITIQUE ?
par Pierre Lance (N° 142 - mai-juin 2001)

Théoriquement, un parti politique est une association de citoyens qui s'unissent pour défendre un projet de société, ou tout au moins quelques idées sur l'orientation de la destinée nationale. Ce projet ou ces idées s'inspirent souvent d'un certain nombre de principes ou de «valeurs» découlant d'une tradition ou d'une idéologie. Ils peuvent être aussi de nature empirique ou pragmatique ou défendre tout simplement des intérêts catégoriels, avoués ou non. Selon la Constitution républicaine, les partis politiques peuvent se constituer librement et ils participent au fonctionnement de la démocratie.

En théorie donc, rien n'empêche un petit groupe de citoyens de créer un parti et de proposer leurs projets à l'ensemble de leurs compatriotes. Qu'en est-il dans la réalité ?

Une foule de groupuscules et quelques gros calibres

Il est vrai que des partis politiques se créent sans cesse et il en existe en France quelques centaines, dont la plupart sont morts-nés. Quelques dizaines survivent tant bien que mal dans une obscurité quasi complète et ne sont guère plus que des associations distribuant de temps à autre des circulaires anémiques imprimées par des bénévoles désabusés. Ces partis confidentiels, quelle que puisse être la valeur éventuelle de leurs idées, n'ont pas la moindre chance d'accéder aux médias ni de faire connaître leur existence à la masse des citoyens. Ceux-ci, d'ailleurs, ne leur accorderaient sans doute pas la moindre attention, car l'électeur moyen, quoiqu'il dise, ne prête intérêt qu'à ce qui est riche, puissant et prestigieux, quitte à le critiquer férocement à seule fin de montrer son indépendance d'esprit et de se prouver à lui-même «qu'on ne la lui fait pas», alors qu'on «la lui fait», en réalité, dans les grandes largeurs.

Il résulte de cet état de fait qu'un grand parti politique capable d'influer sur le cours des évènements, c'est avant tout... un tiroir-caisse !

N'importe qui peut créer un «grand parti politique influent», la condition nécessaire et presque suffisante pour réussir son coup étant de réunir un paquet de millions sur un compte en banque. Certes, il ne sera pas inutile de dégoter un leader charismatique, quelques tribuns d'occasion et quelques éplucheurs de sondages aptes à saisir les «créneaux porteurs» qui dorment dans l'opinion publique, mais tout cela ne servira de rien si le «trésor de guerre» n'est pas à la hauteur.

L'argent est sans doute le nerf de la guerre, mais il est aussi le muscle de la politique. On pourrait s'en étonner, surtout à l'ère de la télévision, où il est théoriquement possible de faire connaître à tout un peuple les projets d'un parti sans bourse délier ou presque. Mais les choses ne se passent pas ainsi, et cela pour deux raisons essentiellement.

La première, c'est que le nombre des partis ou des mouvements qui se créent sans cesse - et dont beaucoup sont farfelus - est tel qu'il est impossible aux journalistes, en supposant qu'ils soient tous aussi honnêtes et impartiaux qu'ils le prétendent, de donner la parole à tous. Ils doivent donc obligatoirement opérer une sélection. Mais sur quels critères ? Sur la valeur des projets présentés ? Mais qui se sentira autorisé à les évaluer ? Et qui pourra prétendre le faire en toute objectivité ?

Imaginez qu'un journaliste de radio ou de télévision (supposé indépendant mais qui ne l'est guère), prenne sous son bonnet de présenter à ses auditeurs ou téléspectateurs un nouveau parti politique surgi de nulle part. On lui demanderait aussitôt pourquoi il présente celui-ci plutôt qu'un autre. Et s'il répondait : «Simplement parce que ses propositions m'ont semblé valables», on aurait beau jeu de lui dire qu'il les juge valables parce qu'il les partage, donc qu'il sort de son rôle de journaliste «objectif» et de la neutralité professionnelle à laquelle il doit s'astreindre.

Ne faire connaître que ce qui est connu !

En revanche, s'il pouvait répondre que ce parti est «connu», qu'il placarde d'immenses affiches dans toutes les villes de France, qu'il organise en toutes régions de nombreux meetings et qu'il est donc notoirement présent dans ce qu'il est convenu d'appeler «l'actualité», personne ne trouverait à redire à ce qu'il l'invite à l'antenne et on ne lui poserait même pas la question. Autrement dit, en ce domaine comme en tous les autres «selon que vous serez puissant ou misérable», et caetera...

La seconde raison, c'est que les journalistes ne sont pas les seuls à honorer les puissants et les «bien connus». Les électeurs, même s'ils ne cessent de dire pis que pendre de tous les politiciens, ne sont eux-mêmes inconsciemment réceptifs qu'aux discours de ceux «qui ont les moyens». Que des idéalistes désargentés leur présentent un programme intelligent et bourré d'idées neuves, ils leur passeront la main dans le dos avec «tous leurs encouragements» et se fendront à la rigueur de l'achat d'une brochure à vingt francs, mais cela n'ira pas plus loin et il est à peu près exclus que, le jour venu des élections, ils aillent mettre un bulletin dans l'urne au profit de ces nouveaux venus qui ne payent pas de mine, et cela d'autant moins que les journalistes, pour les raisons susdites, n'en auront pas dit le moindre mot. Et nous voilà tous enfermés dans le cercle vicieux pseudo-démocratique, car ne seront finalement en mesure de présenter partout des candidats que les partis qui auront un tiroir-caisse bien garni.

Il résulte de ce constat que le personnage le plus important d'un parti politique traditionnel a toujours été le trésorier, officiel ou non, c'est-à-dire le quidam capable de trouver des bailleurs de fonds dans tous les recoins de l'industrie, du commerce et de la finance.

Nul n'ignore aujourd'hui que tous les partis politiques «qui comptent» ont été financés de longue date par toutes sortes de magouilles illégales. Les mises en examen pour abus de biens sociaux, fausses factures, corruptions, etc... ne se comptent plus, et ce dans tous les partis, toutes tendances confondues. Il est rarissime qu'elles aboutissent à des condamnations tant que le suspect n'a pas mis d'argent dans sa poche.

Ce n'était pas pour moi !

A ce propos, l'argument le plus souvent employé par les défenseurs des prévenus est que ceux-ci n'ont pas agi «pour leur profit personnel». Voilà qui demande réflexion. Où commence le profit personnel ? Est-il nécessaire d'empocher des espèces sonnantes pour qu'il y ait profit ?

A partir du moment où l'existence, la montée en puissance et la durée du parti en question dépendent entièrement de l'habileté du trésorier, n'est-il pas évident que celui-ci est assuré d'une carrière politique à promotions permanentes, compte tenu du fait que les dirigeants du parti, sachant ce qu'ils lui doivent et pourront lui devoir encore, ne manqueront pas de lui témoigner une reconnaissance sans failles. Quand une formation politique parvient au pouvoir, on peut s'attendre à ce que son trésorier se retrouve ministre ou hérite d'une position enviable.

Ne noircissons pas les hommes outre mesure. Je veux bien croire qu'un trésorier de parti puisse agir par conviction sincère et soit prêt à se salir les mains en se persuadant qu'il sert la bonne cause. Mais rien ne peut faire que si la cause triomphe il ne soit des premiers à en tirer profit, fut-ce indirectement.

Je fais tout pour mon parti et mon parti fait tout pour moi

N'oublions pas non plus qu'à partir du moment où un individu consacre toute son intelligence et toute son énergie au succès du mouvement politique auquel il adhère, cela implique que tous ses intérêts, tant matériels que spirituels, se trouvent confondus avec ceux du groupe. Dès lors, bien malin qui pourrait discerner où commence son «profit personnel» et où il finit. Et plus cet individu se voue et se dévoue à la réussite de son parti, plus le confort de sa vie privée vient à dépendre totalement de cette réussite même. La politique est devenue son «métier». Il faut bien qu'il en vive, et naturellement aussi bien que possible. Lorsque les paroissiens versent le «denier du culte», ils n'ont sans doute en vue que la puissance de leur Eglise, mais ils ne peuvent pas ignorer que la plus grande part de ce qu'ils versent sera utilisée à faire vivre le curé, l'évêque et le cardinal. Iront-ils accuser ceux-ci de «profit personnel» ? Non, sans doute. Toutefois, qu'on le veuille ou non, cela en sera tout de même.

Dans le domaine de la politique, dont le but théorique est le meilleur service possible des intérêts du pays et de ses citoyens, il est évident que la collecte des fonds a des effets pervers très dommageables à la démocratie. En effet, lorsque le trésorier d'un parti fait la tournée des bailleurs de fonds potentiels, peut-on croire un instant qu'il n'a rien d'autre à distribuer que des bonnes paroles et rien d'autre à faire châtoyer que les délices patriotiques d'un civisme «haut de gamme» ? A partir du moment où la puissance politique d'un parti dépend de «généreux donateurs», nul ne peut douter qu'on fera briller aux yeux de ceux-ci des «avantages en nature» susceptibles de les convaincre qu'ils ont tout intérêt à ce que le parti concerné triomphe, afin de voir ses élus, à quelque échelon que ce soit, leur accorder toutes sortes de privilèges et de passe-droits fort éloignés de l'égalité républicaine et de l'intérêt de la collectivité. Dès ce moment, la démocratie est virtuellement bafouée et la République est vendue à l'encan, car le parti «reconnaissant» à ses mécènes donnera trop souvent à ses députés des consignes de vote orientées vers la satisfaction des groupes d'intérêt qui l'auront financé.

On a vu ce processus se dérouler tout au long des IIIe, IVe et Ve Républiques et il a fallu attendre 1988 pour qu'une certaine «moralisation» des financements politiques se mette en place (d'un commun accord entre la gauche et la droite) et se perfectionne par diverses lois de 1992 à 1996, afin d'assurer une relative transparence dans ce domaine. Ce qui n'a pas empêché que la chronique judiciaire fasse écho à de nombreux scandales et tricheries qui ont touché à peu près tous les partis et nous ne sommes certainement pas au bout de nos découvertes à cet égard. Dans l'état actuel des choses, un parti politique puissant demeure toujours en priorité un «tiroir-caisse».

Ce mal a-t-il un remède ?

Y aurait-il un moyen de changer cela ? Je n'en vois qu'un, qui serait radical, mais bénéfique à de nombreux égards. Ce serait l'interdiction absolue de toute propagande politique, à l'exception des réunions publiques (avec plafonnement de leur nombre et des frais d'affichage), des prestations audio-visuelles gratuites (strictement égalitaires en nombre et en durée sous la surveillance du CSA) et des sites Internet (qui dépendent complètement de l'initiative du citoyen demandeur). Les partis politiques n'ont d'ailleurs besoin de rien d'autre pour atteindre l'ensemble des citoyens.

Alors seulement pourraient apparaître de nouveaux partis uniquement soutenus par le nombre réel de leurs cotisants et dont la notoriété ne dépendrait que de la valeur de leurs hommes et de leurs idées. Mais il va sans dire que les «tiroirs-caisses» verraient d'un mauvais oeil apparaître cette concurrence politique enfin loyale.

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« Modifié: 29 Novembre 2012 à 00:41:29 par katchina »
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